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Mode d’alternance au Cameroun : Joseph Owona étale ses limites

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Le constitutionnaliste a commis la plus grosse bêtise intellectuelle de sa carrière en prônant la rotation régionale du pouvoir. Sa théorie loufoque relègue le Cameroun à l’État-tribu. Une approche inadmissible !

On savait Joseph Owona piètre analyste politique. On le découvre ethnologue du dimanche. Dans son dernier livre, paru chez l’Harmattan et intitulé «Systèmes politiques précoloniaux au Cameroun», l’ancien et controversé président du (défunt) Comité de normalisation de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) s’est rendu coupable de crime grave contre la nation camerounaise.

Laquelle se veut une et indivisible. Comment en effet qualifier, dans pays où l’intégration régionale est un processus de longue haleine, l’attitude d’un intellectuel plutôt de grande renommée, mais qui professe que «l’alternativité régionale s’avérerait peut-être la plus souhaitable, consistant en une rotation du pouvoir suprême entre toutes les régions du pays ; Nord, Sud, Extrême-Nord, Ouest et Est, rompant avec le fameux ping-pong Nord-Sud» ? Il y a certes, dans son propos, le mot «peut-être» qui traduit le recul, mais on pourrait bien se demander si les dieux n’ont pas puni Joseph Owona pour son échec lamentable à la Fecafoot en lui faisant écrire pareilles inepties, qui ruinent le peu de crédit qu’on lui prêtait.

Comment comprendre que, dans un monde où les barrières artificielles perdent de leur acuité, où les Américains ont élu (puis réélu) un Black à la Maison blanche, où une Noire vient d’occuper les fonctions éminentes de ministre de la Justice en France, où un Africain a été fait président par intérim de la Fifa, un homme targuant d’être un «grand constitutionnaliste» puisse être aussi en retard sur son époque en sacralisant la tribu, la plaçant ainsi au-dessus de toutes les autres valeurs qui ont pignon sur rue dans un État ! «Joseph Owona réfléchit comme réfléchissait le colon dans les années 1960, lorsqu’il il s’agissait de l’Afrique. Pour le colon, les Africains se définissaient uniquement par leur tribu. Ainsi les divisions ethniques ont été expressément attisées sur le continent pour fragiliser les États et piller leurs richesses», analyse finement un enseignant d’Histoire.

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Interrogé par un journaliste lors de la présentation de son livre, le 22 janvier à l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric), Joseph Owona s’est pourtant défendu : «Quand vous avez un pays où il y a 230 langues, si vous voulez diriger le pays, il faut savoir comment l’unifier. Il faut trouver un moyen.» Trop court comme explication. Dans une République, on cultive plutôt le vivre-ensemble. A l’école (Joseph Owona est enseignant), on apprend dès le bas âge aux enfants à chanter l’hymne national, à maîtriser les couleurs du drapeau national.

On leur enseigne l’histoire de leur pays. Autant de choses qui construisent la conscience nationale. Cette même conscience nationale que le livre à problèmes de Joseph Owona veut aujourd’hui mettre à mal.

Dans la Constitution de 1996 révisée en 2008, et à la rédaction de laquelle Joseph Owona a contribué, il est précisé que le président de la République est élu pour un mandat de sept ans. Il est rééligible. Maintenant, le «grand prof», comme l’appellent ses laudateurs, nous enseigne que c’est la tribu qu’on devrait porter au pouvoir à tour de rôle. Une véritable déchéance intellectuelle.

Nadine Bella

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