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Ministère des finances : vérités sur les mouvements à la douane

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Les divergences entre Alamine Ousmame Mey et Libom Li Likeng désormais publiques. C’est un secret de polichinelle qu’entre le ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey, et sa directrice générale des Douanes, ce n’est pas le grand amour. Le ministre a-t-il tenté de l’éjecter lors des nominations des directeurs généraux dans son département ministériel en juin 2013 ? Sans doute, pensent quelques personnes introduites. Les proches du ministre, eux, rétorquent par cette interrogation : N’a-t-il pas le droit de choisir ses collaborateurs pour atteindre les objectifs à lui fixés par le chef de l’Etat ? Assurément, oui.

Ce désamour donne une saveur particulière à cette affaire portée au-devant du grand public par les décisions du ministre des Finances signées le 08 juin 2015, lues sur les antennes de la radio nationale, relayées abondamment par les réseaux sociaux et par la presse, débattues dans les chaumières, et qui annulent des affectations et des nominations signées quelques jours plus tôt par Minette Libom Li Likeng. La décision du ministre, qui ne souffre sur le plan légal d’aucune contestation, seraitelle la résultante de leur mésentente, voire une façon de l’humilier publiquement ?

La directrice générale des Douanes s’est-elle rendue coupable d’un manquement professionnel grave qui nécessitait un recadrage public ? Et pour finir, Minette Libom Li Likeng s’est-elle levée un matin pour procéder aux nominations et affectations dans son administration dans le but de défier l’autorité de son ministre de tutelle ? Ces questions, beaucoup de Camerounais se les posent depuis l’emballement médiatique de cette affaire.

DIVERGENCES

La première note à avoir subi les foudres du ministre est celle portant la référence n° 097/Minfi/DGD du 03 juin 2015 est relative aux affectations des jeunes diplômés de l’Ecole nationale supérieure d’administration et de magistrature (Enam) mis à la disposition de la direction générale des Douanes, le 12 janvier 2014. Après de nombreux stages d’imprégnation, la note déployait ces jeunes cadres, comme de coutume, dans divers services. Rien de nouveau dans cette démarche. A la direction générale des Impôts par exemple, les nouveaux inspecteurs ont été déployés par notes de service n°042/Minfi/DGI/CAB du 02 mars 2015 et 0066/Minfi/DGI/du 06 mars 2015…

Par l’annulation de la décision de la directrice générale des Douanes, les nouveaux inspecteurs des Douanes vont devoir encore se tourner les pouces. La seconde note, annulée par le ministre Alamine Ousmane Mey, porte la référence 105/Minfi/DGD et est datée du 05 juin 2015. Elle porte également affectation de certains fonctionnaires dans les services centraux et déconcertés de la direction générale des Douanes et s’inscrit en droite ligne des contrats de performance et d’objectifs institués au sein de cette unité paramilitaire depuis 2010. En effet, depuis la mise sur pied d’un outil de mesure de la performance, les inspecteurs des Douanes «sous contrat» sont évalués chaque trimestre.

Cette appréciation induit inévitablement des mouvements de personnel en fonction des résultats atteints en rapport avec les objectifs qui leur ont été assignés. Ainsi, sur la base des critères quantifiables de performance et d’ancienneté, les moins performants sont redéployés vers d’autres postes de travail et les plus performants encouragés. Les bons résultats enregistrés par la Douane ces dernières années reposent en partie sur cette optimisation du travail. Selon nos informations, la note qui a été annulée par le ministre a été prise dans le cadre de ce dispositif dont la cellule de gestion des risques est le baromètre de la performance. La troisième et la dernière note annulée par Alamine Ousmane Mey, référencée 106/Minfi/DGD du 05 juin 2015, a trait à la désignation, à titre intérimaire, de responsables dans les services centraux déconcentrés de la direction générale des Douanes. De loin, elle est celle qui fait la plus jaser, non seulement parce qu’une soixantaine de postes sont vacants dans cette structure névralgique de l’Etat, mais en raison même des instructions du ministre des Finances.

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INSTRUCTIONS

En effet, dans une note datée du 19 février 2015, celui-ci instruisait sa collaboratrice de lui faire tenir une liste exhaustive de tous les gabelous admis à faire valoir leurs droits à la retraite, assortie des attestations de cessation d’activité et de la désignation de leurs remplaçants. De sources concordantes au ministère des Finances, ladite liste a été effectivement transmise au maître des lieux par Minette Libon Li Likeng. Mieux, au lieu de procéder seulement au remplacement des gabelous admis à faire valoir leurs droits à la retraite, la patronne de la Douane proposait que soit aussi pourvus dans le cadre d’un vaste mouvement, les postes vacants enregistrés à la suite du décès de leurs titulaires.

En réalité, derrière cette proposition, se cachait une volonté de ne pas rompre les équilibres sociologiques, inévitables dans le cadre d’un mouvement limité. De plus, un vaste mouvement mettrait un terme à l’intrusion des «mains extérieures» qui essayent de mettre en coupe cette administration «juteuse» de l’Etat, en toute méconnaissance des éléments qui concourent à la nomination d’un gabelou, tels que les critères de grade, d’ancienneté, de compétence et d’intégrité. C’est le cas par exemple du gouverneur du Centre qui, dans le brouhaha ambiant, a désigné en mai 2015, un intérimaire, M. Ndo Gervais, au poste de chef secteur des Douanes du Centre, cumulativement avec ses fonctions de commandant du Groupement actif de la même région.

Déférant donc à l’instruction de son ministre et dans l’optique d’assurer la continuité de l’action administrative, la directrice générale des Douanes, en plus de fournir la liste des retraités, a procédé à la désignation des intérimaires dans les postes restés vacants par ces derniers et par les gabelous décédés. Une simple mesure conservatoire, rendue cependant indispensable par le sort des différentes propositions restées lettre morte au cabinet du ministre des Finances. Diverses sources avancent le chiffre d’au moins cinq propositions de nominations «enterrées» au Minfi. Ainsi donc, si la vacance à la tête de certaines unités n’est pas une priorité au ministère des Finances, les recettes elles, peuvent subir un sacré coup.

Cette nouvelle affaire est révélatrice du fonctionnement de l’administration camerounaise. D’un côté, il y a la recherche de l’efficacité. De l’autre, un goulot administratif qui n’en est pas moins encadré par les textes. Il reste cependant constant que la sortie du ministre des Finances aurait pu se faire discrètement, sans tapages. Que le ministre ait choisi de porter le différend devant l’opinion relève de son choix et de ses prérogatives. Qu’il l’ait fait ainsi, publiquement, sape indéniablement l’autorité de la patronne des Douanes, ce corps paramilitaire où le moindre signe peut affecter la courbe des recettes dont nul ne peut contester aujourd’hui la bonne santé.

L’affaire quitte donc le champ administratif pour se retrouver dans la sphère politique. Comment, dans les conditions actuelles, les deux responsables pourront-ils encore efficacement travailler ensemble ? D’ici à ce que les cas d’indiscipline se multiplient dans les rangs des gabelous, il y a un pas que beaucoup franchissent déjà allègrement…

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