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Michel Thierry Atangana sous haute protection à l’Ambassade de France

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Le Franco-camerounais Michel Thierry Atangana devrait quitter le Cameroun jeudi.

II a passé sa première nuit de liberté non pas à son domicile de Bastos, mais dans un appartement de la résidence de France, à proximité de celui de l’ambassadrice. Michel Thierry Atangana y est arrivé lundi vers 21h sous bonne escorte de la police et de la gendarmerie. En partant du Sed ce soir-là avec des autorités consulaires de l’ambassade de France et des fonctionnaires de la présidence de la République, il n’a pas eu le temps d’emporter avec lui ses affaires personnelles.

A la résidence de France, le Franco-camerounais a été accueilli par Christine Robichon, l’ambassadrice de France au Cameroun. Michel Thiery Atangana n’a eu le temps d’informer que quelques-uns de ses proches par Sms. Même ses avocats n’ont pas été immédiatement mis au courant. A 22h 11, Me Bernard Kéou, envoie un message à son client. « On aurait libéré Titus Edzoa cette même nuit et il serait déjà chez lui. Qu’en est-il de vous »? L’avocat tient l’information d’un journaliste. Il essaie de joindre d’autres confrères également constitués dans ce dossier qui n’en savent pas plus. Il tente de contacter son client. En Vain. Ses interlocuteurs à l’ambassade de France sont injoignables. Il décide de se rendre à Olézoa.

C’est devant le portail vert de la résidence de France, à 22h 53, que son client lui donne confirmation par Sms. «Aucune inquiétude. A l’ambassade», écrit, Michel Thierry Atangana Abéga.

Des journalistes de France 24, de Rfi et de l’Agence France presse (Afp) se trouvent devant la résidence de France. Comme les deux autres journalistes locaux qui y étaient déjà, ils sont interdits d’entrer dans la résidence de France. L’arrivée de l’avocat de Michel Thierry Atangana n’y changera rien.

Passeport

Après une longue identification, deux agents français chargés de la sécurité de l’ambassadrice sont venus faire savoir à l’avocat qu’il ne peut pas rencontrer son client. «Nous avons reçu des consignes. Pour des raisons de sécurité, vous ne pouvez pas entrer à cette heure de la nuit. Veuillez contacter votre client. Pareil pour vous les journalistes. Vous êtes priés de ne pas insister», tranche l’un d’eux.

A 23h, Me Charles Tchoungang, un autre avocat de Michel Thierry Atangana, débarque, les phares de sa voiture braqués sur le portail de la résidence de France. «Je verrais bien si madame l’ambassadrice ne va pas me recevoir. Je souhaite que cette question ne soit pas réglée violemment. La France nous doit quelques égards. Nous avons travaillé d’arrache-pied dans ce dossier», tempête-t-il, furieux. A la guérite, il présente un passeport qui lui sera remis 20 minutes plus tard par un des agents de la sécurité. « Appelez demain. A l’heure actuelle, vous ne pouvez pas entrer. Ce sont des consignes de sécurité», insiste le préposé à la sécurité de l’ambassade.

Me Tchoungang bouillonne puis consent très vite à se ressaisir. Le ton change:  » Bien que je ne puisse pas voir mon client, je suis un homme heureux et apaisé ce soir. Je voudrais avoir une pensée pour le Sg/Pr et le Dgsn. Il n’y a pas eu beaucoup de gens qui nous ont soutenus dans cette affaire. C’est finalement une histoire exceptionnelle», se ravise-t-il. Journalistes et avocats libèrent l’entrée de la résidence de France après 23h30 face à ce refus catégorique.

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A cette heure avancée de la nuit, les avocats se retrouvent pour une petite concertation au Hilton hôtel. Ils semblent se dire là-bas « on fait comment »? Ils décident de se retrouver dans ce même lieu le lendemain, afin de se diriger à l’ambassade.

Sandales

Mardi matin, les téléphones crépitent. «L’ambassadrice nous reçoit à son bureau à 10 h». Quatre avocats de Michel Thierry Atangana s’y rendent. Ils sont précédés par Me Fotso, le notaire du Franco-camerounais. L’entretien dure une heure en présence de Michel Thierry Atangana, qui a remis sa chemisette, son pantalon gris et ses sandales qu’il avait la veille. Longues étreintes, longues poignées de main, échanges de civilités ponctuent ce moment dans le bureau de Christine Robichon.

«Thierry Atangana va bien. Il est dans des conditions physiques et morales exceptionnelles. C’était un moment chaleureux et plein d’émotion avec lui et l’ambassadrice», affirme Me Charles Tchoungang.

Hier à 15 h, les avocats sont retournés à l’ambassade de France. Cette fois, pour une «concertation technique» uniquement avec leur client. Rien n’a filtré. L’on se doute qu’ils ont évoqué certaines modalités liées au retour en France de Michel Thierry Atangana et à la suite de la procédure devant les organisations internationales et à d’autres questions liées au volet financier de ce dossier.

Chœur marial

Les médias, eux, n’auront aucune image de Michel Thierry Atangana. Encore moins une déclaration. Pis, ses proches qui sont arrivés hier à 8h devant la résidence de France dans l’espoir de le voir à un moment de la journée en sont repartis en début de soirée presque choqués. Les choristes du Chœur marial de Mvolyé, une chorale qu’il a fondée et qui chantait régulièrement lors des messes au Sed, avaient déployé une grande banderole: «Bon retour parmi nous», et arboraient des tee-shirts à son effigie. Ils auraient tant aimé que Michel Thierry Atangana les voient ne serait-ce que pour quelques secondes. Le même désarroi est partagé par ses amis de l’association Saint Philippe de Mvolyé, qui regroupe des diacres permanents comme Michel Thierry Atangana.

Durant son séjour au Sed, avec ses confrères dans la diaconie, ils donnaient des cours de catéchèse aux futurs mariés et futurs baptisés. A plusieurs reprises dans la journée, Michel Thierry Atangana les a rassurés par Sms et par des appels téléphoniques qu’ils se verront. Même pas son ombre.

Triomphalisme

Le Jour a appris que l’ambassade de France a «pris l’engagement de ne pas embarrasser le gouvernement camerounais. Il ne faudrait donc pas trop de triomphalisme, ni d’effluves autour de cette libération», apprend-on. Installé à l’ambassade de France, Michel Thierry Atangana ne devrait donc pas trop se montrer en public jusqu’à son départ pour la France.

«A l’ambassade de France, Michel Thierry Atangana est devenu plus inaccessible qu’au Sed même où il était en prison », commente un de ses proches qui a vainement tenté de le rencontrer depuis qu’il est sorti de prison. Hier, les mesures de sécurité ont été renforcées même pour les usagers.

Avant son départ pour la France qui devrait intervenir jeudi, Michel Thierry Atangana compte se rendre à Mvolyé sur la tombe de sa mère, Julienne Atangana. Elle est décédée lorsqu’il était en détention. Il n’a pas été autorisé à aller à ses obsèques. Il continue d’en souffrir.


Eitel Elessa Mbassi

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