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Me Alice Nkom propose la refondation du football à Paul Biya

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Au-delà des sanctions à infliger après la débâcle des Lions au Brésil…La déconfiture historique des Lions indomptables, notre équipe nationale de football, à la dernière coupe du monde au Brésil m’incline à cette prise de parole pour apporter ma contribution à l’impératif redressement de notre football en général, et de notre équipe fanion en particulier.

Excellence Monsieur le président de la République,

La déconfiture historique des Lions indomptables, notre équipe nationale de football, à la dernière coupe du monde au Brésil m’incline à cette prise de parole pour apporter ma contribution à l’impératif redressement de notre football en général, et de notre équipe fanion en particulier. Après cette prestation totalement indigne des Lions Indomptables et du Cameroun, il est impossible de continuer à garder le silence. Le faire reviendrait à se rendre complice de la mort du sport roi dans notre pays. C’est enlever aux Camerounais leur dernier motif de fierté, de rêve et d’espoir, c’est continuer de blesser l’amour propre de ces indéfectibles supporters ; c’est finalement les pousser au désespoir dans un contexte où la vie chère, la mauvaise gouvernance, l’insécurité et leurs conséquences les enfoncent dans la misère chaque jour un peu davantage.

Excellence Monsieur le Président de la République,

J’ai fait le choix de me désolidariser publiquement, en prenant le peuple camerounais à témoin, du complot sournois qui vise à détruire l’image du Cameroun sur la scène internationale par des attitudes rétrogrades et égoïstes des responsables du football et à saper vos efforts de construction de notre pays. Je m’adresse directement à vous pour deux raisons essentielles :

– Je sais à quel point vous croyez aux Lions Indomptables. Vous ne leur avez jamais compté votre soutien aussi bien moral que financier. Leur rendant hommage à la suite de leur qualification pour les demi-finales de la Can Ghana 2008, vous leur disiez ceci : «Par cette qualification méritée, vous venez une fois de plus d’administrer aux sportifs du monde et de l’ensemble de vos compatriotes la preuve de votre talent extraordinaire, de votre esprit de combativité et de votre détermination à porter toujours plus haut le flambeau national».

– Vous êtes le seul à pouvoir remettre de l’ordre dans la maison. En effet, la débâcle qui nous rabaisse aujourd’hui aux yeux du monde entier, à la suite de celle de 2010 en Afrique du Sud, est le résultat des efforts conjugués de vos collaborateurs qui étaient chargés de préparer et d’assurer l’une de nos meilleures prestations au Brésil,´ royaume du football. Le forum sur le football camerounais en 2010, tout comme les états généraux du sport se sont finalement révélés comme des grandmesses dont le seul mérite aura été de dilapider l’argent public destiné à organiser ces rencontres. Depuis, nous multiplions défaites et humiliations.

Certes, on dit souvent que les défaites d’aujourd’hui préparent les victoires de demain. Mais la victoire n’est possible que si l’on interroge profondément la défaite, l’analyse et en tire toutes les leçons pour la prochaine fois. Il se trouve que depuis la fabuleuse épopée du mondial italien de 1990, où nos valeureux Lions ont manqué de peu de se qualifier pour les demifinales, prestation qui a poussé la Fifa à donner deux places supplémentaires à l’Afrique, portant le nombre de ses représentants à cinq ; puis les Coupes d’Afrique des Nations 2000, 2002 remportées avec brio et la médaille d’or aux Jeux olympiques de 2003, les dirigeants de notre football semblent se complaire dans l’humiliation. Depuis la Coupe du monde 90, le Cameroun, ce grand pays de football, n’a eu de cesse de dégringoler dans le classement Fifa.

Excellence Monsieur le président de la République,

Il est temps que le Cameroun retrouve son football pour enfin recommencer à séduire le monde entier. Cette reconquête passe obligatoirement par une refondation du sport roi chez nous. Pour y parvenir, nous nous devons de nous poser ces questions :
Pourquoi ça marche chez les autres et pas chez nous ? Qu’est-ce que les autres ont que nous n’avons pas ? Je vous emprunte cette dernière inquiétude que vous avez exprimée le jour de nouvel an 2014, faisant le constat d’échec de vos collaborateurs membres du gouvernement. En tout cas, ce ne sont pas les talents qui nous manquent.

Depuis toujours, le ciel a doté ce pays de génies de football : Jean Baptiste Ndoga, Jean Marie Tsebo, Etienne Mbappe Leppe, Eugène Njoh Léa, Zacharie Noah, Thomas Nkono, Bell Joseph Antoine, Roger Milla, Patrick Mboma, Samuel Eto’o Fils, Idriss Carlos Kameni, etc. Chaque génération a révélé ses génies. Et, à chaque fois que toutes les conditions ont été réunies, les Lions Indomptables nous ont donné de la joie ; ils nous ont fait oublier nos nombreux problèmes. Ils ne demandent qu’à nous faire plaisir ; ils ne demandent qu’à défendre le drapeau de leur pays. Parfois au prix de leurs vies.

Je me souviens encore douloureusement de la tragique disparition de notre excellent N° 17, Marc Vivien Foé de regrettée mémoire, tombé au champ d’honneur. Son sacrifice suprême, autant que l’engagement patriotique des autres joueurs ne doivent pas être passés par pertes et profits par des dirigeants sans foi ni loi. Le football camerounais se doit d’être à la hauteur des talents sportifs qui le composent.

Excellence Monsieur le président de la République,

Le problème du football camerounais réside dans son organisation, dans la qualité de l’engagement des personnalités qui sont chargées de le gérer. Notre football souffre largement de l’absence d’intégrité morale de ses dirigeants dont la plupart n’ont qu’un lien ténu avec ce secteur de la vie de notre nation. Les dirigeants successifs de l’instance faîtière du football dans notre pays ont, jusqu’ici, à quelques exceptions près, brillé par leur volonté de tirer un profit personnel de leur position. Ils n’ont que clairement montré leur incapacité à transformer les différentes catégories de notre football en machines à gagner. Faute pour eux de maîtriser les méandres du football de haut niveau.

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Ce football souffre également de l’incompétence de la plupart de ses dirigeants qui se comportent comme des rentiers, sans se préoccuper de la réputation du pays. Pourtant, le Cameroun regorge d’anciens internationaux expérimentés et intègres reconvertis dans différents métiers du football dont personne ne veut utiliser les compétences. A l’exception de quelques cas comme Jean Manga Onguéné, Alexandre Song Bahanak, Jacques Songo, Thomas Nkono ou Bonaventure Djonkep disséminés ici et là, et dont l’utilisation au rabais anéantit l’efficacité, les autres sont tout simplement ignorés. Et en désespoir de cause, ils vendent leurs talents ailleurs et font le bonheur des pays qui les consultent.

Comment peut-on par exemple se passer des services d’un Bell Joseph Antoine, expert des questions de football, connu et reconnu au-delà de nos frontières qui, depuis des années, mène moult réflexions sur le football camerounais? ? Réflexions qu’il «suffirait», pour toute intelligence volontaire, de mettre en application pour évoluer vers l’efficacité. A plusieurs occasions, il a montré à ses compatriotes qu’il avait l’étoffe pour redresser le football. En l’occurrence, quand il s’était porté candidat à présidence de la Fécafoot. Il avait alors décidé, en toute connaissance de cause, de faire un choix républicain face au monnayage des votes. Des électeurs, pourtant acquis à sa cause, lui avaient demandé d’acheter leurs voix s’il voulait devenir président de la Fédération.

En somme, il lui était demandé de choisir entre acheter les voix des électeurs pour diriger la fédération et laisser ses adversaires passer par les mêmes méthodes répréhensibles. En clair, démarrer un mandat d’assainissement moral par la corruption ! Son choix fut vite fait : Bell Joseph Antoine avait clairement indiqué qu’on ne peut prétendre combattre la corruption tout en procédant à l’achat des consciences pour gagner une élection. Le camp de la corruption triompha au grand dam du peuple camerounais qui croyait l’heure de la rédemption de son football arrivée.

Excellence Monsieur le président,

Le football du pays de Roger Milla peut-il être à la peine alors que les autres pays triomphent avec leur Milla ? Votre officier de réserve que vous avez appelé en 1990 pour aller sauver la patrie en danger en Italie a été laissé à la maison pour la campagne du Brésil 2014 pendant que des individus qui n’avaient rien à y faire gonflaient les rangs de notre délégation. Ils avaient pour seul mérite d’être des proches des chefs de délégation. C’est un luxe que
nous ne pouvons nous permettre. Nous devons utiliser les compétences que nous avons pour apporter une réponse définitive à l’enlisement de notre football. La plupart des pays qui font impression sur la scène internationale ont confié les commandes de leur football à leurs anciennes gloires. A ce jour, la plupart de ces pays ont déjà fait le point de leur participation à la Coupe du Monde 2014 et sont déjà projetés en avant pour se préparer aux prochains rendez-vous.

Actuellement, nos experts en football et d’autres éminences grises sont en train de plancher sur les difficultés de notre football. Beaucoup ont apporté leur contribution dans des livres disponibles dans les kiosques, des rapports, des procès-verbaux de fora ou tout simplement sous la forme de participation dans des débats médiatisés. Je me réjouis d’une telle mobilisation de spécialistes, inédite dans notre pays. Elle m’autorise à espérer que les propositions de solutions qui en sortiront,et qui seront soumises à votre très haute attention, constitueront des réponses idoines aux problèmes de notre football.

Mais, les mêmes causes entraînant les mêmes effets, les tares que nous déplorons aujourd’hui se reproduiront dans le sens du pire. C’est pour cela que je vous prie de faire de la mise en oeuvre de ces propositions une affaire personnelle et au nom de nous tous; de veiller à leur exécution minutieuse par des personnes appropriées, afin qu’elles soient transformées en solutions définitives à la crise d’efficacité de notre football. . Aux grands
maux les grands remèdes !

Excellence Monsieur le président de la République,

Je voudrais maintenant vous exprimer la douleur de la mère que je suis par rapport au vilain sort que les ennemis du bien ou rivaux de notre PICHICHI national sont en train de faire au capitaine des Lions Indomptables, Samuel Eto’o Fils. Depuis un certain temps, un véritable travail de sape, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, a été entrepris contre ce génie qui nous a donné tant de joies et de bonheur, et qui continue de faire la fierté du Cameroun partout dans le monde. Un travail destiné à mettre non seulement l’opinion publique contre nos joueurs à qui on cherche à faire porter le chapeau, mais également faire «cible commune » avec vous et orienter ainsi votre colère contre eux. Quel est donc ce peuple qui décapite lui-même ses propres légendes, et démolit sans état d’âme ses icônes ? C’est là un «génicide» inacceptable orchestré non loin de vos bureaux, avec vos moyens et ceux de l’Etat, qu’il n’est pas permis de tolérer dans un pays qui peine à reconnaître ses héros et à ériger son propre panthéon.

C’est pourquoi, je remets très respectueusement le génial Samuel Eto’o Fils, si talentueux, patriote parmi les patriotes, entre vos mains, et sous votre très haute protection.

Excellence Monsieur le Président de la République,

La débâche du Brésil 2014 est une humiliation de trop pour notre pays. J’en appelle à votre sens élevé de l’honneur pour que celle-ci soit la dernière de notre histoire. Songez à la joie et à la fierté que cette équipe vous a souvent procurées. Songez à l’apaisement qu’elle a souvent donné au peuple Camerounais tout entier. Si vous ne faites rien, vous n’aurez plus bientôt de modèle pour votre jeunesse, la jeunesse du Cameroun.

Je vous tiendrai informé du suivi et me ferai l’agréable devoir de vous transmettre le travail effectué par une brochette représentative des acteurs majeurs incontestés de tous les temps, de notre football.

Dans cette attente, je vous prie d’agréer, Excellence Monsieur le Président de la République, l’assurance de ma très haute considération.

Me Alice NKOM
Avocat au Barreau

© Les Nouvelles du Pays : Me Alice NKOM, Avocat au Barreau

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