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Martin C. Mimb: «..ils n’ont jamais été meilleurs que moi..»

Martin Camus Mimb

Martin Camus Mimb Le Lion indomptable du micro ! C’est ainsi que les auditeurs et téléspectateurs qui ont suivi les matches qu’il a commentés en direct lors du mondial de football 2014 au Brésil, l’ont baptisé. Il a eu le mérite d’aller jusqu’en finale.

Alors que l‘équipe nationale de son pays le Cameroun, qui a brillé par sa piètre prestation, est sortie au premier tour de la compétition. Ce, pour la deuxième fois consécutives après les commentaires du Mondial Sud-africain pour l’Union africaine de Radiodiffusion. Dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder, l’ancien journaliste de Dikalo, (1996) Equinoxe radio (2002) et Télévision (2006), Stv (2008), Vox Africa (2012) et aujourd’hui patron de Radio sport infos (Rsi) depuis 2013 et correspondant Canal +, déballe tout. Ses bonheurs, malheurs et rêves. Agé de 41 ans, le fils de Logbadjeck dans la région du Littoral, fait aussi un diagnostic de l’état de santé du football camerounais, établit les responsabilités et propose des solutions de reconstruction. Lisez plutôt ! 

Quand un journaliste de sports commente la Coupe du monde, a-t-il encore des rêves? 

Mon rêve est de voir mon entreprise et mes activités grandir. Ainsi que les enfants que j’encadre. Quand on a posé un acte, on a envie d’en poser d’autres. Les milliardaires ont des affaires parce qu’ils espèrent avoir plus de milliards. Je souhaite toujours être meilleur. Jean Claude Suaudeau, l’ex entraineur de Fc Nantes avait dit, lorsqu’on cesse de travailler pour être meilleur, on cesse déjà d’être bon. Je continue de travailler pour être bon. Il n’y a pas que la Coupe du monde de football, il y a les jeux olympiques et pleins d’autres enjeux. Je rêve de commenter un 100 mètres d’Usain Bolt. Ce serait merveilleux de dire en 10 secondes ce que j’ai préparé en 3 heures. C’est magique. 

Qu’est-ce qui à votre avis, fait la différence entre vous Martin Camus Mimb et vos confrères ? 

Je crois que la chance existe et qu’elle ne survient qu’aux esprits préparés. Je m’estime être chanceux d’abord et travailleur ensuite. Eto’o a gagné deux champions league or Milla n’en a jamais gagné parce qu’à son époque, gagner la champions league ou jouer dans les grands clubs n’était pas un grand enjeu. Chaque époque a ses réalités. Je suis arrivé à une époque où la mondialisation est en train de faire son chemin. Que j’arrive à faire ce que les autres n’ont pas fait ou ne font pas, ça me fait plaisir parce ça fait avancer le métier. Je ne conçois rien sur la base des comparaisons mais sur ce qui peut faire avancer l’histoire. Après Martin, il y aura d’autres personnes. L’histoire va continuer d’avancer. J’ai fait un test en 2009 pour commenter la Coupe du monde 2010 et c’est ce travail qui continue de porter des fruits aujourd’hui. Pour 2018, il y aura certainement d’autres tests pour rechercher d’autres talents. Il faut simplement que les confrères soient prêts. J’espère que ce sera ma dernière Coupe du monde parce que je serai bousculé par des jeunes qui viennent avec des talents en plus. 

Votre handicap a-t-il été un atout ou objet de certaines barrières à votre succès ? 

Je n’ai aucun handicap pour commencer. Parce que si je veux faire l’amour à une femme, je le ferai comme n’importe qui d’autre. Je suis juste à mobilité réduite. Je ne peux pas courir comme tout le monde mais ce n’est pas la course qui détermine la vie. Lorsque je suis arrivé en stage en 2009 à Paris, les examinateurs ont mis tous les moyens à ma disposition et m’ont dit que ma situation ne peut être un avantage. Que si je dois aller commenter un match au sommet et qu’il n’y a pas d’ascenseur, ils vont me porter pour m’y amener. Si mon succès dépendait de ma situation, on aurait fait un casting en Afrique pour les gens à mobilités réduites pour commenter la Coupe du monde. On a fait un casting tout court. Et pour être franc, ça aurait été un inconvénient. 

Que répondez-vous à ceux de vos confrères qui estiment que votre mobilité limitée a joué en votre faveur dans ce recrutement? 

Le talent n’a rien à voir avec cela. C’est quand on veut justifier son incompétence qu’on trouve des parades. Ceux qui le disent justifient leurs incompétences et leurs incapacités à être à ce niveau. J’étais à Equinoxe avec des gens aptes physiquement mais ils n’ont jamais été meilleurs que moi. A Stv, c’était la même chose. Pourquoi penser que c’est une promotion alors que sur le plan local, ils n’ont pas été meilleurs que moi ? 

Pendant la Coupe du monde 2014, vous avez crée une page facebook. Est-ce qu’entre temps, vous vous êtes découvert une casquette de vedette ? 

Pas du tout. Simplement parce que pendant la compétition, j’avais trop de demande en termes d’amis sur facebook. Les gens voulaient discuter avec moi. C’était débordant. C’est pourquoi je leur ai offert un autre espace de discussion, c’est pourquoi je l’ai créé. En plus quel crime il y a à être une personnalité publique reconnue ? Je suis content que les gens me témoignent cette reconnaissance. En l’espace de 3 jours, j’ai eu plus de 3000 mentions «J’aime». Cela veut dire qu’il y avait un réel besoin.

Est-ce que le comportement des Lions indomptables sur le terrain a eu un impact sur votre travail ?

Non parce que je savais que les Lions ne feraient rien à la Coupe du monde. Je retrouvais les Camerounais à travers les joueurs sur le stade. C’est les mêmes comportements que nous affichons tous les jours. Les joueurs n’ont fait que la représentation globale de ce que nous faisons tous les jours et que nous voulons cacher. Ils ne sont pas de ce fait, plus coupables que ceux qui prennent de l’argent dans la rue aux automobilistes ou ceux qui sont obligés d’être corrompus pour faire leur travail. C’était le Cameroun incarné à l’échelle internationale. Et ça ne m’a pas gêné parce que je suis habitué à cela. 

Et vos confrères ne vous posaient-ils pas des questions à ce sujet ? 

Ils étaient tout simplement surpris parce qu’ils ne vivent pas au Cameroun. Ils ne savaient pas par exemple qu’en 2010, il y a eu des situations où on a failli en venir aux mains dans les vestiaires. On a fait semblant d’étouffer cela et en 2014, on l’a vu officiellement. C’est connu que ce sont des habitudes qui se sont installées. 

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Que faire pour qu’en 2018, on ne connaisse plus les mêmes situations ? 

Ceux qui sont payés pour travailler doivent travailler. Beaucoup sont payés pour ne rien faire. Il y a un entraineur qui se ballade et qui, à la dernière minute, vient bricoler une équipe. On paie des gens pour réfléchir sur le développement du football camerounais mais qui réfléchissent plutôt à comment se remplir les poches. C’est eux le problème. Ils doivent travailler. Les joueurs n’ont pas de problèmes. Cette génération va partir. La bande à Milla n’est plus à l’équipe nationale mais en 90, il y a eu des problèmes de primes qu’on avait négocié jusqu’à 5 heures du matin. A ce moment là, il n’y avait ni Chedjou, ni Eto’o moins encore Moukandjo. Sauf qu’en 2014, on revient avec les mêmes problèmes. Cela veut dire que ce n’est pas les joueurs le problème mais ceux qui dirigent et qui organisent le football camerounais. A la différence des Milla en 90, on a aujourd’hui des joueurs professionnels qui jouent au haut niveau et qui ne peuvent plus supporter certaines choses. Ils ont décidé de le montrer aux yeux du monde pour qu’il sache que ceux qui dirigent le football camerounais sont des amateurs. Quel que soit l’époque, les joueurs auront le même problème tant que les organisateurs n’auront pas le niveau de les gérer. Remarquez que les problèmes de primes ne se sont pas posés qu’au Cameroun. Le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Nigeria ont eu les mêmes problèmes. Ce n’est pas un hasard. Je pense que l’Afrique a un problème de gouvernance. 

A votre avis, le Cameroun doit-il garder Volker Finke comme entraineur des Lions indomptables ? 

(Rires !) Mon avis ne compte pas. On a fait des auditions de certaines personnes et je n’ai pas été contacté. Je suis un citoyen ordinaire. Pour être sérieux, Volker Finke est le seul entraineur qui a réalisé des résultats que nous connaissons tous mais qui est toujours en poste. Il fait des interviews au nez et à la barbe de ceux qui l’ont nommé et qui le paient. Il continue à se pavaner, à parler de sept joueurs qu’on doit suspendre, à parler de l’organisation et à insulter des fonctionnaires camerounais. Et cela ne pose de problèmes à personne parce qu’au Cameroun, on est habitué à avoir des complexes et à gérer des individualités. Volker Finke est un benskin (Moto Ndlr) qui continue de produire de l’argent pour ses propriétaires. Et tant que ses propriétaires seront là pour s’engraisser sur son dos, il ne posera de problèmes à personne. Si ça ne dépendait que de moi, il ne serait même pas allé à la Coupe du monde. Mais il y est allé et tout le monde a vu ce qu’il a fait. Tout ce qu’il trouve à dire, c’est qu’il faut faire partir des joueurs. Quel est le joueur qui a décidé d’être dans cette sélection ? Aucun. C’est lui qui a fait la liste et l’a signée. Il avait la possibilité de dire qu’il ne veut pas de tel ou tel autre joueur publiquement et qu’on lui impose des joueurs. Il ne l’a pas fait. Donc, il assume. Qu’on laisse les joueurs tranquille. Quand on est le capitaine à bord et que le bateau chavire, on n’ira jamais demander des comptes aux passagers. 

Que conseillez-vous aux millions d’enfants qui, à travers l’Afrique rêvent d’être comme vous un jour ? 

Je leur dis de travailler et de travailler durement. Quand je commençais ce métier en 1996, je suis allé à une visite d’entreprise au journal Dikalo. Le directeur de publication, M. Biake Difana nous avait dit quelque chose qui m’a marqué. Il a dit, la maison est ouverte. Que ceux qui veulent travailler viennent. J’étais l’un des rares à continuer et à proposer des articles à la rédaction qui les a acceptés. Au fur et à mesure, on m’a intégré à la rédaction pour que je devienne ce que je suis. Le journaliste est le seul métier où on ne recrute pas sur la base des diplômes mais sur la base de ce que l’on sait et peut faire. Si les jeunes veulent travailler, qu’ils apprennent le métier et se rapprochent des aînés pour qu’ils leur montrent le chemin. Qu’ils ne pensent pas que le premier jour où ils vont parler à la radio, ils seront Martin Camus Mimb. Ça fait près de 18 ans que je travaille et c’est aujourd’hui qu’on parle de moi. Il y a un parcours de travail à faire. J’ai commencé ce boulot avec les jeunes de ma radio. J’espère que d’ici 4 ans, ils vont s’habituer à commenter des matchs pour qu’on ait une autre génération de commentateurs comme on a eu Jean Lambert Nang et autres. Je ne souhaite plus commenter la Coupe du monde 2018. Je veux que ce soit un jeune frère ou une jeune sœur. Parce que si je ne suis pas là, il y aura une autre personne et peut-être pas un camerounais. Pour que le Cameroun soit toujours représenté, il faut qu’on encadre les jeunes. J’ai un média de sport qui est ouvert à tous les confrères qui veulent apprendre et montrer ce qu’ils sont capables de faire. Je note en passant que pour être un bon journaliste de radio ou télé, il faut être un bon journaliste de presse écrite. C’est par là que j’ai commencé. Quand on écrit bien, on parle bien et on fait des analyses pertinentes. 

Quels ont été jusqu’ici les meilleurs et pires moments de votre carrière ? 

Le meilleur moment était le 10 juillet 2010 au Soccer City stadium, quand je m’apprêtais à commenter la finale de la Coupe du monde en Afrique du Sud. J’ai pleuré à chaudes larmes en me disant, qui suis-je moi, fils de pauvre en train de parler devant le monde entier, devant Mandela et les chefs d’Etats ? Je me suis dit qu’il y a un Dieu qui veille là haut. Le pire moment, c’était le 15 novembre 2008 quand j’ai perdu ma mère. On m’a annoncé la nouvelle pendant que j’étais en train de commenter en direct sur Stv, un match du championnat Anglais. J’ai serré le cœur, j’ai fini le travail avant de pleurer. C’est la vie. 

© Adeline TCHOUAKAK | Le Messager

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