Culture'Urbaine

Marafa Hamidou Yaya, “La rébellion du Nord est un fantasme”

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Incarcéré au secrétariat d’Etat à la Défense, l’ancien ministre de l’Administration territoriale a accordé une interview à Jeune Afrique dans laquelle il annonce la sortie prochaine de son livre.

Marafa Hamidou Yaya, bien que convalescent, n’a rien perdu de sa combativité. Dans une interview accordée au magazine Jeune Afrique qui parait ce matin, l’ancien ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation condamné à 25 ans d’emprisonnement ferme dans le cadre de l’affaire de l’avion présidentiel, revient sur quelques sujets d’actualité. Lorsqu’on lui demande s’il est possible que la secte islamiste du Nigeria Boko Haram puisse recruter dans le nord du Cameroun, sa réponse est sans ambages :

« Si les djihadistes du Moyen-Orient réussissent à recruter en Europe, pourquoi les islamistes du Nigéria ne recruteraient- il pas dans le voisinage immédiat, dans un contexte de pauvreté et de désespoir ? (…)Ces régions comme celles qui jouxtent la frontière avec la Rca ont été laissées à l’abandon ces trente dernières années. Aucun projet économique d’envergure n’y a vu le jour. »

Si pour l’ancien ministre, l’Adamaoua est de plus en plus reliée au reste du Cameroun, il reste que le Nord est une région potentiellement riche, mais mal exploitée. L’Extrême-Nord, la région la plus peuplée du Cameroun quant à elle, fait face, selon Marafa Hamidou Yaya, à la sécheresse, aux inondations, à la famine et à un grave déficit de scolarisation. « Pas étonnant, conclut-il, que les jeunes soient sensibles aux sirènes de Boko Haram. »

Accusé par certains médias de fomenter une rébellion à partir du nord du Cameroun, l’ancien secrétaire général de la présidence de la République s’en défend. Pour lui, il s’agit de simples fantasmes. Incapable de résoudre les problèmes de sécurité qui se posent dans le nord, le pouvoir, selon Marafa, chercherait des boucs émissaires.

« La tuerie de Kolofata, fin juillet, et l’enlèvement de l’épouse du vice-Premier ministre, du lamido de Kolofata et de sa femme nous mettent face à notre incapacité à assurer la sécurité dans la région. Alors que fait le pouvoir ? Il cherche des boucs émissaires. Il veut faire croire que notre modèle social et économique est si solide que l’islamisme radical ne peut s’y enraciner, que nos frontières sont si sûres que Boko Haram n’osera les franchir ! Mais la rébellion du Nord est un fantasme »,

dit-il.

Guérandi Mbara

Il ajoute que la disparition de l’opposant Guérandi Mbara et l’assassinat de sa secrétaire, Christiane Soppo, sont des signaux de la radicalisation du pouvoir.

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« L’enquête de votre journal sur la disparition de l’opposant Guérandi Mbara accrédite l’idée que des groupes d’individus forment des tribunaux occultes, rendent une justice parallèle dans le seul dessein de satisfaire des ambitions et des intérêts privés. (…) Pourquoi croyez-vous qu’on m’accuse de préparer une rébellion ? Mon emprisonnement ne suffit pas. Il faut me faire taire définitivement. Mon assistante a été tuée à coups de machette. Un ancien opposant au régime a disparu. Les avertissements sont assez clairs pour tous »,

soutient Marafa. Dans cette interview de Jeune Afrique, l’on apprend que le prisonnier du secrétariat d’Etat à la défense vient de finir la rédaction d’un livre à paraître dans les prochains jours. Le Titre ? Le choix de l’action.

L’auteur révèle qu’il a commencé la rédaction de cet ouvrage en secret du temps où il était encore au gouvernement. Maintenant qu’il n’est plus tenu par une quelconque solidarité gouvernementale, il a choisi de s’exprimer en toute indépendance. Et c’est en toute indépendance que Marafa Hamidou Yaya affirme qu’il est un prisonnier politique. Il confie qu’il se doutait bien une fois sorti du gouvernement qu’il pourrait être arrêté ; puisqu’il confiait déjà à l’ancienne ambassadrice des Etats-Unis au Cameroun que « l’opération épervier est une opération d’épuration politique à laquelle il n’échapperait pas ».

Et pourquoi n’a-t-il donc pas pris la poudre d’escampette ?

«Je n’avais aucune raison de fuir, mais toutes les raisons de rester pour m’expliquer publiquement sur mon rôle dans l’affaire de l’avion présidentiel. De ce point de vue, le procès a été une bonne chose : les juges ont reconnu que je n’avais pas détourné ou reçu la moindre somme. Cela ne les a pas empêchés de me condamner à vingt-cinq ans de prison pour “complicité intellectuelle de détournement“.Mais tout le monde sait que je suis innocent et que je suis un prisonnier politique. »

Il dit ne pas regretter d’avoir fait confiance à la Justice camerounaise. Car reconnait-il, « j’ai été condamné à tort par des juges sous pression ». Marafa Hamidou Yaya, 62 ans, aux prises avec des problèmes respiratoires et ophtalmologique passe le clair de son temps en prison à méditer sur le projet de développement, de paix et d’équité dont il est porteur et qui s’appelle la « Société de confiance ».

Quelques rares visiteurs qui sont autorisés à le rencontrer en profitent pour lui résumer l’actualité. Il dit être interdit d’accès aux journaux.

© Le Jour : Jean-Bruno Tagne

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