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MANASSÉ ABOYA ENDONG: “Une reconfiguration des relations Cameroun – Nigeria ”

Le politologue analyse les conséquences de l’arrivée de Muhammadu Buhari au pouvoir.[…]La principale leçon tient davantage sur le pouvoir et la capacité des peuples à assumer les changements. A chaque fois que les peuples décident de tourner la page d’un gouvernement qui ne répond plus à leurs aspirations, rien ne peut déconstruire ce processus. Cette réalité est COMMUNE à tous les peuples. Avant le Nigeria, on l’a vu au Sénégal, au Burkina Faso, en Tunisie, etc

Le Nigeria a un nouveau président en la personne de Muhammadu Buhari. Qu’est ce qui a fait la victoire de ce général de 72 ans à la retraite ? 

Deux raisons principales me semblent pouvoir expliquer la victoire de Muhammadu Buhari sur son challenger Goodluck Jonathan. La première raison tient de sa forte personnalité. En effet, ayant essentiellement axé sa campagne sur la lutte anti-corruption, les électeurs ont manifestement misé sur un homme fort pour lutter contre ce fléau qui gangrène la société nigériane. Les Nigérians moyens se rappellent précisément les années d’autoritarisme du Nigéria sous Muhammadu Buhari où il avait énergiquement lutté contre la corruption et les narcotrafiquants. La deuxième raison s’articule sur la légitimité, en tant que militaire respecté de ses pairs et ressortissant du Nord, qu’il a pour lutter contre Boko Haram, si tant est que les Nigérians souhaitent le retour au-devant de la scène des gages pour la sécurité nationale.

Le président sortant Goodluck Jonathan a reconnu sa défaite via un communiqué. Ce qui est une première dans ce PAYS où les contestations post-électorales sont une tradition autant que la dévolution du pouvoir par la force. Le Nigeria est-il entré dans une ère démocratique ? 

Le Nigeria est un géant économique dont le processus électoral était suivi de près par  le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond. Une telle pression venant de ses principaux partenaires dans le Commonwealth est un signal fort pour le respect des principes démocratiques qui commencent naturellement par la reconnaissance de la défaite et les félicitations adressées au vainqueur. Pris dans ce sens, Goodluck Jonathan a effectué un pas décisif au PROFIT de l’ancrage du Nigeria dans l’ère démocratique.

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Quelles sont les leçons que l’Afrique et le Cameroun peuvent tirer de ce scrutin au Nigeria ? 

La principale leçon tient davantage sur le pouvoir et la capacité des peuples à assumer les changements. A chaque fois que les peuples décident de tourner la page d’un gouvernement qui ne répond plus à leurs aspirations, rien ne peut déconstruire ce processus. Cette réalité est COMMUNE à tous les peuples. Avant le Nigeria, on l’a vu au Sénégal, au Burkina Faso, en Tunisie, etc. En clair, la dynamique du changement dépend de la volonté du peuple. Elle peut être canalisée, si les dirigeants ont le doigté pour savoir anticiper. Sinon, elle est redoutable !

Quels sont les défis qui attendent le nouveau président du Nigeria ? 

Le nouveau président doit au minimum faire face à cinq principaux défis : celui de la répartition du pouvoir à l’intérieur d’une large coalition qui a porté sa candidature ; le défi de la lutte contre Boko Haram qui suscite des attentes à l’intérieur COMME à l’extérieur du Nigeria ; le défi de la lutte contre la corruption dont son effectivité risque de toucher des personnalités de sa coalition ; le défi de la répartition des richesses entre un sud concentrant toutes les richesses et un nord pauvre et vivant dans l’insécurité, bref ! La lutte contre les inégalités et enfin le défi de la relance économique dans un contexte inédit des baisses des cours mondiaux de pétrole.

La victoire de Buhari va-t-elle réchauffer les RELATIONS entre Abuja et Yaoundé, quelque peu crispées en raison de la gestion du dossier Boko Haram ? 

Naturellement, la politique du voisinage du Cameroun avec le Nigeria devra être reconfigurée vers des convergences beaucoup plus assumées autour des intérêts mutuels entre ces deux Etats. Cela, ne serait-ce que sur le plan de la sécurité transfrontalière qui a fortement impacté sur les échanges économiques et la mobilité des populations des PAYS. Plus qu’un vœu, c’est une question préoccupante compte tenu des résolutions mobilisées par la communauté internationale dans la lutte contre Boko Haram.

Propos recueillis par Y.Y.

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