Features

Malgré sa médaille en Or, Solange Fegue file à l’anglaise

médaille-en-or-Marie-Solange-Fegue

La jeune haltérophile qui a décroché une médaille en Or en s’imposant lundi dernier, devant une autre Africaine, la Nigériane Itohan Ebireguesele et la Canadienne Marie-Josée Ares-Pilon, a filé à l’anglaise au soir du mercredi 30 juillet. Une autre fugue qui vient s’ajouter aux cinq premières déjà enregistrées.

Sauve qui peut ! C’est la débandade dans les rangs de la délégation camerounaise présente en Ecosse. C’est à croire que chaque jour qui passe, un athlète prend la fuite. Après les deux lutteurs portés disparus avant le début de la compétition, les trois haltérophiles qui se sont pris la malle il y’a quatre jours, c’est au tour de l’unique médaillée d’or du Cameroun de prendre la clé des champs. De sources dignes de foi, l’athlète avait déjà prévenu ses camarades qu’elle ne rentrera pas avec eux au bercail. Elle, qui a pourtant réalisé la meilleure performance dans sa discipline lundi dernier, avec un total de 234 kg (102 kg à l’arraché et 132 kg à l’épaulé-jeté). Mais son métal précieux ne l’a pas empêchée de faire fausse route à la délégation que conduit Victor Agbor Nso.

Confirmation de cette fugue a été faite hier soir par un membre de la Cameroon team alors que Le Messager tentait en vain de joindre au téléphone, le chef de délégation pour avoir sa version des faits. Désappointées, les autorités camerounaises ont demandé l’aide du Comité d’organisation des Jeux, Glascow organising committee, pour retrouver leurs sportifs et arrêter la saignée. Celui-ci, apprend-on, a informé la police, qui ne peut cependant pas faire grand-chose. Ce d’autant plus que les visas accordés aux disparus courent encore. Quoi qu’en cas de non présentation des documents à un contrôle de police, les athlètes en cavale risquent de voir leurs plans s’effondrer. Même si au ministère des Sports et de l’éducation physique (Minsep), on tente de démentir l’information, les proches de Fegue au pays confient qu’elle était déjà préparée à cette « évasion » car, justifient-ils, « lasse de s’entraîner dans des conditions archaïques qui lui étaient imposées ici au pays ».

Indigence macabre

Agée de 23 ans, Marie Solange Fegue a commencé sa carrière sportive il y a une dizaine d’années dans un club d’haltérophilie affilié à la Ligue régionale du Centre. Alors qu’on la vantait comme l’une des plus grandes chances de médailles du Cameroun lors des compétitions à venir, y compris le Commonwealth, elle décide d’aller brouter où l’herbe est plus verte. Cette fuite ne vient-elle pas ternir davantage l’image déjà suffisamment écornée du Cameroun, cité pourtant comme un exemple de vivier de talents en Afrique ? Autant le dire, le pays de feu Joseph Bessala reste fragilisé par l’exode massif de sa jeunesse vers l’Occident. En effet, depuis plus d’une décennie, une nouvelle forme d’émigration hante la jeunesse ; celle liée au sport. Encouragés par leurs parents, de plus en plus de jeunes grandissent avec l’espoir de partir un jour jouer à l’étranger et d’y faire fortune, croyant ainsi fuir l’indigence du terroir. Les derniers Jeux olympiques à Londres en sont une vivante illustration.

Nous suivre ►► Facebook   Twitter   Instagram   Youtube 

Discours creux

Le Cameroun rentré bredouille de cette compétition avait quand même réussi l’exploit de battre le record de fugue avec huit athlètes portés disparus. Toutefois, la route qui mène vers ce rêve est parfois jalonnée d’épines. Certes, si des footballeurs, des boxeurs, des judokas, des haltérophiles et des coureurs camerounais ont réussi à l’étranger, à l’image de Nicolas Batum, Françoise Mbango, les frères Matam, combien de talents ont été gâchés et de carrières sacrifiées par une expatriation précoce et incontrôlée ? Il est donc plus que jamais urgent pour le ministère des Sports, champion dans les discours creux et les promesses fallacieuses, de se pencher sur ce phénomène qui gangrène le mouvement sportif camerounais ; avant que l’irréparable ne se produise.

Christian TCHAPMI

Focal: Partir à tout prix, partir pour la vie

Lors des Jeux olympiques de 2012 à Londres, sept athlètes camerounais, trois membres de la délégation ivoirienne dont deux nageurs et même un entraîneur, de lutte, ainsi que d’autres athlètes africains ont disparu. Le phénomène s’est répété l’an dernier aux Jeux de la Francophonie de Nice en France. Au total, une quinzaine de sportifs ont pris la fuite. Mais en la matière, c’est le Cameroun qui détient le record. Thomas Essomba, Yepmou et Cie en savent quelque chose. Ceux qui ont fait un tour au Camp de l’unité où s’entraînent les boxeurs comprendront le sens de la fugue. Par le passé, Herman Ngoundjo ou encore Bikamba Sakio se sont évanouis dans la nature. Le premier cité est aujourd’hui champion du monde après avoir fugué à Ottawa aux Jeux de la Francophonie. Le second est numéro 1 mondial de « Contender ». Ces cas contribuent à stimuler l’envie de partir à tout prix. Ces deux athlètes ont été accueillis comme des héros dans leur pays d’adoption et aujourd’hui, ils font le bonheur des intérêts financiers des managers de boxe. Loin de vouloir encourager cet exode de talents, il faut inviter les pouvoirs publics à revoir la politique d’encadrement de jeunes talents.


© Christian TCHAPMI | Le Messager

Populaires cette semaine

To Top