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Mal gouvernance: le Minepat aurait corrompu les députés du Sud

Emmanuel-Nganou-Djoumessi-Union-européenne

Le Minepat a offert près de 400 millions aux élus du «pays organisateur». Une pétition en préparation pour dénoncer une opération nébuleuse et potentiellement mafieuse. L’hémicycle de l’Assemblée nationale est en ébullition depuis quelques jours. Il y règne comme un véritable climat de révolte, alimenté par des rumeurs de pétition à signer et à envoyer au chef de l’Etat.

Les députés, qui achèvent demain leur première session ordinaire de l’année, comptent saisir Paul Biya d’un fait qu’ils qualifient de «gravissime». Leur cible n’est autre que le ministre de l’Économie, du Plan et de l’Aménagement du territoire (Minepat), Emmanuel Nganou Djoumessi, qu’ils accusent d’avoir arrosé huit de leurs collègues originaires du Sud.

A l’origine de la grogne, un «appui financier» en fin d’exercice budgétaire 2014 à huit élus, regroupés autour du «Relais des députés Rdpc du Sud», une organisation dont personne n’avait entendu parler jusqu’ici, dans le cadre de «projets agro-pastoraux». Le montant total de la donation n’a pas été révélé, mais des sources introduites avancent une enveloppe totale de 400 millions de francs, soit 50 millions par tête de pipe. Fort touchés par ce geste, les députés du «pays organisateur», sous la plume de l’élu de la Vallée du Ntem Jean Jacques Zam et – à souligner – sous un sceau «confidentiel», lui ont adressé une savoureuse lettre de «gratitude» début avril, dans laquelle ils affirment que «cette aubaine n’est pas tombée en désuétude». «La grande majorité des projets ont pris corps et nous ne tarderons pas à vous faire tenir les rapports d’exécution sur le terrain», peut-on lire dans cette missive copiée à «tous les députés du Sud».

Curiosités.

La première curiosité a trait au caractère confidentiel de la démarche, aucune publicité n’ayant été faite sur le sujet par un Nganou Djoumessi qui ne manque aucune occasion de montrer et de démontrer qu’il travaille. Dans la même veine, les protestataires de Ngoa-Ekellé se demandent pourquoi une telle faveur n’a été accordée qu’à des députés du Sud. Particulièrement remonté, un député des Bamboutos constate : «Le Minepat n’a jamais, lors de la présentation de son projet de budget pour 2014, évoqué un quelconque financement de projets agro-pastoraux, qui plus est à tête chercheuse. Et pourquoi seulement les députés du Sud et pas les autres ?»

A cette grave interrogation pourrait se greffer une autre : les députés, toutes chapelles et toutes origines confondues, ont-ils vocation à implémenter des projets agro-pastoraux financés sur fonds publics, lorsqu’on sait qu’ils bénéficient déjà de fonds prévus par la règlementation dans le cadre des micro-projets de développement ? Autre question, et non des moindres : les millions ainsi débloqués visent-ils la mise en œuvre de projets communautaires, ou s’agit-il de fonds voués à des initiatives personnelles ?

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Fortune insolente.

Où Nganou Djoumessi a-t-il donc puisé les centaines de millions ainsi offerts aux membres du fameux «Relais des députés Rdpc du Sud» ? Certainement pas dans les caisses du département ministériel dont il a la charge. Selon des sources de La Météo, le Minepat, fortement en disgrâce auprès du chef de l’Etat et guetté par l’«Opération épervier», espère par cet acte amadouer des élus dont certains se recrutent parmi des proches de Paul Biya. Il est question, pour ceux-ci, d’aller plaider sa cause en haut lieu et de le présenter sous son meilleur jour. L’«aubaine» offerte aux élus du «pays organisateur» pourrait ainsi lui revenir sur la gueule comme un boomerang. D’autres sources rapportent qu’il serait sur le point d’offrir 25 millions de Fcfa à chaque sénateur de la région du Sud. Info ou intox ? Rien n’est moins sûr pour l’instant.

C’est donc d’une entreprise de lobbying qu’il s’agit, de la part d’un homme considéré comme l’un des ministres les plus fortunés que le Cameroun ait jamais connus. On lui attribue ainsi de nombreux comptes, aussi bien au Cameroun qu’à l’étranger, ouverts sous des noms d’emprunt. Ce trésor de guerre lui a déjà, entre autre, permis de s’accaparer de vastes étendues de terres dans la Mefou et Akono, la Mefou et Afamba, le Mfoundi, le Nyong et So’o, le Nyong et Mfoumou, l’Océan et ailleurs dans le pays. Un appétit foncier qu’il partage désormais avec son épouse Véronique Manguetet et l’un de ses fils Franck Martial Leduc Nganou, et qui commence à provoquer des éclats de voix et des menaces à la paix civile auprès de certains propriétaires terriens ayant constaté qu’ils avaient été floués.

Partenaires au développement estomaqués.

Emmanuel Nganou Djoumessi ne risque pas seulement d’avoir bientôt affaire à la justice de son pays, ou à des populations bernées et délestées de leurs terres. Il alimente également la colère auprès des partenaires au développement. En sa qualité de ministre en charge des programmes économiques, plusieurs rapports, émanant de partenaires au développement, pointent aujourd’hui sa gestion désastreuse des programmes de développement, surtout le plan d’urgence décrété par le président de la République et plus que jamais plombé du fait de son incompétence, de l’inertie et de la corruption qui sont sa marque de fabrique.

Cette incapacité à conduire des projets de premier ordre, ajouté à sa tendance à la rapine et aux intrigues sans oublier son arrogance, ont fini par estomaquer plusieurs partenaires au développement dont certains menacent clairement de se désengager du Cameroun. Mais l’homme n’en a cure, concentré qu’il est sur les effets d’annonces et un enrichissement personnel à la fois fulgurant et plus que suspect. En trois ans et quatre mois (seulement ?) à la tête du Minepat, l’ancien infirmier de Zoétélé, dans le Dja et Lobo, selon ceux qui l’ont côtoyé, a réussi à se constituer un trésor de guerre digne d’un dealer italien du temps des cartels.

Michel Tafou

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