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Maga : les populations s’attaquent aux militaires.

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Une base de l’armée incendiée par les populations. C’est un affrontement d’une violence extrême qui a opposé les populations et les militaires de la marine, à Maga dans la nuit du 21 au 22 octobre 2015. A en croire de sources administratives, c’est l’interpellation de deux jeunes à bord d’une moto, au marché central, qui serait à l’origine de l’altercation. «Il était moins de 20h, précisément 19h45 minutes quand des militaires ont interpellé deux jeunes, fils d’Alhadji Boukar Bossou. Ils n’avaient pas encore dépassé la limite de 20h, heure interdite pour la circulation des motos à Maga comme du reste, partout dans la région de l’Extrême-Nord

L’attitude des militaires a énervé les jeunes qui ont refusé qu’ils emportent leur moto. Une bagarre s’est aussitôt déclanché en au cours de laquelle un militaire a été copieusement bastonné», raconte un témoin. Le jeune marin bastonné, se sentant en position de faiblesse, a tiré plusieurs coups de sommation pour apeurer et disperser les jeunes qui l’avaient assailli. Malheureusement, une balle perdue ira tuer le nommé Adoum Seini, employé à la Semry, et qui se reposait tranquillement sous un arbre au lieu-dit «Carrefour poissons», loin du théâtre des affrontements entre les militaires et les jeunes hommes.

Le défunt laisse quatre femmes et une dizaine d’enfants. Les balles perdues feront une autre victime : Oumar Hassana, blessé au cou. C’est le décès d’Adoum Seini qui va faire monter l’adrénaline des populations qui descendent aussitôt au camp des militaires pour, disent-t-elles alors, venger la mort de leur frère assassiné. Dans leur furie, elles incendient la base de l’armée marine. Le bilan des dégâts de cet acte de vandalisme est lourd. Un camion, un pick-up, des matelas de couchage des militaires sont brûlés, des armes et des munitions vandalisées, des bâtiments incendiés. Après le camp, les populations mettront le feu à deux chaloupes (airbord) amarrées au bord du lac de Maga. «Heureusement, au moment où les populations sont arrivées au camp, les militaires avaient déjà vidé les lieux. Sinon il y aurait eu de nombreux morts », informe un policier en service à Maga.

DÉGÂTS

Informé de la situation, le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord se rend à Maga le lendemain matin, jeudi, 22 octobre 2015. Midjiyawa Bakari est accompagné du préfet du Mayo- Danay, Simon Kweti Ndoh et des généraux Baba Souley et Jacob Kodji. L’objectif de la descente sur le terrain est de ramener la sérénité. Mais surtout de constater de visu, les dégâts ô combien importants de cette altercation. Le gouverneur a dit être très touché par ce qui s’est passé, et a présenté ses condoléances à la famille d’Adoum Seini et à toutes les populations de Maga. A l’issue d’une réunion de crise qu’il a présidée avec les autorités locales et les chefs traditionnels, Midjiyawa Bakari a mis sur pied une commission d’enquête à l’effet de dégager les responsabilités des uns et des autres.

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Il a donné à celle-ci un délai d’une semaine pour rendre sa copie. «Nous sommes très touchés par ce qui s’est passé. Nous avons créé une commission d’enquête qui va travailler pendant une semaine. C’est elle qui nous dira exactement ce qui s’est passé à Maga. Nous devons très vite remonter les informations au niveau de la hiérarchie pour que les responsabilités des uns et des autres soient établies rapidement. Nous déplorons cette situation qui a conduit à la mort d’une personne», a indiqué le gouverneur Midjiyawa Bakari.

ACCUSATIONS

«Nous sommes très écoeurés par le vandalisme des populations sur les installations des militaires. Même si la moto à l’origine de la bagarre a été arrêtée avant 20h, les actes posés par les populations sont disproportionnés. Nous condamnons fermement ce comportement. Nous sommes dans un Etat de droit et nul ne peut se rendre justice», fulmine une élite de Maga. Avant de pointer un doigt accusateur sur les militaires. «En réalité, ce qui s’est passé est la conséquence des agissements peu orthodoxes des militaires. On pourrait dire une goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Il nous revient régulièrement que des militaires se transforment en douaniers et en policiers. Les populations ne cautionnent pas ça. Pis, certains de nos frères se sont plusieurs fois plaints, du fait que des militaires couchent avec leurs femmes. Quand on touche à la dignité d’un homme, parfois il devient incontrôlable. Le maire a eu à dénoncer plusieurs fois ces comportements, mais aucune solution n’a été apportée», se désole-t-il. Les autorités locales, elles, pointent un doigt accusateur sur le maire de Maga. Ibrahim Boukar, est accusé par les autorités locales de soulever les populations contre les pouvoirs publics. «Le maire est toujours contre les mesures que le sous-préfet prend.

Il conseille aux populations de ne pas les respecter. Même le chef de poste des douanes subit les conséquences du comportement du maire. Quand il saisit les motos ou les marchandises non dédouanés, le maire est mécontent. Il a monté les jeunes au point où, quand le chef de poste des douanes saisit une moto, c’est la bagarre qui éclate. C’est ainsi qu’il a demandé au sous-préfet de l’autoriser à se faire accompagner par les militaires lors de ses descentes. Le maire a alors saisi cette occasion pour dire aux populations qu’un militaire ne peut pas se transformer en douanier », explique un employé à la sous préfecture de Maga. Le samedi, 24 octobre 2015, la commission d’enquête mise sur pied par le gouverneur est descendue à Maga. D’après nos informations, cette commission d’enquête conduite par François Franklin Etapa, inspecteur des services régionaux auprès du gouverneur, a entendu entre autres, le maire de Maga, le chef de poste des douanes, le délégué d’arrondissement de l’Elevage et bien d’autres responsables des services publics de l’arrondissement de Maga.

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