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Métiers – Escort Girls: Les belles aux prix d’or

Hotesses-Escort-Girl-Cameroun

Edith est de ces filles qui attirent l’attention sur elles, sans même le vouloir. Le genre qui vous obligent à vous retourner sur son passage, sans même que vous ne compreniez comment et pourquoi. Lorsqu’elle rentre dans le hall de l’hôtel dans lequel elle a donné rendez-vous au reporter du Jour, on aurait dit que le temps s’arrêtait quelques secondes. Hommes, et femmes jettent un coup d’œil pour voir passer la jeune fille qui vient d’entrer. Son crâne rasé et coloré en blond platine, ne retire rien à sa féminité. Tout au contraire, il fait ressortir le fin tracé de son visage ovale. Sa peau est aussi claire que le sac de marque jaune qu’elle a à son bras. Sa taille effilée se dessine sous la longue robe qu’elle porte négligemment. Lorsqu’elle retire les lunettes de soleil qui encombraient son visage, l’on découvre des yeux, entourés de cernes, sûrement dues à la fatigue. Elle revient tout juste d’un weekend de folie à Limbé avec un client, et n’a pas encore eu le temps de se reposer.

A 27 ans, la fille aînée d’une famille de trois enfants a derrière 5 ans d’ancienneté dans la profession d’Escort-girl. «C’est l’une de mes tantes qui m’avait introduite dans le circuit» se souvient Edith. Après l’obtention de son baccalauréat littéraire, elle s’inscrit à la faculté des sciences juridiques de l’université de Yaoundé 2 mais n’ira pas bien loin. «Je m’ennuyais à l’école, et j’ai commencé à sortir tous les soirs. Ma tante a remarqué que je plaisais aux hommes, et m’a proposé un jour de sortir avec un monsieur de 15 ans mon aîné, en échange de 25.000Fcfa» raconte la jeune fille. Après son «baptême de feu», elle multiplie les rencontres et les rend-vous avec des messieurs que sa tante lui présente à chaque fois. Jusqu’au jour où elle se rend compte, dans une conversation avec un client fidèle que sa tante ne lui reverse que le tiers de ce qu’elle perçoit lors de ses arrangements. Dès ce jour-là, elle se brouille d’avec sa maîtresse, et se met à son propre compte. Dès lors, elle décide de ne vivre que de son activité. Elle improvise alors, et décide de se créer son propre carnet d’adresses. «L’expérience que j’ai acquise avec ma tante m’a permis de prendre confiance en moi. J’ai compris que je pouvais obtenir des hommes beaucoup de choses, sans fournir trop d’efforts», dit-elle confiante.

Durant sa période de transition, Edith déménage de chez ses parents, et s’installe dans son premier chez elle. «Rien d’extravagant, un studio moderne à Essos», non loin de la route pour faciliter ses déplacements. Elle commence à fréquenter les salons de beauté assidûment et s’arrange à être «dehors» au moins quatre soirs par semaine. Elle mise tout sur son physique, bien qu’elle soit loin d’être bête. «J’ai la chance de ne pas avoir de problèmes de peau, donc, le travail n’a pas été très difficile, je voulais juste être plus claire et n’avoir aucune tâche sur le corps» insiste l’ancienne pensionnaire de Soa.

Pari gagné, début 2009, elle se lie d’amitié avec les agents de sécurité de plusieurs hôtels de Yaoundé, se présentent aux serveuses dans les snacks bars et restaurants huppés de la capitale, mais aussi, aux gérants de discothèques de la ville. Le deal étant de leur donner une commission à chaque fois qu’ils lui ramènent un client. Entre temps, elle continue de se faire voir dans divers lieux, qu’elle sélectionne minutieusement. Depuis,. Edith s’est fait son carnet d’adresses, et a déménagé une fois encore. Exit son studio d’antan, aujourd’hui, elle vit avec son petit frère dans un appartement bien situé, dans un quartier chic. Elle conduit une voiture offerte par l’un de ses clients amoureux d’elle, et s’occupe des études de ses cadets depuis que son père est à la retraite.

Des accompagnatrices d’abord

Contrairement aux croyances populaires, les escort girls comme Edith ne sont pas des prostituées. Différemment des premières, «elles ont la tâche d’escorter, accompagner, les clients lors d’événements où ils souhaitent être vus en présence de jolies femmes», explique Elise, propriétaire  d’une agence. Les escort-girls ont la particularité d’avoir en général des mensurations semblables à celles de mannequins. «Ce  sont des mensurations standards, qui sont susceptibles de correspondre aux goûts de tous les hommes» renchérit Elise. C’est au quartier Bastos que l’on nous indique l’une de ces agences. Située au cœur du quartier, elle est réputée pour ses services dans la formation et le prêt d’hôtesses lors d’évènements organisés. Mais, l’accueil de l’agence indique que leurs services sont variés: accueil téléphonique, accueil des visiteurs, du courrier et de prestige, conciergerie et aménagement d’accueil. Les demoiselles postées à l’entrée, deux, sont chacune installées derrière un écran d’ordinateur et portent la même tenue. Celle que nous approchons pour des renseignements nous rectifie lorsque nous demandons s’il y a un service d’escorte dans l’agence.

«Des hôtesses vous voulez dire» nous reprend-elle. Soit. La mine renfrognée de la réceptionniste confirme les indiscrétions qui nous ont menées à l’agence, nous affirmant qu’il était possible ici de rencontrer des escort-girls. Pour jouer le jeu, nous demandons à notre interlocutrice les conditions d’adhésion à l’agence. «Vous passez un premier casting face aux responsables, il faut absolument faire plus d’un mètre 65, être parfaitement bilingue et de bonne moralité» nous renseigne-t-elle. Qu’entend-on par être de bonne moralité ? «Vous n’êtes pas une petite fille, il ne faut pas venir ici en se disant qu’on va chercher les hommes» nous répond la réceptionniste. Par la suite, il est exigé de déposer 10.000 Fcfa pour son inscription, si jamais la première étape est passée, et 30.000Fcfa pour l’abonnement et la formation. Une formation de trois mois, trois jours de la semaine, digne de celle que reçoivent les mannequins.

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Bien que les responsables de ladite agence ne veuillent pas parler de leurs activités parallèles, l’une de leurs anciennes pensionnaires se rappelle encore du mode de fonctionnement.Toute action et démarche passent par l’agence. Les clients rentrent en contact avec les responsables, qui leur proposent une brochette de filles. Une fois leur choix fait, les rendez-vous sont pris. Les modalités (argent, le temps mis) sont réglées avec la hiérarchie. Le client vient alors chercher son accompagnatrice à l’heure convenue, celle-ci signe un papier pour signaler sa sortie, et a l’obligation de retourner à l’agence pour signaler qu’elle en a terminé avec son service. «Les à-côtés» se gèrent pendant la sortie. C’est-à-dire, la version officielle dit que les filles « prêtées » pour des évènements ne font qu’accompagner leur client, et pourtant, notre ancienne escort-girl nous rapporte qu’il lui est arrivé d’aller plus loin avec certains clients. «Nous nous arrangions tous les deux, en dehors de l’agence». Cette fois-là, les tarifs sont fixés par la jeune fille elle-même. Tout dépend de la personne qu’elle a en face d’elle et de ses désirs. Ainsi, les prix débutent à 50.000Fcfa pour tout type de prestation. La nuit avec l’une d’entre elle peut courir jusqu’à 250.000Fcfa. Certains trouvent les prix exorbitants, mais, l’ancienne accompagnatrice justifie cela par la perversité et le travail que tout cela exige.

«J’avais des clients qui voulaient à tout prix assouvir tous leurs fantasmes en une nuit. L’argent étant la seule motivation, il faut donc mettre un paquet sur la table pour pouvoir être satisfait à cent pour cent»

développe celle qui est désormais mariée et mère de deux enfants. «Pendant votre mission, vous devenez leur femme de substitution, les cris et les problèmes en moins» ajoute-t-elle. Raison pour laquelle il est indispensable de pouvoir les divertir, leur permettre de se relaxer et penser à autre chose que leur travail.

Parlant de travail, Adeline, 29 ans, est une jeune cadre dans une société de téléphonie mobile. Grâce à son emploi, elle est tous les jours en contact avec de nombreuses personnes, de toutes les classes sociales. Elle en profite donc pour se créer des relations hors-boulot avec certains d’entre eux. Vous l’aurez compris, Adeline est escort-girl en free-lance. Issue d’une famille aisée, elle est à l’abri du besoin depuis sa tendre enfance. Mais, ressent toujours le besoin de s’offrir des bijoux, et accessoires hors de prix. De plus, la jeune fille à l’esprit aventurier et est toujours prête pour un déplacement à l’œil. Pour-elle, tout a débuté comme un jeu. Le fait que plusieurs clients lui aient fait des compliments en se présentant à son guichet l’a amené à penser qu’elle pouvait en tirer profit. Alors, elle se sert des fiches de renseignement que remettent les clients pour choisir ses proies et leur proposer ses services. «En général, quand je les contacte, ils sont surpris, et presque toujours intéressés, donc c’est facile d’établir le contact» développe Adeline. Ainsi, la jeune fille a constitué depuis peu son baromètre, et accompagne avec plaisir les clients qu’elle a appâté. «Après les quelques conversations qu’on échange au téléphone, je leur envoie un sms avec les prix de chacune de mes prestations, du restaurant aux rapports sexuels, en passant par les voyages, tout y est compris» ajoute la jeune cadre. Sachant qu’elle choisit minutieusement ses clients, il est rare que ceux-ci soient réticents à payer des sommes telles que 35.000Fcfa pour jouir d’une «gâterie ».au chocolat, la spécialité d’Adeline.

La peur de Cupidon

Loin des strass sur leurs escarpins, et des brésiliennes qu’elles ont sur la tête, les escort-girls sont des femmes à part entière. Leur métier comporte énormément de risques et les expose à mille et un dangers. «Vous pouvez avoir à faire à des clients violents, qui ne respectent pas les clauses du contrat» explique avec regret Edith. Pour pallier à ce genre de désagréments, ces mercenaires du charme prennent alors diverses précautions. Lorsqu’elles se décident à aller jusqu’à entretenir des rapports intimes avec leur client, le préservatif est de mise. De plus, elles doivent toujours s’assurer d’être au courant de leur statut sérologique. Les consultations chez les dermatologues et esthéticiennes ne sont pas en reste, et prennent une bonne partie de leur recette. Il faut aussi compter les vêtements, les produits de beauté, les parfums, les accessoires et la panoplie complète de la femme toujours présentable. Et, il faut toujours s’assurer d’avoir un strict minimum sur soi: déodorant de poche, maquillage; sous-vêtements de rechange, lingettes intimes et chaussures.

Malgré toutes ces dépenses, les maladies auxquelles elles sont exposées et les concessions qu’elles doivent faire, que toutes ces filles redoutent le plus est de tomber amoureuses. «J’ai arrêté parce que mon compagnon ne supportait plus mes activités, et pourtant, c’est dans ce cadre que nous nous sommes rencontrés. Comme je l’aimais, le l’ai suivi, et aujourd’hui je suis femme au foyer» révèle notre ancienne escort girl.  S’éprendre d’un client est la chose la plus redoutable qui soit. Cela est interdit dans les agences soit en ligne, soit physiques. Et pour celles qui travaillent à leur propre compte, il s’agit là d’un frein à leur carrière ou alors à la fin d’une vie qu’elles trouvent féerique.

Par souci de confidentialité, les prénoms cités dans le texte ont été changés.

© Inès Ntsama | Le Jour

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