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Lutte contre la corruption: Le rapport de la Conac bloqué

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Initialement prévue le 18 décembre 2014, la présentation publique du rapport sur l’état de la lutte contre la corruption en 2013 est toujours attendue.

Bientôt trois semaines que par voie de communiqué, le président de la Commission nationale anti-corruption (Conac), Dieudonné Massi Gams, informait «les membres du gouvernement, le corps diplomatique, les différentes administrations et le public que la cérémonie de présentation officielle du rapport sur l’état de la lutte contre la corruption en 2013, initialement prévue le 18 décembre 2014 (…) [était] reportée à une date ultérieure qui leur sera communiquée incessamment». Mardi 6 janvier 2015. Le reporter de Mutations entreprend d’aller aux nouvelles.

Au bout de la ligne téléphonique, l’une des chevilles ouvrières dudit rapport se montre coopérative : «Ah, Mutations ! Je suis hors du siège pour des tâches urgentes. Dès que je regagne mon bureau, je vous rappelle pour vous en dire un mot». Plus de deux heures s’écoulent. Second coup de fil. Notre interlocuteur a cette fois-ci la voix chuchotante : «Je ne t’ai pas oublié, je suis en réunion. Je t’appelle dès que je finis». Jusqu’au moment où nous écrivions ces lignes, l’appel téléphonique de l’employé de la Conac était toujours attendu.

Hier en matinée, flairant que le sujet était au moins embarassant à la Conac, et que personne ne veut publiquement s’y risquer, le reporter se résout -avec succès- à obtenir l’information de la source la plus autorisée de la maison. Après avoir franchi deux chaleureuses voix sur son téléphone fixe. «Bonjour président, à quand la publication du rapport de la Conac ?». Réponse de Dieudonné Massi Gams : «Vous avez appelé les responsables en charge de la communication de la Conac, je crois qu’ils vous ont dit ce qu’il en est». «Président, il est toujours préférable d’avoir la source la plus autorisée…». Prudent, Massi Gams rétorque : «Tout est prêt. Le rapport peut être rendu public à tout moment». «Il nous revient que ce rapport est bloqué à la présidence de la République». Relance : «Président, y a-t-il des gens qui tirent les ficelles dans cette affaire ?». Sur cette interpellation, le président de la Conac redouble de prudence, frisant de se refermer comme une huître : «Non, non, non. Je n’accuse personne. D’ailleurs ce n’est pas la première fois que la publication d’un rapport de la Conac est retardée», relativise-t-il.
Consupe

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Pourtant, des informations puisées à bonnes sources font état de ce que c’est la première fois depuis 2011 (l’institution a été créée par décret présidentiel en 2006 et a pris près de quatre ans pour se mettre en place) qu’une année s’écoule sans présentation du rapport de la Conac. Le texte créant cette Commission dispose pourtant que chaque année, celle-ci publie son rapport, dont le premier destinataire est le chef de l’Etat. D’ailleurs, la Conac fait partie des structures étatiques rattachées à la présidence de la République.

Le contexte du report de la cérémonie de présentation du rapport 2014 suggère également une anguille sous roche. En effet, une mission du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe) a audité les comptes de la Conac au début du second semestre de l’année écoulée. Particulièrement épluchés, les salaires et avantages des membres du comité de coordination, en tête desquels du président, et du secrétariat permanent. Votre journal avait alors parlé de «la guerre des institutions» de lutte contre la corruption.
Au cours d’une conférence de presse le 26 juin 2014 au Palais des congrès de Yaoundé, le président de la Conac, tout en reconnaissant que le Consupe était dans son rôle, s’indignait de la «campagne diffamatoire et mensongère» autour de cette mission. Il rapportait aussi que les médias qui y voyaient une «guerre des institutions» se fondaient sur le dernier rapport de la Conac, qui avait épinglé des contrôleurs et vérificateurs des services du Consupe, notamment Gilbert Bakoa Bakoa (contrôleur d’Etat), dans l’affaire Sodecoton.

«Certains lobbies aux desseins inavoués tentent de freiner l’action de la Conac avec pour intention de décréter la mort de cette institution. La Conac ne va pas reculer. Même au prix des sacrifices à consentir», avait martelé Massi Gams. Qui a donc intérêt à ne pas voir le rapport 2014 de la Conac rendu public ? Le contenu et la méthodologie dudit rapport sont-ils querellés comme d’aucuns le soutiennent, sur la base des expériences antérieures ? Qui veut rayer la Conac de la liste des gardiens de la fortune publique ? Le «blocage» du rapport 2014 est-il le signe d’une «descente aux enfers» ou d’une «disgrâce» des membres de la Conac ? Les prochains jours vont à coup sûr nous édifier sur ces questions.

Georges Alain Boyomo

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