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Lutte contre Boko Haram : Muhammadu Buhari ignore le Cameroun

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Dans une tribune publiée par l’International New York Times et Jeune Afrique, le nouveau président ne cite que le Tchad et le Niger comme alliés du Nigéria. Avant même son entrée en fonction le 29 mai prochain comme nouveau président du Nigéria, Muhammadu Buhari donne déjà le ton de ce que sera son come-back (après sa présidence de 1983 à 1985) à la tête du pays le plus peuplé d’Afrique.

Dans une tribune publiée hier par l’International New York Times et Jeune Afrique, l’ancien militaire dit comment il compte « éradiquer Boko Haram ». Le ton est martial et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ancien militaire putschiste ne flirte pas avec les circonlocutions ou la langue de bois politico-diplomatique.

Selon le nouveau président du Nigéria, la solution pour l’éradication de la secte islamiste Boko Haram viendra d’abord des Nigérians. « Cela ne signifie pas que nos alliés ne peuvent pas nous aider, précise-t-il. Ainsi, nous apprécierions grandement qu’un accord passé avec les États-Unis et portant sur la formation militaire, abandonné sous le gouvernement précédent, soit réactivé. Et nous devons bien sûr mieux coordonner nos interventions armées avec celles de nos alliés africains, comme le Tchad et le Niger. »

Le lecteur de cette tribune de Muhammadu Buhari observera qu’il ne cite pas le Cameroun parmi les alliés du Nigéria dans la lutte contre Boko Haram. Difficile d’imaginer qu’il s’agit d’un simple oubli. Comment donc le nouveau président peut-il ignorer le Cameroun alors même qu’avant l’entrée en guerre du Tchad et du Niger, l’armée camerounaise avait déjà considérablement affaibli les positions de Boko Haram ? A l’observation, le nouveau président du Nigéria, comme son prédécesseur, ne semble pas avoir digéré le fait que le président Paul Biya refuse au grand voisin le droit de poursuite des insurgés de Boko Haram sur le sol camerounais.

Feu sur Goodluck Jonathan

Cette attitude de Muhammadu Buhari est-elle de nature à permettre une lutte efficace contre la secte islamiste Boko Haram au moment où tous les stratèges pensent unanimement que seule une bonne coaliton camerouno-nigéro-tchadonigériane peut les mettre en déroute ? Si Buhari ignore le Cameroun,  il n’en fait pas autant de son prédécesseur. Il attaque frontalement Goodluck Jonathan dont il dénonce le laxisme face à la menace Boko Haram. Il pointe aussi le silence tonitruant de l’ancien président alors que le monde entier s’émouvait de l’enlèvement dans la nuit du 14 avril 2015 de près de 200 écolières dans la localité de Chibok.

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« Le gouvernement du président Goodluck Jonathan a mis près de deux semaines à évoquer – oui, simplement évoquer – ce drame, s’indigne-t-il. Cette inertie est révélatrice des raisons qui ont conduit à la défaite du chef de l’État le 28 mars. Pendant trop longtemps, lui et ses amis ont régné sur le pays sans le gouverner réellement, obnubilés par leurs intérêts particuliers et trempant à tel point dans la corruption qu’ils en ont oublié leur devoir élémentaire : remédier aux souffrances de leurs concitoyens. Mon gouvernement, qui entrera en fonction le 29 mai, se comportera tout à fait différemment. »

Sans promettre qu’il retrouvera les filles de Chibok, Muhammadu Buhari annonce un avenir sombre à Boko Haram. « Ce que je puis certifier, en revanche, c’est que dès le 29 mai les membres de Boko Haram verront avec quelle détermination la nation tout entière et mon gouvernement s’emploieront à débarrasser le pays de leur entreprise de terreur, à rétablir la paix et une vie normale dans les régions où ils sévissent. Jusqu’à présent, le Nigeria n’a pas su apporter une réponse à la hauteur de cette menace : pendant que nos voisins bataillaient ferme pour bouter les terroristes hors de leurs frontières, notre armée n’était pas suffisamment aidée et équipée pour les repousser vers le Nord. »

Muhammadu Buhari, 73 ans, pense que c’est la pauvreté et l’ignorance qui ont permis à Boko Haram de s’incruster dans le nord du Nigéria. En guise de solution, il annonce entre autres, la scolarisation des filles « afin qu’elles sortent de la misère et puissent jouer un rôle à part entière en tant que citoyennes ». Et de paraphraser Nelson Mandela qui déclarait : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. »

Jean-Bruno Tagne

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