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Lutte contre Boko Haram: 25 héros attendent sépultures

La préoccupation sort des rangs. Des militaires responsables d’unités de combats engagés dans la lutte contre Boko Haram ne savent plus à qui s’adresser.« Peut-être que si vous en parlez, les choses vont enfin s’accélérer », espère ce militaire. Il parle de ses camarades, morts aux combats dans les rangs des forces de défense camerounaises. « Les plus anciens sont morts le 12 décembre dans une embuscade, mais, ils sont encore plus nombreux. Nous en avions dénombré 20 toutes unités confondues, dont six pour le Bir avant que les cinq autres du lundi 16 février 2015 ne s’ajoutent », nous dit notre source.

Pour des raisons qu’elle-même ignore, les corps des militaires morts depuis le mois de décembre 2014 encombrent les tiroirs des morgues. Pour cause, il faut que la cérémonie d’adieu aux armes soit tenue.« En attendant la tenue de ce rituel, tout est bloqué », affirme notre source sans plus de détails. Mais la conséquence de cette lenteur est dramatique, « les familles ne nous laissent plus dormir, les mots deviennent durs, il y en a qui pensent qu’on a vendu leurs fils, que nous sommes dans des sectes ou je ne sais quelle autre sorcellerie. Ce sont des proches de nos frères d’armes, nous sommes perturbés par cette situation », se plaint notre source.

Geneviève est une parente d’un de ces héros morts ce fameux 12 décembre 2014. La jeune enseignante est encore abasourdie par tous les mystères que l’armée camerounaise fait autour de la mort de son frère : « Vous vous souvenez d’un communiqué de la Crtv qui annonçait la disparition de militaires après une embuscade ? Le communiqué citait les noms des disparus. C’est ainsi qu’on a appris ce qui était alors une disparition comme s’ils s’étaient égarés et qu’ils pourraient revenir à tout moment », se souvient-elle. Son aîné, père de trois enfants dont l’aîné est inscrit en classe de 6ème, fils d’ancien militaire avait la vocation des armes et l’amour de son pays.

Une angoisse s’est emparée de la famille mais, ce n’était pas encore les pleurs, juste de l’anxiété. Mais, les choses vont se dégrader au fil des jours. Le 17 décembre, un officier prévient la famille de la disparition de leur fils. Le 20, c’est un colonel, chef du disparu, qui frappe à la porte de la mère de celui-ci. Il apprend à la dame d’âge mûr la nouvelle de la découverte du corps de son fils. « Il a dit qu’on ne verrait pas le corps qui était méconnaissable. Selon lui, ils n’ont su que c’était mon frère que quand ils ont fouillé les poches de sa tenue de combat de l’armée camerounaise. Il avait sur lui sa carte nationale d’identité. C’est comme cela qu’ils ont pu l’identifier », se rappelle Geneviève.

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Pour autant, le deuil ne pouvait pas encore à proprement parler commencer. « Les enfants jusqu’aujourd’hui ne comprennent pas que leur père ne vit plus », dit la jeune dame, la voix chargée de tristesse. Pour les proches du défunt héros de guerre, les choses ont tout de suite changé. « Ça dépend de la hiérarchie.» Le colonel porteur de la mauvaise nouvelle a demandé à la famille de ne rien faire et d’attendre, qu’on les contacterait pour l’organisation des obsèques. Le 24 décembre, pour la célébration de la fête de Noël, l’épouse de celui dont personne n’a encore accepté la mort dans sa famille décide de faire plaisir à leurs enfants. Pour leur offrir des vêtements et des cadeaux comme cela se fait toutes les fêtes de Noël dans cette famille chrétienne, la dame a besoin d’argent. C’est elle qui tient les cordons de la bourse du foyer. Elle a accès au compte de son mari. Elle se dirige vers le distributeur automatique de billets. Il n’y a rien. Elle va voir le gestionnaire du compte qui lui apprend que le compte est bloqué. C’est ainsi, selon le règlement militaire.

Il y est prévu que la procédure de déclenchement des obsèques passe par l’annulation de la solde du défunt pour un calcul de la pension dès la fin de celles-ci, une pension que l’armée va reverser à sa famille. Elle s’enclenche dès le message qui annonce le décès au ministre de la Défense. Ce même message est aussi envoyé à la direction du commissariat qui doit fournir le cercueil et c`est cette direction aussi qui traite le salaire. Il y est dit aussi que l’armée ne cache pas les corps. « Le militaire appartient à l`armée et les obsèques se font en collaboration avec la famille, on ne cache pas les corps ». En l’occurrence, « la procédure est la même pour tous les militaires. Les obsèques sont organisées dans un délai de 10 jours après l’annonce de la mort. Mais cela reste aussi à la discrétion de la hiérarchie. »

Aziz Salatou

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