Société

Lutte contre Boko Haram : 2015 ne sera pareil à 2014

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Paul Biya hésite à demander des comptes au Nigeria alors que la secte a curieusement arrêté ses velléités expansionnistes chez notre voisin et jette toutes ses forces contre le Cameroun depuis le 20 décembre dernier.

Le Cameroun a fort à faire pour assurer la sécurité de ses frontières, notamment dans la région de l’Extrême-Nord où sévit la secte Boko Haram. Dans son discours du 31 décembre dernier,le président de la République, chef des Armées, n’a fait que confirmer, avec gravité, une situation qui met tout le pays en alerte désormais. Paul Biya a vite fait de rappeler que le Cameroun n’est pas le seul à faire face à la menace Boko Haram, avant d’ajouter : « Certains de nos voisins, le Nigeria, le Tchad, le Niger, le Bénin, coopèrent avec nous pour opposer un front commun à Boko Haram ».

Pourtant voici un épisode qui démontre le peu de collaboration entre les autorités camerounaises et nigérianes. Le porte-parole de l’armée nigériane a fait une déroutante mise au point le 30 décembre dernier. Ce général est intervenu chez nos confrères nigérians pour dire que l’aviation camerounaise n’a pas empiété la souveraineté du Nigéria en survolant sans son autorisation son espace aérien et en y effectuant des bombardements le dimanche 28 décembre 2014. L’officier étoilé réagissait aux communiqués qui ont essaimé le monde sur la victoire de l’armée camerounaise qui, ce jour-là, a repoussé des terroristes de Boko Haram, qui avaient pendant quelques heures, assailli la bourgade de Achigachia et y avaient implanté leur lugubre bannière noire.

Les terroristes qui ont assassiné à cette occasion des militaires camerounais ont aussi occasionné la fuite au Cameroun de plusieurs milliers de ressortissants nigérians. De plus, les Boko Haram, arrivés en surnombre, ont pu s’emparer de certaines armes du 42ème Bataillon d’infanterie motorisé affecté à la défense de cette partie de la frontière. Dans une riposte savamment dosée, les forces de défense ont repoussé les envahisseurs en territoire nigérian d’où ils provenaient. Pour la première fois, les alphas jets de l’armée de l’air ont livré bataille. Boko Haram, sous leur feu, s’est enfui.

Dans le feu de l’action, les avions camerounais ont-ils débordé la frontière pour s’attaquer à leurs ennemis ? Possible et même probable, affirment des observateurs. Harassés par les exactions perfides des terroristes qui semblent être montés en virulence depuis à peu près le 20 décembre 2014 en territoire camerounais, les chefs militaires engagés au front s’interrogent sur l’attitude des Nigérians. Depuis, que la campagne pour l’élection présidentielle du 14 février 2015 est entrée dans sa phase décisive, avec la désignation de Mohamed Buhari comme challenger du président Goodluck Jonathan, Boko Haram a stoppé ses velléités expansionnistes au Nigéria.

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Certes il y a eu quelques kamikaze qui se font sauter par-ci par-là, où qui se font maladroitement « appréhender », avant d’activer leurs charges meurtrières. Mais, à l’évidence Boko Haram n’a plus livré aucune bataille contre l’armée nigériane depuis des semaines. En revanche, les terroristes, dans la même période, ont multiplié des exactions au Cameroun. Chaque jour, ils inventent des stratagèmes pour terroriser les populations et rendre illégitime la lutte que le Cameroun leur mène avec brio. Une maîtrise camerounaise que salue la communauté internationale et dont on peut penser que les militaires nigérians sont envieux. De toutes les façons, ils se sont toujours refusés à toute collaboration avec les nôtres, les traitant plutôt avec condescendance et suspicion.

Pourtant, les autorités camerounaises ont multiplié les actes de courtoisie, voire de fraternité. Trois fois de suite au moins, le Cameroun a accueilli des militaires nigérians en déroute. Ils sont arrivés avec armes et bagages. Ils ont été soignés, nourris et ravitaillés en carburant avant de protéger le retour dans leur pays en toute sécurité. L’armée nigériane au contraire, a abandonné ses bases suréquipées aux terroristes. Comme par hasard, ce sont celles qui jonchent la frontière d’avec le Cameroun. C’est de l’une d’entre elles que dimanche dernier, les Boko Haram sont partis pour leur tentative d’invasion. Lors de sa riposte, l’armée camerounaise a employé des canons de 155mm. Cette arme redoutable tire des obus à 50km de distance. Fallait-il que les artilleurs camerounais cessent le feu une fois qu’ils se sont rendu compte que les terroristes ont commencé à fuir ?

Faut-il que le Cameroun utilise les moyens qu’il a pour neutraliser ses ennemis ? Comment l’armée nigériane fait-elle pour savoir que le Cameroun est entré ou non dans ces territoires qu’elle a abandonnés au contrôle des terroristes sans lutte ? L’armée camerounaise doit-elle attendre, pour riposter, les initiatives des Boko Haram qui parsèment des engins explosifs dans tous les villages, pour effrayer des paysans et les empêcher de cultiver leurs champs ? Peut-on durablement vivre dans le voisinage immédiat du plus grand fléau qu’ait connu l’Afrique sans chercher à y remédier ? La solution n’est elle pas de passer outre l’hypocrisie de l’armée nigériane et de repousser au moins à portée des canons camerounais ces ennemis qui veulent instaurer un « soit disant califat » ?

Des exemples sont connus de pays amis du Cameroun, qui, agressés par des terroristes qu’abritent leurs voisins, enjambent la frontière pour neutraliser la menace sans attendre l’autorisation desdits voisins. Ils ont signé eux aussi des conventions internationales mais, passent outre les civilités pour préserver la sécurité et la paix sur leur territoire. Faut-il attendre que les populations actuellement en déshérence de l’Extrême-Nord soient rongés par les mécontentements et se laissent enrôler dans la démence des Boko Haram ?

© Le Jour : Aziz Salatou

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