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Loi des finances 2016: Le budget de l`Etat résiste à Boko Haram

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Dans ses orientations pour la préparation de la prochaine loi de finances, Paul Biya prospecte une année 2016 avec des indicateurs macroéconomiques parfois meilleurs qu’en 2015. La menace sécuritaire portée par la secte islamiste Boko Haram ne perturbe pas outre mesure le gouvernement dans le cadre de sa préparation de la loi de finances de 2016.

En tout cas, les orientations du président de la République à cet effet, publiées le 13 août 2015, en portent peu les stigmates. Deux petites lignes, dans la version parue dans « Cameroon tribune », font allusion à ce phénomène, qui crée donc plus de psychose qu’il ne paralyse vraiment le pays. « Au plan national, l’économie est confrontée en 2015 à la chute des cours du pétrole (qui a représenté 48% des exportations en valeur de l’année 2014), et des matières premières, à la guerre contre Boko Haram, et à l’insécurité transfrontalière.» Paul Biya est plus préoccupé par la baisse des cours du pétrole, qui accentue le déficit le solde courant de la balance de paiement, et grève les recettes budgétaires. Le chef de l’Etat concède toutefois que, « les dépenses liées à la lutte contre l’insécurité menacent d’éviction les dépenses budgétaires prévues ».

Pour le deuxième budget de l’Etat depuis l’entrée officielle du Cameroun en guerre contre Boko Haram, intervenue le 17 mai 2014 à Paris, les hypothèses macroéconomiques de base sont résolument optimistes. Un taux de croissance à 6%, alors qu’il est officiellement de 5,8 en 2015, même si le ministère des Finances a relevé cette prévision à 6,4%. Malgré une chute des cours du pétrole, actuellement sous la barre des 50 dollars le baril, et les perspectives peu reluisantes pour l’année 2016, qui confirment cette tendance baissière, Paul Biya table sur un maintien des recettes pétrolières à leur niveau de 2015. Il peut alors compter sur l’augmentation de la production prévue en 2016, qui viendra compenser la baisse des recettes.
En effet, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) a annoncé en juin 2015 avoir franchi la barre de 100 000 barils de pétrole par jour, seuil qui n’avait plus été atteint depuis 2002. Bémol : au premier trimestre 2015, les recettes ont baissé de 32 milliards de FCFA, affichant 70,5 milliards alors que les prévisions budgétaires sont de 141,5 milliards.

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Les orientations présidentielles pour la préparation du budget 2016 prévoient un taux d’inflation à 2,8%, un poil en deçà de la norme communautaire fixée à 3%. Le déficit du solde budgétaire (hors don) est estimé à 4,5% du PIB et celui du compte courant d’environ 4,3%. Pour Paul Biya, « l’espoir est cependant permis, avec les retombées liées à la mise en œuvre du plan d’urgence, et la fin des chantiers des grands projets structurants de première génération. » Le même optimisme est partagé par la plupart des responsables publics en charge des questions économiques et financières. Par exemple, pour le directeur général de l’Agence de promotion des investissements (API), Marthe Angéline Minja, « l’incidence des défis sécuritaires du Cameroun sur le climat des affaires est très peu perceptible, mais n’en est pas moins réelle ».

La localisation des attaques et des attentats dans la région de l’Extrême-Nord préserve en effet l’essentiel du pays de la menace sécuritaire. Les affaires continuent dans les régions australes, où se déroulent l’essentiel de l’activité économique et les prélèvements obligatoires. Les Impôts et la Douane ont par exemple atteint et dépassé leurs objectifs budgétaires au premier trimestre 2015. Si le budget de l’Etat résiste, dans l’Extrême-Nord, certains opérateurs sont pourtant aux abois. Notamment ceux qui vivaient de flux frontaliers avec le Nigeria et même dans le secteur du tourisme. Sylvie Mbassegué Ndy, directrice de Easy Fly Corporation affirme que, « depuis l’expansion de l’insécurité, nous avons de fortes pertes autant dans la billetterie que dans la location d’avions. » La perspective d’un conflit de longue durée avec la secte Boko Haram a déjà fait naître une économie de la guerre, qui va se conforter dans les mois à venir.

PARFAIT N. SIKI

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