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Lions Indomptables : Du talent et des valeurs

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Plus que les résultats probants de ses deux derniers matches, c’est l’état d’esprit irréprochable de cette nouvelle cuvée des Lions qui suscite l’espoir.

Pour une fois, les autorités camerounaises n’ont pas cédé à la tentation de «couper la tête» au sélectionneur national qui sortait d’un Mondial catastrophique au Brésil. Sans doute ont-elles compris que l’urgence était dans l’assainissement d’une tanière asphyxiée par des apôtres du moi incandescent. Ils ont donc ignoré les alertes de Roger Milla et les critiques acerbes de Joseph Antoine Bell, que l’on se plait à écouter pour réconforter Volker Finke, qui, du coup, a eu carte blanche pour opérer l’un des plus grands chamboulements de l’histoire des Lions Indomptables.

Seuls sept joueurs (Mbia, Nkoulou, Choupo, Enoh, Aboubakar, Moukandjo, Salli) ayant fait partie de l’expédition brésilienne ont pu sauver leurs têtes. Et, sans se mettre une pression inutile, Finke a donné le pouvoir aux jeunes. Il a surtout eu le flair de titulariser le jeune Fabrice Ondoua (18 ans) dans la fournaise de Lubumbashi. Auteur d’une prestation étincelante en Rdc, le deuxième gardien de la réserve du Fc Barcelone a remis ça à Yaoundé et se présente désormais comme un titulaire indiscutable à ce poste. En défense aussi, Finke a pris des paris. Jérôme Guihoata (19 ans) qu’il titularise est un remplaçant dans le club de Valenciennes (Ligue 2 française).

Manifestement, le technicien a misé sur la valeur intrinsèque, plutôt que sur la carte de visite. On se disait qu’Oyongo Bitolo, qui signe une belle saison aux Red Bulls de New-York, viendrait surtout en sélection pour apprendre. Que non ! Le joueur de 23 ans a, lui aussi, été lancé dans le grand bain et Henri Bedimo, blessé, peut désormais se faire du souci, tant la compétition s’annonce serrée pour un poste de titulaire sur le côté gauche. Si le risque était plus mesuré avec un Georges Mandjeck dont le talent n’a jamais vraiment été mis en déroute en sélection, c’est sur le cas Clinton Njie (21ans) que Finke a véritablement eu le nez creux. Certes, le joueur a grappillé des points avec Lyon cette année, où il a déjà fait trois apparitions, mais il fallait une bonne dose de courage pour titulariser cet attaquant que Martin Ndtoungou a superbement ignoré en sélection nationale junior il y a deux ans. Finke a parié sur Clinton (3 buts en deux matches) et le Lyonnais a su le lui rendre, au point d’être, à ce jour, un des atouts offensifs majeurs des Lions Indomptables.

L’audace tactique de Finke

Si Finke a osé en pariant sur les jeunes, il a tout autant fait preuve d’audace en choisissant d’aligner une équipe résolument offensive dès le match de Lubumbashi. En optant pour un quatuor porté vers l’avant, (Moukandjo, Clinton, Aboubakar, Choupo), le technicien allemand a sorti les Lions d’une frilosité offensive –alimentée par une pléthore de milieux défensifs qui se marchaient sur les pieds – qui commençait à faire date. Et le résultat est là.

6 buts en deux matches, tous inscrits dans des phases de jeu et non sur balles arrêtées (corner, coup franc, penalties). Preuve que cette équipe sait se procurer des occasions de but, avec à la manette le duo Choupo-Aboubakar, qui s’affine au fil des rencontres. Outre l’inspiration apportée par Choupo qui joue juste derrière les attaquants, il faut noter une bonne fluidité des couloirs, surtout celui de Guihoata, qui multiplient des solutions dans les attaques placées.

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Discipline et Solidarité

Cet attelage à première vue hétéroclite n’aurait jamais produit le résultat que l’on sait s’il n’avait régné une discipline et une solidarité sans faille au sein de la tanière. Le temps des caïds qui venaient régler leurs comptes en vert-rouge-jaune semble révolu et on a enfin revu un groupe qui regarde dans la même direction, sans egos qui débordent. Lors des stages, la discipline était de mise et aucun joueur ne s’est illustré par le moindre écart. Sur le terrain, ce renouveau s’est ressenti à travers un bloc-équipe soudé qui a su aller à la conquête du ballon pour ensuite l’utiliser judicieusement.

On a vu des joueurs se donner les uns pour les autres, sans forcément chercher à capter la gloire. Des exemples abondent dans ce sens. Face à la Côte d’Ivoire, l’excellent Mandjeck perd un ballon au milieu de terrain et est tout de suite supplée par la sentinelle Enoh Eyong, qui enraye ainsi un mouvement de contre adverse. Autre séquence, Aboubakar Vincent aurait pu rechercher un triplé qui lui tendait les bras mais sur un contre rondement mené en fin de partie, il s’est arrêté pour servir Clinton qui a crucifié Kopa Barry pour le quatrième but camerounais.

L’exemple le plus éloquent de ce don de soi vient de Choupo-Moting, meilleur buteur de la sélection nationale depuis deux ans. Le joueur de Schalke 04 aurait pu réclamer une position en pointe pour améliorer son ratio de buts avec Lions. Au lieu de quoi, il a humblement consenti à jouer les passeurs providentiels dans les deux matches, montrant ainsi qu’il était entièrement au service du collectif.

Les chantiers de la reconstruction

Pour brillante qu’elle fût, la copie rendue par ces Lions newlook a quand même présenté quelques manquements. L’équipe a toujours autant de peine à rentrer dans ses matches et on attend de voir comment elle réagira si elle est menée au score. La gestion du match est aussi un problème. Après l’égalisation ivoirienne, on a vu les Lions subir le match pendant une bonne vingtaine de minutes et des Ivoiriens plus adroits auraient pu faire basculer le cours de cette rencontre. Le retour souhaité du jeune mais déjà expérimenté Joël Matip pourrait apporter plus de sérénité dans l’entrejeu. Attendue aussi, l’arrivée de l’attaquant de la réserve du Barca, Jean Marie Dongou, toujours en conflit avec son ancien mentor Samuel Eto’o.

Au-delà de ces deux sorties probantes, on devait s’interroger sur la valeur de notre championnat national qui n’arrive toujours pas à pourvoir la sélection en personnel de qualité, même dans une période transitoire comme celle que vit l’équipe nationale. Et personne ne peut faire le reproche à Finke de n’avoir pas tenté ce pari. Il a quand même convoqué quatre joueurs de la Ligue 1 camerounaise, et s’il n’en a aligné qu’un seul (Cédric Djeugoue pour cinq minutes face à la Rdc), c’est que les autres étaient un cran en dessous. Il reste donc impératif de mettre sur pied un véritable plan de relance du football local pour que les deux coups d’éclat signés par ces jeunes Lions ne se transforment en coup d’épée dans l’eau.

© Le Jour : Hiondi Nkam IV

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