Mboa'Actu

Libération de Mme Amadou Ali : La rançon versée à Boko Haram à l’origine du statut quo gouvernemental actuel?

Amadou-Ali

Alors qu’il subirait la pression de certaines puissances occidentales, au premier rang desquelles la France, qui ne comprennent pas pourquoi, malgré des assurances données et confirmées en haut lieu, le remaniement ministériel a toujours été reporté sine die, le président Paul Biya aurait plutôt choisi de prendre tout son temps afin de faire tomber les masques parmi les membres de son proche entourage impliqués dans les opérations liées aux différentes libérations des otages enlevés par Boko Haram depuis plus d’un an. Celle de Mme Amadou Ali serait, selon des sources introduites, celle qui aurait suffisamment dessillé ses yeux.

On le savait déjà depuis le 10 octobre 2014, date de la libération par la secte Boko Haram de 27 otages enlevés au Cameroun dont 10 Chinois à Waza, dans la nuit du 16 au 17 mai 2014, et de 17 Camerounais lors de l’attaque de Kolofata le 27 juillet 2014. Pour libérer ces otages chinois et camerounais parmi lesquels Mme Amadou Ali, une rançon évaluée en milliards avait été versée aux ravisseurs islamistes nigérians de la secte Boko Haram. Pour évoquer les contours de cette libération à l’époque, certains confrères avaient annoncé avec emphase le chiffre de 3,2 milliards de Fcfa. A savoir, «1,5 milliards de frais de bouche» conclus de longue date à l’avance pour les Chinois. Et 1,7 milliards de Fcfa pour les otages de Kolofata.

Nos enquêtes nous permettent aujourd’hui de confirmer que ce montant n’est pas exact. Car selon des indiscrétions glanées à très bonnes sources, les intermédiaires entre le gouvernement camerounais et la secte islamiste nigériane auraient plutôt exigé un versement préalable d’une somme de 6 milliards de Fcfa. Une exigence financière qui, selon nos sources, aurait quelques peu agacé le président Paul Biya dont l’assentiment n’a jamais été spontané, même dans sa détermination à connaitre ce qu’il ignorait de ces négociateurs dont la duplicité commençait à être évidente. De sources proches de la Dgsn indiquent aujourd’hui que c’est le vieux et rusé Martin Mbarga Nguelé qui aurait réussi le tour de force de le convaincre de se prêter au jeu cavalièrement cauteleux des négociateurs camerounais.

De la vraie mer à boire pour le chef d’Etat camerounais face à l’époque, à toutes les rumeurs qui circulaient sous les chaumières, relatives à la duplicité de ces négociateurs camerounais étiquetés dans certains milieux comme les parrains du «Boko Haram camerounais». Surtout qu’il se racontait avec insistance que l’attaque lancée sur Kolofata le 27 juillet 2014, était en guise de représailles face aux promesses non tenues par les négociateurs camerounais lors des précédentes libérations. «C’est le leader de la secte qui a personnellement piloté ce dossier, commente une source lors de nos enquêtes avant d’ajouter. ll ne voulait plus se faire avoir une seconde fois, en recevant rien que 350 millions de Fcfa, alors que le gouvernement camerounais avait débloqué des milliards car Abubakar Shekau était au courant de la duplicité de ces négociateurs camerounais, au rang desquels le député Abba Malla dont la résidence à Djema-kiya accueillait Ferdinand Ngoh Ngoh », conclut notre source.

Nous suivre ►► Facebook   Twitter   Instagram   Youtube 

Faux billets

Comme nous le disions, c’est donc le Dgsn, Martin Mbarga Nguele qui, selon notre source, réussit à convaincre le président Paul Biya de faire débloquer la somme de 6 milliards de Fcfa exigée et de la mettre à la disposition de ces négociateurs camerounais. Faut-il pour autant se faire d’illusion? Non. Puisque les choses ne vont pas se dérouler comme l’ont prévu les négociateurs, même déjà en possession des 6 milliards de Fcfa exigés. Car, au lieu des coupures de billets d’argent authentique, notre source indique que ce seraient plutôt des coupures de faux billets de banque qui auraient été remis à ces négociateurs camerounais.

Conséquence: après que des discrètes consignes aient été données à toutes les banques, ce seraient ces faux billets qui auraient été déposés par certaines hautes personnalités de la République et dont la liste serait sur la table du président Paul Biya, dans certaines banques pour approvisionner leurs comptes bancaires. Parmi ces personnalités, des membres de l’actuel gouvernement et des dignitaires du régime… qui se recrutent dans toutes les régions du Cameroun. Même du Sud, la région natale du président Paul Biya. Pour des raisons de confidentialité sécuritaire, nous nous abstenons volontiers d’avancer quelques noms…

On pourrait donc dire que, dans la liesse générale qui avait marqué, le 10 octobre 2014, la libération des otages chinois et camerounais, l’on s’était très peu intéressé à tous ces à-côtés financiers nébuleux, passés presque inaperçus. Pourtant, à l’issue de nos enquêtes, il nous revient que ce sont ceux-ci qui constituent aujourd’hui l’une des raisons du report sine die du remaniement ministériel tant attendu depuis les élections législatives et municipales. En effet, ceux qui sont au courant de cette information, observent que si le président camerounais consentait à faire un remaniement ministériel pour donner satisfaction aux desirata de certaines puissances occidentales exigeant depuis quelques mois que Yaoundé accélère le rythme, ce sont les mêmes, aujourd’hui au centre de ce scandale de la rançon versée aux islamistes, qui seraient aux premières loges.

L’avenir pourrait donc donner raison au président camerounais d’avoir patiemment attendu que les masques tombent un à un. D’autres sources précisent par ailleurs que des amicales pressions et d’autres coups de pouce de l’Elysée, de Bercy ou du Quai d’Orsay, toujours de mises à Etoudi depuis le début de l’opération Epervier, pourraient anticiper le départ du gouvernement de certaines têtes couronnées sur la base d’une liste de multimilliardaires dont les comptes sont suffisamment fournis dans certaines banques françaises. A entendre disserter certains analystes dans ces milieux qui avaient eu vent de l’identité de ceux-qui font partie de cette autre liste déjà entre les mains du président Paul Biya, il y aurait de quoi avoir des sueurs froides. Reste qu’autour du chef d’Etat camerounais on serait encore divisé sur certaines questions d’opportunité pour déclencher le tsunami.

Alors question: la régularité avec laquelle les délégations de parlementaires français qui apparaissent aujourd’hui comme les missi dominici d’une certaine organisation parfaitement huilée de la protection française face aux importants enjeux sécuritaires de l’heure, aurait-elle quelques liens avec ce timing présidentiel? Pour répondre cette question, les rares informations qui ont filtré au cours de nos enquêtes font justement état de ce qui se passe, depuis quelques jours à l’Extrême-Nord avec l’entrée en guerre contre Boko Haram, du Tchad. Celle-ci d’ici mars prochain, date de la prochaine tenue de la session de l’Assemblée nationale, pourri être déterminante dans la programmation de ce tsunami tan souhaité par tous.

Boris Armelle Mbock | La Nouvelle

Populaires cette semaine

To Top