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L’hôpital Laquintinie impliqué dans une affaire de poche de sang contaminé au VIH

poche de sang - Laquintinie

Comment une poche de sang transfusé à l’hôpital Laquintinie de Douala peut-elle se retrouver un an plus tard dans le même hôpital sous le même numéro et avec le VIH/sida ? Des enquêtes en cours pour remonter la filière. Quatre mois après, toujours rien. Le comité régional  de la transfusion sanguine du Littoral, saisi par l’hôpital de district de la cité des palmiers, pour une affaire de sang contaminé parviendra-t-il à dire ce qui s’est réellement passé le 10 février 2015?

Ce jour-là, mademoiselle Harlène Njako, garde-malade à l’hôpital de district de la cité des palmiers, est dépêchée de toute urgence à l’hôpital Laquintinie pour acheter une poche de sang. Harlène est aussitôt servie par l’équipe de permanence du Centre de Transfusion Sanguine(Cts), plus connu sous l’appellation «banque de sang». De retour à l’hôpital de la cité, Harlène remet la poche de sang au personnel médical qui, après un test de qualité au laboratoire, déclare que ce sang porte le Vih/sida.  Panique.

La garde-malade rebrousse chemin dans l’espoir de changer la poche de sang.  L’hôpital Laquintinie soutient que, ce 10 février, Harlène a acheté à 19.ooo f CFA la poche No 124, prélevée cinq jours auparavant. Pourtant, la poche de sang ramenée de l’hôpital de la cité porte le No 486-36. Le Cts consent finalement à donner une autre poche de sang à Harlène mais, il retient la poche querellée qui, curieusement, porte le numéro d’un sang transfusé il y a environ un an dans cet hôpital de référence.

En effet. Selon nos informations, la poche No 486-36, prélevée le 12 avril 2014, a été transfusée le même jour à 21 heures à une patiente sexagénaire internée en gastro entérologie à Laquintinie. Transfusée à cinq reprises dans ce service, cette patiente rendra l’âme six jours plus tard. Sur toutes les lèvres, la question de savoir comment le No 486-36, transfusé sur la défunte patiente, s’est retrouvé un an plus tard sur une poche de sang portant le VIH/sida dont l’hôpital nie connaitre l’origine.

Un circuit parallèle

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A l’hôpital de la cité des palmiers, la direction ne souhaite pas commenter ce dossier déjà soumis au comité régional chargé de la transfusion sanguine. Selon une source digne de foi, la poche 486-36 vient de l’extérieur  car «nous transfusons le sang dès que nous le recevons». La garde-malade  n’a, d’après la source, pas été vigilante au moment de la transaction. L’hôpital de la cité des palmiers  ne s’est pas arrêté à l’enquête administrative. Cette institution a également saisi la brigade territoriale de gendarmerie de Ndogbong. La manœuvre, apprend-t-on, visait à savoir si la poche de sang  vient d’un circuit parallèle aux deux hôpitaux. Entendue en compagnie de sa maman, Harlène Njako a chargé une fois encore l’hôpital Laquintinie, indique sous cape un officier. Mais, l’enquête piétine. «Un personnel de l’hôpital de la cité convoqué ne s’est toujours pas présenté dans nos services», conclut notre source.
 
Après l’éclatement de l’affaire, l’hôpital Laquintinie a sollicité des clarifications auprès de l’hôpital de la cité des palmiers. Ce dernier a plutôt répondu par un silence. Depuis lors, chaque institution fait cavalier seul sur le chemin de la vérité. De son côté, l’hôpital Laquintinie a remis le dossier à un comité interne d’hémovigilance. Il attend les résultats de l’enquête  pour se prononcer, fait savoir une source digne de foi. Ce comité devrait, entre autres, questionner la sincérité du Cts qui a écrit que la poche 486-36 ramenée par Harlène n’avait pas été remplacée, ce qui est faux. Egalement, savoir si le numéro 486-36 écrit à la main est le resultat d’une falsification.

Par le passé, certains hôpitaux privés, après des tests de qualité, avaient renvoyé des usagers pour changer des poches de sang contaminées ou périmées qu’ils auraient achetées à Laquintinie. Un échange fait sans grand bruit, apprend-t-on. Mais, ces tests de qualité ne sont pas effectués par toutes les structures hospitalières.  «Qu’en est-il de ces nombreux malades  à qui on transfuse directement le sang qui n’a pas été testé après l’achat», se demande une infirmière.

Créée pour protéger la collecte, le stockage et la transfusion du sang, le Comité National de Transfusion sanguine(Cnt) est inefficace. Ce qui oblige les hôpitaux à se débrouiller  pour limiter les dégâts. Mais, comme le démontre la poche 486-36, le chemin vers la sécurité du sang est encore long.

© Pour Camer.be : Christian Locka

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