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L’hommage des «sauveteurs» de Yaounde a Lapiro de Mbanga

La star des opprimés et du bas peuple, Lapiro de Mbanga s’en est allé dimanche dernier. Véritable roi des acteurs du petit commerce, des taximen et autres habitués de la débrouille, les amis de l’artiste déplorent la perte d’un homme qui savait défendre leurs intérêts.
Le réveil est lourd lundi 17 mars 2014 pour les Camerounais après l’annonce, la veille, du décès de l’artiste Lapiro de Mbanga aux Etats-Unis. Les fans du musicien sont affligés par cette triste nouvelle. Ils n’entendront plus leur vedette distiller sa musique qui en a fait danser plus d’un depuis ses débuts en 1978 avec l’album «Persévérance». La nouvelle de la disparition de Lapiro de Mbanga, de son vrai nom Lambo Sandjo Pierre Roger, s’est répandue en quelques heures depuis l’annonce par Le Messager dans sa livraison du lundi 17 mars 2014. Au marché central de Yaoundé, la douleur et la tristesse sont partagées par ses « complices » les down people, les sauveteurs. Ses fans du marché se souviennent des différentes descentes du musicien ici à plusieurs reprises.Des moments inoubliables pour certains. Il est 12h lorsque le reporter du Messager commence à arpenter les allées du marché central de Yaoundé. Aux premiers abords, tout est calme et la journée se déroule comme d’habitude. C’est la routine. On dirait même que les vendeurs et autres usagers ne sont pas au courant du décès de Lapiro de Mbanga. Mais, il ne s’agit que d’une apparence, la première impression passée, on constate que le sujet de certaines conversations n’est autre que «ndinga man» et les discussions sont assez endiablées, les avis partagés. Pour ceux qui ont connu l’artiste, c’est une grande perte pour le Cameroun. Les plus jeunes et les plus sceptiques estiment que la mort de Lapiro de Mbanga ne devrait pas faire tant de bruit. Ce n’est qu’un homme après tout, appelé à mourir comme tous les autres.Témoignages

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N’empêche, Sylvestre qui porte le nom de son idole comme sobriquet est de ceux qui pleurent le disparu : « la première fois que j’ai rencontré Lapiro de Mbanga, j’ai été très ému. Lorsque je me suis présenté comme étant son homonyme, il était content et on s’est donné une accolade comme de bons vieux amis. Il avait un blouson duquel il a retiré une somme d’argent qu’il a par la suite distribuée aux vendeurs du marché central pour les motiver. Mais depuis ce jour il n’est plus repassé, je l’ai vu pour la dernière fois. » Même son de cloche chez Benjamin Ekoudi. « Lapiro de Mbanga a fait rêvé beaucoup de jeunes Camerounais dans les années 80 avec sa musique, c’est un monsieur qui a quand même réussi à soulever les foules, quand il se produisait à Yaoundé, ses concerts étaient spectaculaires. Il était même porté en triomphe par les spectateurs qui l’adulaient dans ces moments de véritable communion », raconte-t-il.

D’après Constant, vendeur lui aussi, l’artiste « était un grand musicien dont la plupart des textes s’adressaient aux Camerounais œuvrant dans le secteur informel. C’est par rapport à nous qu’il a eu un nom. Il a toujours été avec nous. L’Eternel l’a rappelé auprès de lui ». Les amis de l’auteur de « No make erreur » ne tarissent pas d’éloges sur lui. « Je suis surpris par le décès de Lapiro. J’estime qu’il ne devait pas mourir si tôt. C’était un homme très vaillant. Dans les années 92-93, nous voulions qu’il soit le président des vendeurs du marché central », déclare de son côté Michael.

Un artiste controversé

En dehors d’eux, d’autres fans du musicien semblent très touchés par son décès. « J’éprouve un sentiment de tristesse depuis que je suis au courant du décès de ndinga Man, l’émotion est grande », se lamente Robert. Constant qui déplore la perte d’un Camerounais de valeur, « un grand est décédé, il a toujours œuvré pour le Cameroun. Même si certaines personnes n’approuvaient pas sa manière de faire ». Sylvestre partage quasiment le même sentiment. « Lapiro était notre star, notre frère, notre ami. Je ne saurais dire que sa mort me laisse indifférent. Il quitte cette terre sans avoir terminé son œuvre. Nous avions encore besoin de lui. Qui va prendra encore la défense des vendeurs à la sauvette, du bas peuple. Je suis sûr que son décès laissera un grand vide ». Les vendeurs du marché central se sentent comme des orphelins qui ont perdu leur père… un père irremplaçable pour eux.

Vanessa TSANGA (stagiaire)

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