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Lettre ouverte: A Monsieur Paul Biya, président de la République du Cameroun

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La situation sociopolitique du Cameroun marquée par une tension sociale et sécuritaire très forte m’amène à vous écrire en tant qu’un jeune acteur sociopolitique pour attirer votre attention sur l’état des libertés publiques au Cameroun. Je note avec une grande inquiétude que l’étau se resserre chaque jour un peu plus autour des médias par des menaces et arrestations des journalistes ; l’interdiction des émissions et la fermeture des médias privés.

Monsieur le président de la République,

La situation sociopolitique du Cameroun  marquée par une tension sociale  et sécuritaire très forte m’amène à vous écrire en tant qu’un jeune acteur sociopolitique pour attirer votre attention sur l’état des libertés publiques au Cameroun. Je note avec une grande inquiétude que l’étau se resserre chaque jour un peu plus autour des médias par des  menaces et arrestations des journalistes ; l’interdiction des émissions et la fermeture des médias privés. J’ose espérer que mes préoccupations sont partagées par la grande majorité de nos concitoyens, qui sont conscients que le journalisme n’est pas qu’une profession mais plus  un bien public qui représente le quatrième pouvoir. Le monde reconnaît la contribution majeure que la presse est appelée à donner  dans l’édification d’une société démocratique, seule condition pour instaurer la paix et bâtir un développement durable.

Je m’adresse à vous non seulement en votre qualité de chef créateur de vos «créatures» du gouvernement à travers votre pouvoir discrétionnaire mais aussi en tant que chef de l’État et président de la République. A ce triple titre, vous êtes garant de la cohésion sociale et du bon fonctionnement de l’État ainsi que du respect des libertés fondamentales. Or, ces trois aspects fondamentaux de notre vie nationale, de par les dysfonctionnements de votre système sont en danger avec des radio fermées, des journalistes et des défenseurs de droit de l’Homme menacés, intimidés et jetés en prison pour le seul crime de dire la vérité et défendre des droits qui sont légitimes. Pour tout observateur attentif de la situation sociopolitique du Cameroun depuis 1982, année à laquelle vous avez été « affecté » je voulais dire vous avez accédé à la magistrature suprême, ce n’est pas vous faire grief  ou de mépris que d’affirmer que votre responsabilité est engagée dans les difficultés, blocages sociaux et de la barbarie que subissent  les journalistes et les défenseurs de droits de l’Homme au Cameroun aujourd’hui. Vous avez dit que vous aimeriez que l’on garde de vous l’image de l’homme qui a apporté la démocratie au Cameroun. Je voudrais bien savoir de quel type de démocratie vous parlez lorsque des radios sont fermées, des journalistes et des étudiants interdits de défendre leurs droits et d’exercer leur profession. Cette escalade de la répression  qui s’abat contre la presse et contre la liberté d’expression est en contradiction avec votre discours.

Monsieur le Président  jusqu’à quand vos créatures vont-elles continuer à faire garder en cellule des journalistes ayants des bureaux et des domiciles fixes, au mépris des garanties observées  dans le nouveau code de procédure pénale et sans avoir fait au préalable un droit de réponse avant toute poursuite? Votre gouvernance déroute nos concitoyens et les actes de votre entourage constituent une véritable menace pour la République. Vous êtes arrivé  au pouvoir en 1982 avec  la promesse –slogan « Rigueur et moralisation » sous votre si long règne le Cameroun a remporté deux fois la palme  d’or comme pays le plus corrompu du monde. Voulez–vous terminer votre règne sans que rien ne change dans les mœurs politiques, sociales et dans les capacités économiques de la grande majorité des Camerounais ?

Après un discours de rupture prononcé le 31 décembre 2013 dans lequel vous-même aviez fustigé l’inertie de votre gouvernement qui reste en poste et en poste est-ce encore la presse qui est responsable ?Je comprends que le Cameroun, c’est vraiment le Cameroun. Mais pour l’immense majorité de nos concitoyens, votre discours froid n’a pas été suivi d’actions concrètes de nature à changer la vie de vos concitoyens, sinon qu’ils sont abandonnés à eux-mêmes, dans la débrouille, la pauvreté et la misère. Pendant ce temps, vos amis politiques que vous maintenez toujours à vos cotés  ainsi qu’une minorité de profiteurs qui vous entourent s’enrichissent à vue d’œil et en toute impunité en voulant rendre la presse privée responsable de cela. Votre gouvernance est scandée de scandales à répétition, marqués par une impunité outrageuse et une justice à tête chercheuse pour ne pas évoquer l’opération épervier. Certaines affaires au sommet prennent une dimension internationale qui rejaillit de façon affligeante  et négative sur l’image de notre pays. Est –ce la presse qui en est responsable ? Beaucoup de Camerounais  et de Camerounaises ont de bonnes raisons de s’inquiéter de l’équité nationale dans le traitement et les chances qui sont offertes à chaque citoyen.

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 Ce palmarès regrettable est source de frustration, d’inquiétude et de mécontentement au niveau des populations, des organisations syndicales, de la société civile et des travailleurs et surtout des jeunes. Dans ce contexte, les formes d’expression démocratique consacrées sont les seuls moyens pour le peuple de se faire entendre. Aujourd’hui la presse privée  qui fait la force du débat au Cameroun est plus que jamais menacée et en danger. Mais il n’est un secret pour personne que la parole au Cameroun commence à être menacée. Les auditions de Guy Nsigue, Martin Camus Mimb et Steve Djouguela au secrétariat d’Etat à la défense (Sed) après une plainte du président du comité de normalisation de la Fecafoot, Joseph Owona, constitue  est une aberration démocratique et une vraie honte pour notre pays.

La convocation de Rodrigue Tongue journaliste au quotidien Le Messager ainsi que de Félix Cyriaque Ebole Bola du quotidien Mutations et du Dr Baba Wamé  au tribunal militaire de Yaoundé, n’honore pas votre régime ni votre image. Le procès en cours contre et la garde à vue pendant 6 jours de Tchaleu Barthélémy, secrétaire de l’Association pour la Défense de Droits des Etudiants du Cameroun(Addec) et Nana Clovis au commissariat de sécurité publique du 5ème arrondissement de Yaoundé. Pour le seul crime d’avoir dénoncé l’exigence du recteur vis-à-vis des étudiants de l’Université de Yaoundé 1de verser 6000 Fcfa (1000 Fcfa=Carte d’étudiant, 5000 Fcfa=Assurance Axa), en violation du décret présidentiel n°93/033 du 19 Janvier 1993 qui fixe les droits universitaires à 50 000 Fcfa est une aberration démocratique.qui n’honore pas l’image de notre Cameroun. Le maintien de Célestin Yandal en prison pour avoir osé dénoncer les dérives de la puissance lamidale de Rey Bouba et de violation des droits de l’homme me semble illégitime. Nous ne souhaitions plus voir se renouveler dans notre Cameroun de pareils actes.

Monsieur le président je vous en prie. Demandez à ceux qui bénéficient de votre pouvoir discrétionnaire et de vos décrets d’apprendre à dialoguer avec les étudiants et de laisser la presse tranquille car en matière de délits de presse, la mise aux arrêts est l’exception et non la règle. Faut-il rappeler que c’est le refus du jeu démocratique, l’accession ou le maintien au pouvoir par la force,  par le musellement de la presse et la confiscation des espaces de libres expressions, qui sont à la base des crises politiques récurrentes,  ou qui servent de prétextes à  des rebellions armées  qui ensanglantent  bien de  pays en Afrique ?

le président de la République, n’est-il pas dans votre intérêt et celui de la nation de laisser derrière vous une situation sociopolitique digne d’être citée en exemple ? Le rappel des faits qui ont marqué votre gouvernance depuis 1982 ne plaide pas pour l’instant en faveur d’une postérité dont vous et vos amis puissiez être excessivement fiers. Bien au contraire, ces faits vous disqualifient pour prétendre continuer à présider aux destinées de notre Cameroun où rêver, travailler et réussir devraient être des droits, des devoirs et des aspirations légitimes.

 Monsieur le Président,

Ma solidarité à l’égard de la presse en lutte et des combattants des droits que le peuple mérite de droit, est pleine et entière. Elle est la raison principale pour laquelle j’ai décidé de vous écrire. En accordant une attention très particulière  à la lettre  ouverte de votre petit -fils que je suis, Monsieur le Président, non seulement vous soulagerez les souffrances du peuple camerounais, mais vous donnerez à la jeunesse le motif d’espérer que la démocratie triomphera.

Veuillez croire Monsieur le Président, en l’expression de mes sentiments patriotiques.

Fait à Yaoundé le 28 octobre 2014

Emilien Denis Atangana

Acteur sociopolitique.

[email protected]

00237 79967636.

© Emilien Denis Atangana | Le Messager

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