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lettre de Didier Drogba à Samuel Eto’o

Drogba-lettre

Mon frère Samuel, en toute modestie et amabilité je t’écris cette lettre. Qui, comme tu le sais, font et fondent ma personnalité. Depuis mon élévation chez les éléphants d’Abidjan, toute la scène médiatique et diatribe, n’ayant même pas encore fini avec le conflit par eux ficelé entre toi et le sénégalais, ont tout fait pour nous poser en nous opposant. A peine les couleurs douloureuses et doucereuses de ma nation je porte, que je remporte déjà mon premier match contre les Lions Indomptables, en ouvrant à l’occasion mon compteur de buts. Je pense que c’est depuis ce jour qu’est né ce dualisme fanatique sur la scène africaine, créant entre toi et moi un rideau de fer. Aux rets de ce conflit enfantin nous allons aussi nous laisser prendre, avant de comprendre que : nous sommes nés des mamelles d’une même maman maudite et mendiante. Et que c’était à nous de sortir cette pauvre veuve de la cendre, lui permettant de remonter la pente, sur laquelle elle ne savait plus que descendre.

Avec le temps Samuel, j’ai découvert avec toi quelques particularités. Faisant de nous des frères d’une même lignée, mais aussi ceux d’une même destinée. Je suis né un soir du 11 mars et toi le 10e jour du même mois, donc à quelques heures de moins. C’est vrai que je suis né en 1978, donc à priori 3 ans avant toi. Mourinho a osé dire publiquement, qu’en te voyant clopiner au stade, il est possible que tu sois né 3 ans avant le jour de ta naissance. Ce qui, si s’est avéré, fait de nous une bonne paire de pairs. Avec le Mans en 1997 je débute ma carrière pro, toi la même année avec le Real de Madrid. Depuis le Mans jusqu’à cette année, j’ai connu comme toi, 7 clubs de haut niveau. Depuis notre entrée en sélection nationale j’ai joué 106 matchs et marqué 66 buts, toi tu as joué 10 matchs de plus et marqué 10 buts de moins que moi. Comptant pour autant de centimètres que j’ai de plus que toi. En 2010 on m’inscrit dans l’illustre liste des 100 personnalités du monde les plus influentes, disent ‘ils pour mon rôle joué dans la pacification de mon pays. Et toi Samuel, un an plus tôt tu faisais déjà partie celle des 50 personnalités qui font le Cameroun, je ne sais pour quelles raisons.

Mais je ne vais pas nier que le monde footballistique reconnait en toi une fantastique personnalité à la limite christique. Tantôt tu es élevé un demi-dieu ici, tantôt tu es détesté comme un bon diable là-bas. Mais tout compte fait, qu’on t’aime ou qu’on te déteste, on te respecte pour ce que tu as, pour ce que tu es quelque fois. Comme toi j’ai été capitaine de la ma sélection nationale, mais je n’ai rien forcé du tout. Comme toi je suis le meilleur butteur de l’histoire de mon pays. Même comme je suis très loin du record que tu détiens à la CAN. J’ai été élu le meilleur joueur de l’histoire de Chelsea, comme toi tu as été le élu le meilleur « 9 » de l’histoire du Barca. Mais le club qui t’a reçu comme un seigneur va te vendre plus tard comme un serf. Chelsea après m’avoir perdu, a préféré en perdre dix pour me retrouver. Je suis aussi loin de tes trois coupes aux grandes oreilles que je n’ai jamais soulevé que dans mes rêves ; de tes quatre ballons d’or africain dont je n’ai obtenu que deux ; et de ta médaille de bronze des footballeurs les plus riches au monde, que j’ai toujours effleuré de loin.

J’ai été meilleur joueur du championnat Français comme tu l’as été avec ton club en Russie. J’ai été à deux reprises le meilleur butteur de la première ligue, comme tu l’as été une seule fois en Espagne. C’est en 2006 que tu crée ta fondation, idée que j’avais moi aussi en projet et que je ne vais concrétiser qu’en 2007. J’ai aussi appris que tu t’es lancé dans les affaires en

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mettant sur pied une société de téléphonie portant tes initiales. Mais plus tard j’apprendrais qu’une fois de plus tu t’es fait rouler dans la pâte. Je ne sais pas pourquoi tu n’as jamais voulu me consulter avant de te lancer dans de tels challenges, sachant que je suis depuis des années dans les affaires, et que moi-même j’ai fait des études de comptabilité. Ce n’est pas pour dire qu’il faut forcément faire des études pour être aguerri dans la matière, il ne faut non plus une tête pleine pour être en plein dans ses jambes. Sinon notre Roger Milla ne serait pas l’icône du football africain et toi non plus comme tu es en train de le devenir. Mais il ne faut pas aussi nier le fait que le « philosophe des stades » Joseph Antoine Bell, survit à sa gloire parce que : ne pouvant plus briller de ses mains, rayonne par ses méninges.

Je t’écris parce que je sais qu’actuellement tu es sans club. Et j’espère bien qu’on va se rencontrer cette année en ligue des champions. Mais je suis sûr d’une chose, c’est qu’on ne se rencontrera plus jamais en sélection nationale. Les journalistes trouveront un autre leader pour l’opposer à toi et alimenter l’actualité. Depuis le 8 aout, j’ai décidé de prendre ma retraite internationale. Malgré qu’on me dise que « c’est pas le moment », je sens en moi-même, comme sur le mont des oliviers : que tout est accompli. Avant ma retraite, j’avais déjà accepté volontiers le retrait de « mon » brassard et de mon poste de titulaire naturel. Au profit des jeunes plus âpres à la compétitivité. J’ai plutôt appris des choses étonnantes sur toi. Comme quoi tu prends la place de Job en le foutant au banc de « couche », et feras la même chose plus tard en pressurant l’incorruptible Le Guen. Qui enlèvera avec la brutalité d’un sevrage le brassard au « capitaine courage » et aussi sa place de titulaire.

J’ai appris que tu es dans cette équipe l’homme à tout faire. On te consulte pour un oui ou pour un non. Prendre tel nouvel entraineur, sélectionner ou titulariser tel ou tel joueur, sauver telle personne de la prison, payer le séjour de tel ministre dans tel pays…je ne vais pas nier que j’étais consulté à chaque saison pour les mêmes raisons dans mon pays, mais mes avis n’avaient pas force de décret. Je sais que tu sais, ou crois savoir, que le peuple camerounais compte encore énormément sur toi. Mais comme je l’avais dit une fois : « Ce n’est pas possible que le destin de tout un pays dépende d’un footballeur ». J’estime que ce qu’il fallait donner pour ton pays tu l’as fait avec effet. Même comme on te reproche, comme à tous les joueurs de talents dans le monde, de figurer en sélection nationale. Ce que peu ont fait et que peu tarderons à faire, tu as fait. Et pour ne pas entacher ton aura, et finir la queue entre les jambes, il faut « quitter les choses avant qu’elles ne te quittent » comme on le dit chez vous.

En dehors que sur la pelouse, tu pourras encore faire plus pour ton pays. Il est temps de laisser venir une nouvelle génération, et un sang « 9 » dans la sélection. Qui aurait pu penser qu’après un Milla il y’aurait eu un Eto’o ? Et si Eto’o refuse de partir, qui sait qui viendra après lui ? J’ai lu un texte d’un jeune camerounais, qui parlait d’une certaine « marco-malédiction » qui frappe les lions indomptables depuis la mort de Foé. Et il proposait que pour se laver de cette « malédiction indomptable », l’équipe devrait se débarrasser de tous les joueurs ayant évolué avec Marco. Faire comme il le dit « peau neuve dans tous les sens du terme et de l’épiderme ». Et je crois Samuel, que de cette génération tu es le dernier survivant, et que tu dois partir pour qu’enfin tombe la bénédiction sur cette équipe que tu as tant servi et aimé. J’ai vu une photo de toi très jeune, où tu étais ramasseur de balles au jubilé de Joseph Antoine Bell. Tu aurais pu tirer des leçons d’exemplarité de lui, qui disait que : « lorsque

vient le moment de s’arrêter, il vaut mieux le savoir soi-même que de l’apprendre par d’autres » (vu de ma cage, P. 31).

On est ensemble…

Rendue publique par…Félix TATLA MBETBO, chroniqueur

Coordonnateur INTELLIjeuneTSIA,

© Correspondance : Félix TATLA MBETBO

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