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Les Monts Mandara, nouveau sanctuaire de Boko Haram

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Pour échapper à l’offensive de l’armée tchadienne, les combattants de Boko Haram se massent à la frontière avec les départements du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga. Militaires nigériens et tchadien s sur le sol nigérian, le 8 mars 2015, consacre l’ouverture d’un troisième front contre la secte terroriste Boko Haram.

Positionnées depuis plus d’un mois dans une posture défensive dans la province de Diffa (Niger), les deux armées ont repris, au terme de violents combats, les localités de Malam Fatouri et Damasak situées dans le Nord-est du Nigeria. La veille, 07 mars, le Tchad faisait venir à Fotokol d’importants renforts. Pour de nombreux spécialistes militaires, les colonnes parties de Gambarou et parties de Diffa, vont  travailler à l’encerclement et à la neutralisation d’importantes poches de Boko Haram dans l’Etat de Borno.

«Les bénéficiaires immédiats des offensives en cours contre Boko Haram sont le Nigeria, le Tchad et le Niger», explique une source militaire sur zone. De fait,  depuis que la défricheuse tchadienne est entrée en scène le 02 février 2015, l’armée nigériane a connu un moment  de répit qui lui a permis de se réorganiser et, même chose rare depuis de longs mois, d’engranger quelques victoires symboliques, mais ô combien bonnes pour le moral des populations et des soldats engagés sur au front.

L’intensification des opérations kamikazes, loin d’être une volonté de la secte de perturber l’élection présidentielle, sonne déjà comme le reflet de son impuissance à garder l’initiative sur le terrain. Le Tchad pour sa part, est en passe d’atteindre un de ses objectifs majeurs : le contrôle du corridor qui mène à Baga à partir de la frontière nigérienne. Déjà, la route Maïduguri-Gambarou par où passent les marchandises en direction du Tchad, de la République centrafricaine et du Soudan est de nouveau ouverte à la circulation. Le Niger, lui, voit s’éloigner de ses frontières la secte Boko Haram…

Reste donc le Cameroun. L’intervention de l’armée tchadienne a certes repoussé les combattants de la secte qui harcelaient ses positions à Fotokol depuis la ville de Gambarou tombée entre leurs mains le 25 août 2014, mais elle n’a toujours pas fondamentalement modifié le face à face qui l’oppose à la secte. «Les Tchadiens ont attaqué en tenant en compte, prioritairement de leurs intérêts stratégiques, ce qui est somme toute normale.

Ouvrir les routes commerciales a été leur objectif, c’est pourquoi ils ont travaillé à faire tomber les villes de Dikwa, Mafa et Ngala pour permettre le trafic sur l’axe Maïduguri – Gambarou. La prise de Mallam Fatori doit aussi ouvrir la voie qui conduit à Baga, là où transitent également les marchandises en provenance ou à destination du Tchad via le lac Tchad», explique une source camerounaise sur le théâtre des opérations. Deux problèmes se posent cependant à l’armée camerounaise : le premier tient des éléments de la secte qui échappent aux opérations de l’armée tchadienne et qui s’enfoncent en territoire camerounais, notamment dans la zone du lac Tchad.

Le cas le plus récent et cette intrusion, le 7 mars 2015, de deux blindés et plusieurs pick-up dans le village de Soueram, à environ 17 km de Fotokol en direction du Nord.

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«Nous avons fait usage de notre artillerie, mais pour toute opération au sol, il fallait une coordination avec les tchadiens, savoir comment leurs forces sont positionnées de l’autre côté de la frontière avant de prendre une juste décision. Pour ter miner, ils nous ont demandé de laisser, qu’ils s’en occuperaient eux -même s », explique une source au Bataillon d’intervention rapide (BIR).

La faiblesse de la coopération entre les armées sur le terrain ne permet pas à l’armée camerounaise d’optimiser l’entrée en guerre des armées tchadiennes et nigériennes. Autrement dit, de puiser dans son dispositif positionné à la frontière avec le Nigeria dans le département du Logone et Chari pour désorganiser Boko Haram sur d’autres fronts, notamment dans les départements du Mayo-Tsanaga et du Mayo- Sava.

«Il y a un problème d’hommes et de matériel que la force multinationale africaine de 10.000 hommes doit compenser. Le hic, c’est qu’il est aujourd’hui difficile de dire quand elle sera effectivement opérationnelle dans toutes ses composantes. 

La vérité est que, à certains endroits de la frontière, nous avons actuellement en face de nous plus de combattants de Boko Haram avec un matériel lourd que ce n’était le cas avant le déclenchement de l’offensive tchadienne »,

indique une source militaire. Il faut donc faire avec les moyens de bord. Et c’est là, le second problème de l’armée camerounaise. A savoir, comment gérer la concentration des combattants de Boko Haram aux frontières du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga avec l’Etat de Borno ? «Depuis Gambarou, l’armée tchadienne progresse en direction du Nord. Quand une colonne dévie, c’est soit pour ouvrir une route commerciale ou donner un coup de main à l’armée nigériane pour qu’elle atteigne dans le secteur ses objectifs. Les combattants qui échappent à la progression des troupes tchadiennes ou qui ne peuvent plus tenir leurs positions pour une raison ou une autre viennent s’entasser à notre frontière du côté des départements du Mayo-Tsanaga et du Mayo-Sava. Donc, à partir de Gambarou, si vous piquez vers le Sud jusqu’aux confins du département du Mayo-Tsanaga, vous rencontrerez des concentrations de combattants de Boko Haram, avec de l’armement lourd. Ils ne sont nullement gênés par les offensives molles de l’armée nigériane», explique une source sur zone.

En effet, selon des informations concordantes, du matériel lourd appartenant à Boko Haram a été aperçu faisant mouvement ces dernières semaines non loin de Waza et Kerawa. Des concentrations sont aussi signalées à Gwoza, capitale du califat d’Aboubakar Shekau. « Une offensive de Boko Haram dans ces secteurs n’est pas à exclure. Elle tâte le terrain depuis quelques semaines. Il y a eu l’attaque près de Waza, une incursion à Limani le 9 mars où ses combattants ont mis le feu à des maisons désertées. Ils veulent prendre pied dans la zone montagneuse des monts Mandaras», analyse Mohamadou, un habitant d’Amchidé réfugié depuis plusieurs mois à Maroua.

«Les terroristes de Boko Haram ne pourront certes pas s’accaparer des villes pour longtemps, mais ce sont des gens capables de se livrer à de pires massacre s s’ils réussissent à y pénétrer, ne serait- ce que pour quelques minutes. Et comme la zone frontalière avec le Cameroun qu’elle contrôle est encore longue, il est difficile de dire dans quelle direction elle va lancer ses forces», conclut Moussa, un habitant de Waza.

© L’Oeil du Sahel : RAOUL GUIVANDA

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