Confidences

Les jeunes détestent le préservatif et adorent le full contact

Préservatifs-jeunes

Si certains prennent pour prétexte son inconfort, d’autres, conscients des risques, en ont fait un choix de vie.

« Utilises-tu un préservatif ? » La question fait sursauter Bertrand Evina, 21 ans. Le jeune homme n’a pas l’habitude de parler de son intimité. Il prend alors un air embarrassé. Ses copains, par contre, sont plus volubiles. Le sujet les intéresse. « J’utilise rarement le préservatif », avoue Marc, 19 ans. L’étudiant dit n’éprouver aucune sensation lorsqu’il « chausse » un préservatif. Or, « j’aime ressentir la chaleur du contact entre ma partenaire et moi », ajoute-t-il.

Sébastien, autre jeune de la bande, fait savoir que le préservatif lui impose beaucoup d’efforts pour atteindre la plénitude. « Je peux m’activer sur une fille pendant plus de trente minutes pour jouir. Au bout du compte, la sensation n’est pas aussi intense que quand je fais l’amour sans préservatif. Ça me fatigue pour rien », défend Sébastien. Et les risques de maladies alors ? « On s’en tape ! Ce qui doit arriver va arriver. Je ne vois pas pourquoi je ferais ce qui ne me plaît pas. Je n’aime pas le préservatif et j’assume», réplique Blaise O. 26 ans.

Si encore ces jeunes gens n’avaient qu’une seule partenaire, ils seraient moins exposés à des maladies sexuellement transmissibles (Mst), à des grosses non désirées ou au Vih/Sida. Mais, Blaise O., par exemple, dit avoir au moins sept partenaires sexuelles en ce moment avec lesquelles il ne se protège pas. Sébastien, lui, vit maritalement avec une fille. Mais, il entretient deux relations « extraconjugales ». « J’ai passé le test du Vih/Sida avec l’une de mes « maîtresses ». « Il a été négatif. C’est ce qui justifie que j’ai des relations sexuelles avec elle sans protection », dit Sébastien. Quid de la seconde?

« maîtresse » ? Sébastien répond par un sourire. « Parfois même, ce sont les filles qui refusent qu’on fasse avec le préservatif. Certaines l’enlèvent même pendant l’acte sexuel. Il arrive qu’on se laisse aller dans l’élan, sans en peser les conséquences », affirme Sébastien. Certaines filles ont aussi choisi de faire l’amour sans préservatif. « Je suis avec mon petit ami depuis plus d’un an. C’est le seul homme avec qui j’ai une relation intime. Je lui fais confiance.Je ne vois pas pourquoi je lui imposerais le préservatif.

D’ailleurs, en ce moment, on essaye d’avoir un bébé. Et les bébés ne se font pas avec les préservatifs », déclare Avline Tuemo, 23 ans. Avant la relation qu’elle évoque, Alvine a eu deux partenaires avec qui il lui est arrivé d’entretenir des rapports non protégés. Pis, elle ignore son statut sérologique, ainsi que celui de son petit ami. Mais, elle préfère vivre sa vie sans craindre d’être malade. Des comportements que regrette le Dr Léonard Bonono, coordonateur du groupe technique régional de lutte contre le Sida pour le Centre.

« Si toutes les filles décidaient d’utiliser un préservatif, on n’aurait plus de problèmes à régler sur les Mst et surtout concernant le Vih/Sida », soutient-il. Le médecin ajoute que ce sont des comportements à risques qui font que le Cameroun en soit aujourd’hui à 161 nouvelles infections du Vih/Sida par jour. Selon la dernière Enquête démographique et de santé (Eds) réalisée en 2011, 4,3% de Camerounais sont atteints du Vih/Sida au Cameroun. La région du Sud est la plus affectée, avec un taux de prévalence de près de 10%.

Accidents de parcours

Des chiffres qui ne parlent pas à Laurence Bell, 17 ans. L’étudiante en commerce dans un institut privé de Yaoundé affirme qu’elle a dû céder aux caprices de son copain âgé de 24 ans. « Nos premiers rapports étaient protégés. Au bout d’un mois, il a commencé à bouder le préservatif. Il disait que ça le serrait et qu’il voulait me sentir. J’ai refusé. C’est alors qu’il a menacé de me quitter. Il m’a fait comprendre que des filles lui faisaient la cour et qu’il n’aurait qu’à claquer des doigts pour les avoir dans son lit. J’ai pris peur et j’ai cédé. Cela n’a pas empêché qu’il me trompe. Mais, je lui ai pardonné. Et ça fait deux ans qu’on est ensemble », raconte l’adolescente.

Certains jeunes font fi de la menace des Mst et Vih/Sida mais, paradoxalement, craignent davantage des grossesses. Le coït interrompu est alors l’une des solutions de contournement. Sauf qu’il peut ne pas se montrer efficace, surtout quand on ne sait pas s’y prendre. Benjamin Petang en a fait les frais il y a deux ans. « J’ai eu des rapports non protégés avec ma copine. Comme d’habitude, j’ai opté pour la méthode du retrait. Mais, quelques semaines plus tard, elle est venue m’annoncer qu’elle était enceinte. Je n’ai pas compris ce qui s’était passé. En fin de compte, le bébé est né et je suis un papa comblé aujourd’hui », se  vante Benjamin.

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38% de 15-19 ans n’utilisent pas le préservatif

Des « accidents » comme celui-là surviennent très souvent. Jean de Dieu Olinga, 22 ans, est un gagne-petit. Il nettoie le poisson acheté par les ménagères qui veulent faire des gains de temps au marché de Mfoundi à Yaoundé. Il y a un mois, son premier enfant est né. Un autre est en chemin. Jean de Dieu est stressé et ça se comprend. En fait, il a enceinté deux cousines et doit en assumer toutes les charges. « J’aurais dû me protéger », regrettet- il. Madeleine Kembang, mère de famille, a déjà eu à gérer deux grossesses indésirées.

« J’ai recueilli une de mes nièces il y a sept ans de cela. Elle a quitté le village pour venir fréquenter chez moi, ici à Yaoundé. Je lui ai fait passer une visite médicale. On a appris qu’elle était enceinte, à 17 ans. Pis, qu’elle était séropositive. Elle m’a fait comprendre qu’elle profitait de l’absence de sa grand-mère pour aller s’amuser avec ses cousins. Elle a cité jusqu’à cinq partenaires sexuels différents susceptibles d’être les auteurs de sa grossesse. Deux ans plus tard, j’ai accueilli une autre nièce de 16 ans, qui est elle aussi devenue enceinte sans que je le sache. Je l’ai constaté avec le temps. Elle a fugué quand je lui en ai parlé », se désole Madeleine Kembang.

Le Dr Léonard Bonono est d’accord pour dire qu’il y a eu un certain relâchement dans la sensibilisation sur le port du préservatif. En effet, il y a quelques années encore, des campagnes de communication sur la prévention du Vih/ Sida n’épargnaient aucun média ou support. Des comités locaux de lutte contre le Sida avaient même été créés. De nombreux quartiers en comptaient. Ces comités organisaient des sessions de formation des pairséducateurs, des causeries, etc.

Seulement, les financements destinés à la lutte contre le Sida ont été réduits. Du coup, nombre de ces comités ont cessé de fonctionner. Les clubs santé dans les lycées, jadis subventionnés, n’ont plus de ressources. Ceci a eu un impact relatif sur la sensibilisation de proximité. Surtout dans les zones rurales, qui n’ont pas facilement accès à l’information ou aux supports de communication (média y compris). Du coup, même si les gens ne nient pas l’utilité du préservatif, ils font de son utilisation un fait aléatoire.

Une récente étude menée par l’Association camerounaise pour le marketing et la communication sociale (Acms) révèle que 38% de jeunes Camerounais de 15 à 19 ans ont des pratiques sexuelles à risque, autrement dit, qu’ils n’utilisent pas le préservatif. L’organisme contribue pourtant à vulgariser les préservatifs masculins et féminins à travers de vastes campagnes de distribution. L’Etude démographique de santé de 2011, affirme pour sa part, que 59% de femmes (15- 24ans) et à 72% d’hommes de la même tranche d’âge déclarent avoir utilisé un préservatif lors de leur dernier rapport sexuel.

Une avancée, comparée à l’étude Lydié menée en 1997 sur les 15-24 ans qui relevait que 78,2% des hommes et 85,7% des femmes avaient répondu n’avoir jamais utilisé un préservatif. En revanche, une étude plus récente du Projet de prévention du Sida en Afrique centrale (Ppsac) démontre une utilisation plus fréquente- voire plus conséquente- des préservatifs chez les jeunes de 15 à 24 ans : 76% des femmes et 75% des hommes ont rapporté avoir utilisé un préservatif lors de leur dernier rapport avec un partenaire occasionnel.

Toutefois, un professionnel de la santé reconnaît qu’il y a toujours une marge d’erreur. «Tu peux donner un préservatif à quelqu’un, le regarder entrer dans une pièce où il va avoir un rapport sexuel, lui poser la question de savoir s’il l’a utilisé lorsqu’il en ressort, il te répondra “oui“. Mais, rien ne t’indique s’il ment ou s’il dit la vérité. Il y a des techniques d’enquête qui consistent à poser les questions de plusieurs manières différentes, dans le but de tirer des réponses vraisemblables. Seulement, on ne s’en tient qu’à ce que les gens disent, d’où la marge d’erreur », argumente la source.

© Le Jour : Irène Fernande Ekouta

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