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Les aéronefs chinois ma60 enfin au Cameroun

Avion-Chinois-MA60

Les deux aéronefs chinois seront réceptionnés à la base aérienne de Douala ce jour. Attendus le 07 juillet dernier, c’est finalement ce jour que les deux MA60 achetés par l’Etat à l’avionneur chinois Avic international holding, atterriront au Cameroun. Présidée par le ministre délégué aux Transports, la cérémonie de réception officielle des deux aéronefs aura lieu aux environs de midi et demi, à la base aérienne de Douala, en présence entre autres, du gouverneur de la région du Littoral et des responsables de la Cameroon airlines corporation (Camair Co).

Partis le 25 mars dernier de la ville de Xi An (Chine) – pendant chinois de la cité aéronautique de Toulouse (France) – ces MA60 ont notamment transité par Shanghai (Chine), le Yemen, et Djibouti. L’équipage composé de deux pilotes américains employés par la compagnie Aircraft Brokers, spécialisée dans le convoyage des avions, ainsi que d’un technicien chinois, a été contraint de passer la nuit dans ce dernier pays, plutôt qu’au Yemen – comme initialement prévu – en raison de la guerre civile qui y fait rage. Peut-être, l’équipage a-t-il aussi été amené à choisir cette option du fait de l’immatriculation militaire des deux MA60 qui aurait pu être pris pour cible par les belligérants du conflit yéménite ?

Une chose est certaine, c’est finalement sous la bannière de l’armée que ces aéronefs destinés à renforcer la flotte de la Camair Co ont pu prendre les airs. L’on se souvient qu’en septembre dernier, une délégation de l’armée camerounaise s’était rendue dans l’empire du Milieu pour réceptionner ces MA60.

Depuis, il s’est écoulé près de six mois entre cette mission et l’arrivée des fameux aéronefs. Que s’est-il passé entre temps ? Pourquoi la livraison de ces appareils a-t-elle mis autant de temps ? Près de quatre années. Car il faut dire que les appareils qui seront réceptionnés ce jour, sont bel et bien ceux objet de la signature le 27 septembre 2011, d’un mémorandum d’entente relatif à la fourniture de deux avions de type MA60, entre le ministre d’Etat en charge des Transports (de l’époque), Bello Bouba Maigari, et les responsables d’Avic internationnal holding. L’on sait que dans l’intervalle, deux débats se sont engagés au sein l’opinion publique au sujet de ces avions. Le premier relatif à leurs coûts jugés « exorbitants » avait été lancé à l’Assemblée nationale.

34 milliards

Le 26 août 2014, dans le cadre des questions orales au gouvernement, le député Jean Michel Nintcheu du Social Democratic front (Sdf), était même allé jusqu’à émettre de sérieuses réserves sur leur prix d’acquisition. S’adressant au ministre des Transports, Robert Nkili, l’élu de la nation avait lancé : « pouvez-vous expliquer à la Représentation nationale pourquoi le Cameroun achète deux avions à plus de 34 milliards alors que le prix unitaire publié par le constructeur Xian industries est de cinq milliards 600 millions Fcfa (…) J’ai le regret de vous opposer le fait que la République du Congo, partie signataire du présent accord, a quant à elle déboursé sept milliards par avion ».

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Au plus fort de la polémique sur les coûts des deux MA60 achetés par l’Etat du Cameroun, le vice-président d’Avic internationnal holding, regrettant « un problème de communication », expliquera dans les colonnes de Cameroon Tribune, qu’il « ne s’agit pas seulement de l’avion. Nous fournissons aussi la formation des personnels, une grande quantité des pièces de rechange, y compris des moteurs de réserve qui coûtent très chers. Nous allons aussi envoyer des équipes d’experts qui travailleront avec Camair Co ».

La polémique sur la fiabilité des MA60 va surgir dans la foulée de celle relative à son coût.
Les détracteurs cet appareil, dont certains parlementaires, le qualifieront de « cercueil volant ». Une aberration d’autant plus criarde que le spécimen reçu gracieusement de l’Etat chinois est incorporé depuis le 08 novembre 2012 dans la flotte de l’armée de l’air. Un appareil qui totalisait en début juin dernier 500 décollages et 740 heures de vol, et à bord duquel, le Premier ministre effectue certains de ces déplacements sous-régionaux. Le secrétaire général de la présidence de la République l’emprunte régulièrement lorsqu’il va chercher dans la région de l’Extrême-Nord, des otages libérés, comme ce fut le cas pour la famille Moulin-Fournier en Avril 2013.

Erreur humaine

D’après un pilote chevronné, ce débat est totalement infondé. Car « 90% de la constitution de ces MA60 dont les moteurs canadiens (Pratt et Witney), n’ont rien de chinois. Seuls la coque, les sièges et le train d’atterrissage sont chinois. Il a les mêmes caractéristiques que son concurrent européen ATR dont le train est plus petit et donc moins adapté au relief de nos pistes dont certaines sont en latérite », explique t-il. En outre, ajoute le pilote « cet appareil a la capacité de rectifier l’erreur humaine, puisque les éléments sont doublés, voir triplés pour prendre le relai en cas de défaillance technique ». Quant à l’aspect économique, notre interlocuteur affirme qu’alors qu’un Boeing consommerait entre 1600 et 1800 litres pour établir la liaison entre Douala et Yaoundé, un MA60 n’utiliserait qu’entre 375 et 400 litres pour couvrir le même trajet.

On le voit, les aéronefs qui seront réceptionnés ce jour ont été l’objet d’une campagne de dénigrement dont on ignore encore les ressorts. Si leur immatriculation au bénéfice de l’armée continue de susciter la controverse, elle est aussi perçue par certains comme un moyen de contournement de l’obstacle du certificat de navigabilité exigé par l’Autorité de l’aéronautique civile (Aac). Ce verrou légal peut-il toutefois expliquer à lui seul les délais de livraison des deux MA60 ? Pas sûr.

© Mutations : Yanick Yemga

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