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Le sous-préfet détourne l’argent des comités de vigilance

La Présidence dote les comités de vigilance du matériel-roulant-Boko-Haram-Biya-félicite-les-comités-de-vigilance

Il a exigé sa quote-part sur les sommes remises par le gouverneur de l’Extrême-Nord. C’est depuis le 30 novembre 2015 que le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakari, a pris son bâton de pèlerin pour rencontrer divers comités de vigilance et leur témoigner la reconnaissance de la République, distribuant argent et décorations. Le 16 janvier 2016, le patron de la région s’est rendu à Nguetchewé, deux jours avant l’attentat- suicide dans une mosquée qui a fait cinq morts et quelques blessés. Mathieu Kaldapa, membre d’un comité de vigilance, qui est tombé au cours d’une attaque de Boko Haram le 29 décembre 2015, a été décoré chevalier de l’Ordre de la valeur à titre posthume.

Une enveloppe d’un million Fcfa a également été remise à son épouse et à sa mère. 500.000 Fcfa ont été aussi remis à chacun des quatre blessés enregistrés au cours des opérations de Boko Haram et 300.000 Fcfa à chacun des 18 comités de vigilance de Nguetchewé. Mais après le départ du gouverneur, les choses vont se gâter. Le sous-préfet de l’arrondissement de Mayo-Moskota, Alfred Mbadi, va sommer les récipiendaires de passer à la caisse via son intermédiaire, un certain Abba Mey Kamssouloum, membre influent des comités de vigilance de Nguetchewé. A chacun des comités de vigilance, il réclamera une quote-part de 70.000 Fcfa repartie, dit-il, comme suit : 50.000 Fcfa pour le chef de terre, 10.000 Fcfa pour le lawan et 10.000 Fcfa pour le lamido de Mozogo. Même la veuve du martyr Mathieu Kaldapa sera sommée de passer à la caisse.

Celle-ci se dérobera en invoquant la nécessité d’une concertation familiale avant d’y donner suite. Malgré plusieurs relances, elle tiendra ferme sur sa position. Quant aux comités de vigilance, certains feront tôt de passer à la caisse tandis que d’autres choisiront le chemin de la résistance. Ce fut le cas du comité de vigilance de Korsamba. «Il a retiré les badges à certains membres, ce qui équivaut de fait à une exclusion. Le comité s’en est trouvé démoralisé, et il n’est pas exclu que cet état d’esprit ait affecté la vigilance des membres de ce groupe chargé de traquer les membres de Boko Haram. C’est d’ailleurs par là que le kamikaze qui a frappé à Nguetchewé le 18 janvier 2016 s’est introduit», explique Abba, un membre d’un comité de vigilance.

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Au moins 05 groupes de comités de vigilance ont arrosé le sous-préfet. L’affaire pouvait en rester là, mais voilà que les comités de vigilance, délestés d’une partie de la manne présidentielle, alertent le préfet du Mayo-Tsanaga, Raymond Roksbo, dans la soirée du 16 janvier 2016. L’autorité administrative ne perd pas une seule minute. Le lendemain, il met sur pied une commission d’enquête présidée par le 2eme adjoint préfectoral, Hervé Botognel. Et très tôt le lundi, 18 janvier 2016, la commission se déporte à Mozogo où tous les protagonistes sont auditionnés à la brigade de gendarmerie. Tous, sauf le sous-préfet qui, de temps à autre, perturbe le déroulement des travaux de la commission. «De dehors, il ne cessait d’invectiver les membres de la commission d’enquête, disant qu’il va emporter plusieurs dans sa retraite.

Il a même fini par expulser de la sous-préfecture, des gendarmes qui y campaient depuis plusieurs mois au motif que la brigade de gendarmerie est impliquée dans l’enquête diligentée contre lui», explique un membre d’un comité de vigilance auditionné. Il faut dire que le sous-préfet de Mozogo, Alfred Mbadi, est un chef de terre coutumier des bourdes. Retraité depuis juillet 2014, il avait déjà été accusé en novembre 2015 d’avoir soustrait 50 sacs d’un don du programme alimentaire mondiale qu’il a écoulé sur le marché local à raison de 10.000 Fcfa le sac. Cet incident venait s’ajouter à un autre, plus grave : le détournement des salaires de ses domestiques. Le prédécesseur de l’actuel préfet, Tchoffo, l’avait alors sommé de reverser l’argent ainsi volé au trésor public contre reçu. Après 18 mois d’absence à la tête de son unité administrative pour cause de maladie, Alfred Mbadi, depuis son retour au dernier trimestre de 2015, n’a plus à coeur que de bien préparer sa retraite. Quitte à mettre en péril la guerre contre Boko Haram.

RAOUL GUIVANDA

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