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Le président et les deuils : Paul Biya de plus en plus seul

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Après son frère aîné, Mvondo Assam, ses plus proches collaborateurs et amis (Ferdinand Oyono, Philippe Mataga, René Owona…) la belle-mère du chef de l’Etat. Le président et les deuils: Paul Biya de plus en plus seul

Il est difficile de trouver aujourd’hui autour du président Biya des amis proches et hommes de sa génération qui soient encore en vie. Depuis quelques années, le malheur visite la plus haute autorité du Cameroun et isole d’un jour à l’autre le chef de l’Etat de ceux qu’il a connus et aimés dans ses relations humaines comme familiales au cours de ce pèlerinage terrestre. Constats.

Il y a quelques années, lorsque le révérend père jésuite Engelbert Mveng, le plus grand historien camerounais, a été cruellement assassiné à son domicile dans la banlieue de Yaoundé, Paul Biya, président du Cameroun avait alors fait publier un communiqué pour traduire le choc émotionnel qu’il avait ressenti face à cette disparition. « L’homme du 6 novembre 1982», était sincère. Le père Mveng qui était de la même génération que l’actuel président du Cameroun était aussi une vieille connaissance d’enfance. Et depuis son accession au pouvoir, le président Biya n’avait cessé de recourir à l’expertise de ce prêtre jésuite qui fut l’un des fondateurs de l’Université camerounaise. Tous les compagnons de route d’enfance du président Biya avaient alors été émus de voir le président s’émouvoir ainsi face à la disparition d’un homme de sa parfaite connaissance. Il y avait là d’autres hommes tels que Philippe Mataga, Hubert Nkoulou, Robert Mbella Mbappè, Raphaël Onambelé Ela, Georges Walter Ngango, son épouse Cécile Ngango, les abbés Prosper Abega et Louis-Paul Ngongo, le père Jésuite Nicolas Ossama, l’archevêque Jean Zoa, les professeurs Jean Mfoulou et Marcien Towa, ou encore l’écrivain Léopold Ferdinand Oyono et bien d’autres figures intellectuelles avec qui, Paul Biya avait des accointances amicales fraternelles certaines.

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Les amis s’en vont…

D’année en année, la plupart de ces anciens camarades et amis d’enfance s’en sont allés. Et malgré le mystère de la mort qui prend vieux et jeunes, beaucoup parmi ceux qui sont encore vivants n’ont plus vraiment la naïveté de croire que le temps pour eux durera longtemps. On a ainsi le souvenir du départ pour l’au-delà du ministre Philippe Mataga, qui fut le camarade de classe au petit séminaire d’Edéa de Paul Biya, et qui plus tard dans les fonctions au sommet de l’Etat, est devenu le directeur du cabinet civil à la présidence de la République puis ministre des affaires étrangères. Georges Walter Ngango qui fut l’un des hommes de confiance de Paul Biya au moment où il accédait à la magistrature suprême au Cameroun a aussi quitté ce monde. La mort du célèbre économiste qui dirigea quelques mois le grand ministère de l’Education nationale a quitté ce monde au moment où la communauté scientifique et son ami de président avaient encore besoin lui. Paul Biya et Georges Walter Ngango se vouaient une amitié historique du temps où ils étaient élèves et étudiants en Europe. Comme il en était ainsi du ministre Raphaël Onambelé Ela, fils d’Ongola qui avait depuis le bas âge gagné l’affection du président et qui s’en est allé aussi. Et les disparitions récentes de Robert Mbella Mbappè, Marcien Towa, et un peu avant, de Léopold Ferdinand Oyono et Pierre Meba que l’on disait être ses amis intimes, a dû logiquement plonger le président Paul Biya dans l’émoi. Ceci parce qu’il s’agit des figures marquantes de la scène politique et du gotha de l’intelligentsia camerounaise. Les voir partir ainsi, constitue pour l’actuel chef de l’Etat du Cameroun, un moment fort émouvant, parce que, comme le dit un philosophe contemporain bien connu, « lorsqu’un ami s’en va vers l’au-delà, il emporte avec lui une partie de votre être ». Ainsi, face à la mort de plus en plus courante des hommes de sa génération, le «patriarche Biya » se retrouve cruellement de plus en plus seul.

…la famille aussi

On le savait déjà grêlé par le départ de son épouse Jeanne Irène Biya au début des années 90. Cette dame de cœur que le Cameroun tout entier n’oubliera jamais, a partagé une grande partie de la vie du président Paul Biya. Sa mort a écœuré tout un pays, qui avait fini par s’attacher à cette femme à la fois simple et humble. On a encore le souvenir de l’onde de choc qui a traversé la famille présidentielle en cette douloureuse occasion. Beaucoup ont même cru que le président Biya ne se relèverait pas. Mais comme un phoénix, il s’est remis debout, et a cru à la vie, à son avenir. Mais comme on le sait, la mort est un mystère. Il ne fait que s’éloigner. Le temps d’un simple recul. Et finit toujours par revisiter ceux qu’il a déjà touchés. La logique est ainsi connue pour tous les Hommes. Pauvres ou riches. Faibles ou puissants. Y compris lorsqu’on est président de la République. Et c’est avec beaucoup d’émotion que les Camerounais ont dû une fois de plus compatir avec la famille présidentielle. Il y a à peu près deux ans, c’est le frère aîné du président, Benoit Mvondo Assam qui quittait ce monde. Emportant avec lui loin de cette terre de mystères, tant de complicités avec son frère président de la République du Cameroun. Ce fut un grand moment de tristesse pour Paul Biya et sa famille. Tout comme il y a tout juste quelques jours, le président et sa famille sont apparus marqués par le décès de madame Mboutchouang, née Ndongo Mengolo Rosette Marie, belle-mère du président de la République et mère de la première dame camerounaise. Forte émotion unanime de toute la nation camerounaise. Dur, dur pour un homme de presque 83 ans qui se retrouve ainsi de plus en plus seul. Courage, monsieur le Président !

© Jean François CHANNON | Le Messager

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