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Le nouveau chantage de la Fifa au Cameroun

FIFA

La Fédération internationale de football association (Fifa) menace de suspendre le Cameroun de toutes ses compétitions, si le processus électoral n’était pas conduit à son terme d’ici le 30 septembre prochain.

La dernière décision de la Chambre de conciliation et d’arbitrage (Cca) du Comité national olympique et sportif du Cameroun (Cnosc), invalidant l’assemblée générale du 2 juin dernier à Yaoundé (les travaux ont conduit à l’adoption des statuts de l`instance faitière du football camerounais) est venue mettre le feu aux poudres. La Cca du Cnosc a constaté de nombreuses irrégularités, notamment que l’ordre du jour de cette assemblée a été modifié en violation de l’article 30 alinéa 6 des statuts de la Fecafoot d’une part et, d’autre part, que le quota des 2/3 des suffrages exigé à l’article 31 alinéa 4 pour toute modification des statuts n’a pas été atteint. Une sentence qui hypothèque sérieusement la tenue des élections au bureau exécutif de la Fecafoot initialement prévues le 28 septembre 2015. C’est visiblement ce que n’approuve pas la Fifa.

Très remontée contre Abdouraman Hamadou et sa bande, qui ont une nouvelle fois remporté le bras de fer avec la Fecafoot, la Fifa décide de sortir le grand jeu. Jérôme Valcke use d’intimidation et brandit le spectre de la suspension du Cameroun. Dans une lettre parvenue la semaine dernière à la Fecafoot, le secrétaire général de l’instance faîtière du football mondial se dit perplexe face «au déroulement des évènements puisqu’il s’agit de la deuxième annulation de l’adoption de nouveaux statuts après la première tentative en août 2014». Et au bras droit de Blatter de poursuive avec des mots forts : «Nous avons pourtant compris que les différents amendements souhaités par certains acteurs du football avaient été pris en compte », lit-on dans la lettre. Et pour Jérôme Valcke, ce rejet des délégués ayant voté contre et leurs recours systématiques à la Cca, notamment sans avoir épuisé les voies internes comme le préconisent les statuts actuels de l’association, «entraînant des décisions répétitives d’annulation par ladite Chambre, laissant entendre un obstructionnisme difficilement compréhensible», lit-on dans le document. Selon le courrier daté du 27 juillet dernier, parvenu à la fédération le 28 juillet, le Cameroun pourrait écoper d’une sanction si les nouveaux dirigeants de la Fecafoot ne sont pas élus d’ici le 30 septembre prochain.

Le Cameroun est à nouveau dans le collimateur de la Fédération internationale de football association (Fifa). Si la sanction venait à être prononcée, elle porterait un coup terrible à l’image du football camerounais. En clair, aucune équipe nationale ne pourrait alors prendre part à une compétition internationale. Les Lions indomptables, par exemple, seraient automatiquement exclus des éliminatoires de la Coupe du monde de football Russie 2018 qui démarrent dans quelques semaines. Du même coup, aucune équipe nationale ne sera autorisée à participer aux prochaines coupes d’Afrique des clubs. Une catastrophe financière pour ces entreprises sportives et la Fecafoot qui espèrent tirer d’énormes avantages tant financiers que matériels. Mais, cette perspective ne fait pas paniquer les acteurs du football, encore moins des spécialistes qui se réservent le droit de saisir à nouveau le Tribunal arbitral du sport (Tas) basé à Lausanne en Suisse, si jamais la Fifa sanctionne le Cameroun.

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En juillet 2013, le Cameroun avait été suspendu des compétitions de la Fifa en raison de l’immixtion des pouvoirs publics dans le processus électoral. Cette sanction avait rapidement été levée. Un Comité de normalisation de onze membre avait été créé, ayant pour missions principales de procéder à la relecture des textes, d’organiser de nouvelles élections sur la base de ces nouveaux statuts au plus tard à la date butoir du 31 mars 2004, tout en gérant les affaires courantes. Ce Comité de normalisation constitué de juristes a déjà vu son mandat prorogé à plusieurs reprises, faute d’avoir trouvé un consensus dans ses textes. Ce qui amène ses détracteurs à saisir soit le Tribunal arbitral du sport en Suisse, soit la Chambre de conciliation et d’arbitrage du Comité national olympique et sportif du Cameroun, pour remettre en cause quasiment tous les actes de la Fecafoot.

Blatter et l’image écornée de la Fifa

Des spécialistes estiment en effet que ni Sepp Blatter, ni Jérôme Valcke n’ont plus aucune crédibilité pour rester à la tête de la Fifa, encore moins pour parler au nom des footballeurs. Ce désaveu fait suite aux récents scandales de corruption dont ont été accusés, preuve à l’appui, de nombreux dirigeants de la Fédération internationale de football association. La police suisse s’est faite le devoir d’interpeller plusieurs hauts responsable en place à la Fifa, lors du dernier congrès électif tenu à Zurich, pour de présumés accusations de corruption. La Fifa baigne dans un scandale de corruption. Plusieurs collaborateurs de Blatter ont perçu des pots de vins en échange de leurs votes pour l’organisation des coupes du monde 2010 en Afrique du Sud, 2018 en Russie et 2022 au Qatar.

Si la justice américaine s’est saisie de l’affaire et demande l’extradition de nombreux cadres de la Fifa dont les comptes bancaires se trouvent basés aux États-Unis, le président Joseph Blatter, fortement ébranlé par ce récent Fifagate survenu au lendemain de sa réélection pour un cinquième mandat, décide de jeter l’éponge. Le Suisse remettra son mandat en jeu lors d’une assemblée générale extraordinaire prévue en principe avant la fin du premier trimestre 2016. Blatter quittera inéluctablement son siège avec ses plus proches collaborateurs dont le Français Jérôme Valcke. Plusieurs candidats déjà en lice, notamment le Français Michel Platini actuellement président de l’Union européenne de football association (Uefa), le Prince saoudien Ali se bousculent d’ors et déjà aux portes de la présidence de la Fifa.

L’Argentin Diégo Maradona pourrait également se porter candidat.

En attendant de voir un peu plus clair sur les intentions véritables des uns et des autres, Sepp Blatter et sa bande, tous trempés jusqu’au coup dans la corruption, n’ont plus la légitimité nécessaire pour diriger les affaires du football. L’image des deux personnages et celle de la structure qu’ils dirigent sont fortement écornées par des scandales à répétition. Comment un système gangrené par la corruption peut-il prétendre suspendre le Cameroun ? Joseph Sepp Blatter et Jérôme Valcke devraient d’abord aller répondre de leurs actes devant la justice avant de faire du chantage à un État souverain. Les statuts de la Fifa ne sauraient être au-dessus des lois d’un pays. L’agitation observée ces derniers jours dans les bureaux feutrés de Zurich est simplement une vaine tentative d’intimider le Cameroun qui n’entend plus se laisser marcher dessus par une petite association de droit suisse. Un long feuilleton qui nous réserve certainement encore des surprises.

Jean Robert Fouda

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