Economie

Le Franc cfa, sujet incontournable du futur débat présidentiel

Franc-CFA

Le 4 Juin 1963, le président John F. Kennedy signe le décret (Exécutive Order) 11110, qui enlève à la réserve fédérale (consortium financier en réalité privé), qui office en tant que banque centrale américaine, le pouvoir de prêter de l’argent avec intérêt au gouvernement fédéral. Le gouvernement américain devra désormais battre  sa propre monnaie. Le 22 Novembre 1963, le président Kennedy est assassiné, les billets émis par le gouvernement fédéral sont progressivement retirés de la circulation, et son projet est passé aux oubliettes.

Tout ceci pour dire que le problème du contrôle de la monnaie est dangereux sous tous les cieux, et pourtant en débattre est indispensable dans le cas particulier du Cameroun afin de distinguer ceux qui sont véritablement capables de présider aux destinées de ce pays de ceux qui n’ont ni le caractère, ni le courage pour le faire. Tout comme l’amour ne peut être touché de la main mais est quantifié par les  actions d’amour ou preuves d’amour, de la même façon on ne mesurera la crédibilité des candidats présidentiels camerounais qu’à leur position sur le Franc CFA et la souveraineté du pays en général.

Le responsable politique qui n’acceptera pas comme principe non négociable la sortie du franc CFA ne devrait pas être invité ni même s’inviter dans le débat présidentiel. On ne peut avoir une ambition présidentielle saine en voulant diriger un pays qui n’est libre qu’à moitie. En effet, vendre ses produits sur le marché mondial et se voir confisquer ses devises par un pays tiers n’est pas une situation qu’un homme politique sérieux, aimant son pays devrait accepter. D’ailleurs c’est une déclaration incorrecte que de dire que ce n’est que 50% de nos recettes en devises qui restent bloqués dans le trésor français ; c’est en fait pratiquement les 100% de nos recettes qui restent en France. Tout ou presque des 50% restants nous sont livrés avec intérêt sous la forme du franc CFA; c’est la raison pour laquelle nous payons pratiquement tout sur la scène internationale avec nos ressources naturelles et matières premières à l’état brut. A ce rythme, nous n’allons jamais nous industrialiser et nous n’aurons par ailleurs jamais de banques nationales indépendantes et crédibles qui pourraient se mettre au service du progrès du pays.

Nous avons vu certains leaders politiques entretenir un flou artistique autour du principe de la sortie du CFA et en même temps se déclarer « responsables ». Ces deux positions sont incompatibles car vouloir être président d’un pays en captivité financière équivaut à renier les responsabilités qu’on veut justement assumer ; cela revient tout au plus à ambitionner de devenir un sous-préfet, et le Cameroun n’a plus besoin de cela. Un tel état d’esprit est ce que Paul D Bekima a appelé la « mentalité du colonisé captif ». Chers candidats, grandissez, défaites-vous des chaines de la domination si vous voulez diriger un pays qui veut être souverain.

Vous avez d’autant plus besoin de grandir que la France que vous vénérez, et pour laquelle vous êtes prêts à devenir des vassaux va mal. Elle va tellement mal qu’elle essaye de jouer son va-tout au Cameroun et vouloir lui servir d’instruments constitue un acte de haute trahison envers votre peuple.

Est-ce vraiment un fait du hasard que le déplacement de son président en Afrique coïncide avec une recrudescence des activités criminelles de Boko-Haram ? Qu’est-il allé faire au Benin, sinon mettre hors-jeu le président Boni Yayi (qui veut contribuer à la force africaine du bassin du lac Tchad) et installer Lionel Zinsou dont l’on ne cesse de nous vanter le passé de normalien alors que c’est un véritable traitre pour l’Afrique (Co-auteur du rapport Védrine) ? Et si le Benin était le véritable objectif de sa visite et ses escales en Angola ou il a été reçu à l’aéroport par le ministre des Affaires Etrangères, Georges Rebelo Chicoti et au Cameroun dont il n’attendait rien n’étaient que des couvertures ?

N’oubliez pas que le Benin est un pays voisin du Nigeria et serait donc stratégique dans la déstabilisation du nord-Nigeria et par effet d’entrainement du Cameroun. Imaginez une base militaire française au nord du Benin, sachant que le port de Cotonou est géré par Bolloré, quelle difficulté aurait alors Boko-Haram à se ravitailler en armements et en logistiques de combat surtout avec un président vassal de la France? L’objectif de Boko-Haram qui n’a pu déstabiliser ni le Cameroun, ni le Nigeria serait alors d’entretenir un état de guerre latente ponctué d’actes de terrorisme qui forcerait les pays africains à maintenir un déploiement couteux de leurs forces armées, grand consommateur de devises. Cela aurait pour conséquence de les rendre financièrement vulnérables sur la scène internationale.

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Les africains ne devraient pas accepter qu’un tel scenario se produise, car dans ce cas, les parties nord du Nigeria et du Cameroun seraient encerclées de bases militaires françaises. L’installation d’une base dans une localité stratégique du Niger serait l’étape suivante, et la boucle sera bouclée par une présence militaire ennemie au Nord-Benin, Sud-est Niger, Barkhane au Tchad et en république Centrafricaine.

La rencontre Biya-Buhari devrait faire l’objet d’une communication forte sur ce sujet et traiter comme un acte de guerre l’installation d’une base française au nord du Benin, car c’est comme l’ont été les autres actions de la France en Afrique, belliqueuses.

A ce sujet, nous entendons souvent certains africains paraphraser de façon pavlovienne leur ennemi objectif, le général De Gaulle en disant qu’ “en relations internationales, il n’y a pas d’amis, il n’y a pas d’ennemis, il n’y a que des intérêts” ; en fait le Général De Gaulle a parlé d’amis éternels, et d’ennemis éternels. Et dans le cas de la France, nous parlerons de l’ennemi du siècle.

Sinon comment autrement appelleriez-vous quelqu’un qui a confisqué vos matières premières, massacré tous ceux qui voulaient une vraie Independence, exterminé et détruit au napalm des villages entiers, les victimes s’estimant en centaines de milliers dont des bébés, des enfants, des femmes, des vieillards, des jeunes a la fleur de l’Age ? Comment appelleriez-vous un ennemi dont les représentants se sont affichés publiquement avec les tètes coupées de vos leaders présentées comme des trophées de guerre, et qui depuis plus de 50 ans confisque vos recettes en devises. Si l’on ne considère pas de telles personnes comme ses ennemis mortels, c’est que l’on est son propre pire ennemi.

Les leaders camerounais qui pensent qu’il puisse exister un compromis avec un ennemi pareil sur notre souveraineté n’ont pas de place dans le futur du Cameroun. C’est par ailleurs insulter les camerounais que de suggérer qu’ils sont incapables de gérer leur propre monnaie. Le Cameroun d’aujourd’hui a  t-il moins de cadres compétents sur les questions monétaires que le Ghana de la fin des années 50, c’est-à-dire il y a plus de 60 ans lorsqu’il créa sa monnaie? Les camerounais sont-ils inferieurs aux Burundais, Rwandais Ethiopiens, Namibiens, Kenyans, ou Angolais qui gèrent leur monnaie, et la gèrent bien? Des gens qui cultivent une telle mentalité d’esclave sur le Cameroun savent-ils seulement que c’est le pays des lions indomptables? Le pays qui a vu n’aitre le grand Joseph Tchundjang Pouemi?

Nous comprenons que pour des raisons de discrétion et de tactique, les politiciens soient peu enclins à donner leur programme politique, mais un avis de principe sur la question devrait être donné. Les peuples auront du mal à choisir un candidat qui n’aura pas donné une position claire et préalable sur des sujets qui les préoccupent.  Il est de toutes façons illusoire de cacher sa tète dans du sable comme une autruche sur la question de la monnaie. La France elle-même sait que c’est un sujet qui a perdu son caractère tabou et qu’elle devra l’aborder tôt ou tard avec la nouvelle génération des leaders. Cette question ne pourra plus être renvoyée dans les tiroirs de l’histoire.

Peut-être que ces leaders ont peur de se faire assassiner comme d’autres avant eux ou alors de se rendre inéligible aux yeux de la France dont ils croient qu’elle a encore suffisamment de puissance pour influencer la transition au Cameroun. Si c’est le cas, alors ils ne sont préparés a diriger un pays car on ne peut prétendre présider aux destinées d’un peuple pour lequel on n’est pas prêt à mourir. Et puis, ces prédateurs ne réussissent pas toujours dans leurs entreprises d’élimination physique, les cas des présidents Sékou Toure, Castro ou Chavez étant là pour nous édifier. Et nous ne sommes plus aux années d’indépendance où les peuples étaient mis en marge de la conduite des affaires. Les peuples africains sont en train de reprendre leur destin en main, il suffit simplement de travailler en communion avec eux. D’ailleurs, les assassinats sommaires ne resteront plus impunis, nous sommes tous des humains et nul n’est plus à l’abri de rien.

Pour conclure, le Cameroun et le reste des pays francophones ne pourront se mettre dans la voie du progrès que le jour où ils auront tous abandonné le franc CFA et virer les sociétés françaises  de leur sol de la même façon que le problème de Boko-Haram ne pourra trouver une solution définitive que lorsque la dernière base militaire française sera démantelée en Afrique. Et c’est le genre de président qui a des solutions à ces problèmes de fond que nous voulons. Les leaders politiques qui n’ont que des solutions cosmétiques peuvent prendre leur retraite.

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