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Le danger rode autour des Stations-service

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La tragédie ghanéenne, dont les images ont fait le tour du monde et choqué les consciences,  rappelle à quel point les stations-service sont des sites dangereux. Installations où les carburants sont transférés de réservoirs de stockage fixes vers les réservoirs à carburant de véhicules à moteur, les stations-service, ouvertes au public pour la plupart, doivent faire l’objet d’une attention particulière de la part des pouvoirs publics. Surtout dans un pays comme le Cameroun où ces installations côtoient dans les centres urbains les commerces et les habitations.

A Yaoundé et à Douala, pour ne citer que ces deux exemples, il y a juste un mur coupe-feu de quelques mètres de haut qui sépare plusieurs stations-service des habitations voisines, l’ensemble étant parfois concentré à un même carrefour. Au point où, en cas d’incendie, il faut un  miracle pour que les riverains ne soient pas pulvérisés par la furie des flammes. Les produits pétroliers distribués étant hautement inflammables. L’accident survenu, la semaine dernière au Ghana, devrait en tout cas interpeller toutes les personnes impliquées dans la chaîne de construction, d’autorisation, de gestion et de contrôle des 660 stations-service en activité à travers le Cameroun. L’application des textes encadrant ce secteur doit être draconienne car tout acte de  connivence ou de légèreté toléré peut s’avérer un jour fatal.

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Au ministère de l’Eau et de l’Energie (Minee), à la direction en charge du dossier, un responsable, sous couvert d’anonymat, se veut plutôt rassurant. Le pays ne disposant pas de moyens suffisants d’intervention en cas d’incendie, relève-t-il, des dispositions sont prises pour s’assurer que les conditions de sécurité requise sont remplies. Notre interlocuteur avance à cet égard plusieurs arguments. En plus du mur coupe-feu d’une « hauteur appréciable » qui sépare les stations-service des maisons et autres activités environnantes, il parle des cuves double- enveloppes enfouies dans des fosses maçonnées, à bonne distance des pompes. Il évoque également, entre les deux enveloppes,  les détecteurs de fuites d’hydrocarbures qui signalent automatiquement.

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En amont, notre source fait savoir qu’avant qu’on ne construise une station-service, plusieurs visites techniques sont effectuées sur le site. A l’issue de celles-ci, la délégation régionale du Minee compétente envoie un rapport au ministre de l’Eau et de l’Energie qui, à son tour, fait descendre sur le terrain une équipe des services centraux pour certification. C’est le dernier rapport qui est habilité à donner l’avis favorable, nous apprend-on. Ce n’est qu’après que la décision relative à l’autorisation d’implantation est soumise au ministre. Le suivi du chantier incombe ensuite à la délégation du Minee et à celle du ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique (Minmidt) qui s’assurent que toutes les conditions prescrites sont respectées. A la fin des travaux, les deux délégations rédigent un procès-verbal de réception et exigent quand cela s’impose, les ajustements nécessaires, affirme encore notre source. Un autre procès-verbal de mise en fosse des cuves est rédigé, après que celles-ci aient été testées et jugées conformes et sécurisantes, nous apprend-on. Une fois que la station-service est fonctionnelle, elle devient un établissement classé. Au Minee, on assure que les stations-service sont  inspectées au moins une fois par an par les inspecteurs des établissements classés qui s’assurent que les conditions de sécurité et de protection sont bien maintenues.

Si le suivi se fait convenablement, il ne faut pas baisser la garde car l’activité est en tout temps dangereuse. Le stockage et les transferts de carburants, conjugués à la présence de personnes du public et de leurs véhicules sont autant de sources potentielles  d’incendies ou d’explosions. D’où l’urgence de renforcer les mesures de prévention sur les plans technique et  organisationnel.

Par ailleurs, il convient de souligner que l’essence est aussi une source de pollution nuisible à la santé humaine. Elle ne pollue pas que lorsqu’elle est utilisée par les moteurs. Déjà, au niveau des pompes, des composés organiques atmosphériques se diffusent dans l’air à des niveaux dangereux pour la santé, ont révélé en 2014 des chercheurs de  l’Université de Murcie en Espagne.  Leur recommandation : ne pas construire de logements à moins de 50 mètres des stations-service, voire 100 mètres, pour les bâtiments sensibles (écoles, crèches, hôpitaux, maisons de retraite, etc).

Rousseau-Joël FOUTE

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