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Le Canard Enchaîné se déchaîne Sur Biya

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Révélant des coulisses de l’Assemblée nationale française, le journal présente le chef de l’Etat sous le jour d’un dictateur à la tête d’un régime illégitime. Dans son édition en kiosque, parue mercredi 22 avril dernier, le journal français « Le Canard Enchaîné » révèlent des coulisses particulièrement houleuses d’un récent huis clos de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française. Il nous apprend que le 15 avril au matin, dans la salle 4223 du parlement français, la présidente de cette commission (un député du Parti socialiste), Elisabeth Guigou en l’occurrence, « a retoqué un rapport qui ne lui plaisait pas.

Un document de plus de 200 pages consacré aux relations de la France avec l’Afrique francophone, corédigé par Philippe Baumel (Ps) et Jean-Claude Guibal (Ump) ». Dans leur rapport, en effet, les parlementaires français s’offusquent contre le soutien des autorités françaises « aux dictateurs » africains. A commencer, rapporte Le Canard Enchaîné, par Paul Biya, le président camerounais. « Les deux rapporteurs ne s’en privent pas, parlant « d’un régime illégitime, qui fait face à des explosions régulières mais tient, malgré tout, et se reproduit ».

En fin, concluent-ils, « ce régime [celui de Paul Biya, Ndlr] est né de la répression et a toujours maintenu un fort appareil de renseignements, de forces spéciales, notamment la Garde présidentielle ». A la lecture de ce document, l’élue socialiste serait montée sur ses grands chevaux sur le coup. « On ne critique pas l’action de la France à l’étranger, estime-t-elle. Le faire c’est prendre le risque de nous fragiliser (…) Idem, lorsque l’on éreinte nos partenaires historiques (entendez dictateurs installés par la France, note de Slt) », aurait-elle lancé. Avant de renvoyer au 06 mai prochain l’examen dudit document. Pour Le Canard Enchaîné, ce rapport sur les relations qu’entretient la Vème République avec les anciennes colonies dérange en France. Cités par le journal, des fonctionnaires de l’Assemblée nationale affirment que l’attitude de madame Guigou est inédite, « de mémoire de députés ». Ce serait tout simplement « du jamais vu » au parlement français

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Car, dans la tradition parlementaire française, « tout rapport présenté en commission est débattu, amendé puis soumis au vote, enfin, et rendu public », écrit Le Canard Enchaîné, qui ne manque pas de citer un autre député remonté par l’accueil réservé à ce rapport par la présidente de la commission des affaires étrangères, tout en justifiant ce comportement par les petits calculs politiques de sa collègue. « C’est le bon vouloir de la reine mère, se moque un député socialiste. Elle ne veut surtout pas apparaître comme caution de critiques de l’exécutif ni compromettre son éventuelle entrée au Quai d’Orsay… Laurent Fabius est prévenu ».

La lucidité commande, bien que Mutations ne soit pas entré en possession du rapport objet de la polémique, de reconnaître que les critiques formulées par les deux parlementaires français, et rapportées par Le Canard enchainé ne sont pas dénuées de tout sens, au regard du « sentiment antifrançais » que développe de plus en plus une bonne frange d’Africains. « Baumel et Guibal estiment que « les réactions en urgence aux crises malienne et centrafricaine ont renforcé la très étroite relation qui unit le président de la République à Jean-Yves Le Drian et ont joué fortement dans la part que le ministère de la Défense a prise dans la gestion des affaires africaines. Tout cela pour un bilan plus que mitigé, constatent les auteurs. Première salve : « Ces interventions militaires successives n’apportent pas d’apaisement durable, encore moins de paix définitive ». Seconde salve : « Cette situation n’est donc pas soutenable durablement, tant en termes politiques que militaires, tant en termes budgétaires que d’image de notre pays ».

Du côté de Yaoundé, l’on brandit, comme à l’accoutumée, la thèse du complot. Les thuriféraires régime s’étonnent de ce qu’une affaire débattue en commission au parlement français se retrouve dans les médias.

Mutations

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