Société

Le Cameroun ne gagnera jamais une guerre contre le journal le monde

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Il fallait s`y attendre. Les plateaux de radio et de télé de toute la République ont inscrit, dans leur programme du week-end, les sujets dominants de la semaine que furent les deux sorties du journal français Le Monde sur le voyage du couple présidentiel en Europe, et le photomontage sur la « présence » du chef de l`Etat Paul Biya à la cérémonie d`adieu le 6 mars dernier, quand il a fallu rendre un hommage mérité aux soldats tombés sur le champ de guerre contre Boko Haram.

Un fait est constant : le couple présidentiel a quitté le Cameroun comme il en a l`habitude chaque année, 3 jours avant la cérémonie d`hommage aux soldats tués au front. Un grossier montage, avec des logiciels graphiques appropriés, voulait tromper les internautes de l`extérieur que Paul Biya avait personnellement présidé cette cérémonie. C`est la première hypothèse.

La seconde serait l`oeuvre d`un habile pirate qui tenait, par là, à démontrer la perméabilité du dispositif sécuritaire du système informatif rattaché à la présidence de la République. Il se serait alors agi de prouver que le chef de l`Etat n`est pas proche de son peuple. Du voyage du couple présidentiel en Europe. Depuis qu`il est au pouvoir, la presse occidentale s`est toujours intéressée aux séjours de Paul Biya sur le vieux continent. Le concerné ne s`en est d`ailleurs jamais ni ému, ni offusqué. Dans un livre publié par un ancien directeur du « Front Office » de l`hôtel Intercontinental de Genève, le président camerounais s`était ouvert à l`auteur pour lui confier combien il était heureux de se reposer « dans le calme de Genève, loin des dérangements d`Etoudi ».

Ce qui fait donc problème, ce n`est pas ce énième voyage en Suisse. C`est plutôt l`intérêt que la presse française a porté sur la santé du couple Biya. De ce cas, tout est allé dans tous les sens : ici, les autorités camerounaises ont parlé de manipulation ; d`autres ont vu la désinformation volontaire alors que certains encore, plus loin, ont tout simplement accusé une main étrangère « dans le but de déstabiliser les institutions en jetant l`opprobre sur la personne qui les incarne… »

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En réaction à tout ce tintamarre, surtout sur le cas du couple présidentiel, le ministre de la Communication s`est doté d`une « expertise » spécialisée dans la confection des « droits de réponse » au cas où la récidive des « attaques au chef de l`Etat se reproduirait », pendant que la représentation diplomatique du Cameroun en France pataugeait dans des réactions totalement hybrides, parfois hors du propos. Le Conseil national de la communication, pour ne pas être en reste, a intimé à la presse nationale de s`abstenir de relayer les journaux étrangers sur certains sujets «sensibles», comme ceux touchant au chef de l`Etat du Cameroun.

Voilà le climat politico-médiatique que nous venons de vivre. Ce climat n`est pas de passage. Il ne fait que commencer. Qu`en sera t-il lorsque les enquêtes commanditées ici et là sur l`origine, ou les origines du photomontage de Paul Biya à la cérémonie d`adieu aux soldats, seront rendues publiques ? Le journal Le Monde.fr a-t-il dit son dernier mot ? Rien n`est moins sûr. Ce climat délétère, fait de soupçons et d`intrigues, ne prendra pas fin de sitôt. Il est malsain. Il oblige une observation en deux temps: d`abord le refus des autorités du Cameroun de s`arrimer à la communication moderne et stratégique d`une part, et l`incapacité de notre système dirigeant de s`approprier les Tic, comprendre leurs effets positifs et négatifs dans le fonctionnement des institutions et des relations interpersonnelles, d`autre part.
La presse occidentale aurait eu un champ d`actions étriqué si, d`aventure, Paul Biya avait fait annoncer qu`il se rendait en Europe pour un check-up de santé. Tout comme d’éventuels pirates du numérique, ou de zélés des fonctionnaires du palais d`Etoudi, auraient manqué de boulot si le président de la République avait pris 30 minutes de son précieux temps pour assister à la cérémonie aux morts du Quartier général. Quand on choisi de ramer contre le sens du vent de la modernité pour rester accrocher aux méthodes de gouvernance dignes des monarchies médiévales, on fait aisément le lit de la rumeur, des intrigues et des manipulations de toutes sortes que le gouvernement vit en ce moment. Ni les démentis, ni les droits de réponse, encore moins les mises au point, ne rétabliront jamais une fausse information propagée délibérément d`avance.

Le gouvernement camerounais ne gagnera jamais une guerre contre le journal Le Monde. La transparence, par contre, obligera ce journal reconnu très sérieux – et d`autres encore – à des traitements plus efficients de leurs informations sur le Cameroun et sur son chef.

Xavier Messè

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