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L’Agriculture de seconde génération : Programme ou slogan ?

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L’étrange scène se passe sur une télévision privée de la place. A l’entame de son émission de débat qu’il a  spécialement dédiée à l’Agriculture, le jeune présentateur demande à son panel qu’est-ce-que l’Agriculture de seconde génération et reçoit autant de réponses. Une question cinq réponses différentes. Quel spectacle ! Faut-il en rire ? Non, parce que les panélistes n’étaient pas des charlatans mais passent pour des spécialistes des questions agricoles, en raison de leur état de service !  Non, parce que le concept Agriculture de seconde génération est d’autant plus difficile à définir qu’aucun texte officiel ne le cerne véritablement ! Chacun  met ce qu’il veut dans ce grand contenant qu’est l’Agriculture de seconde génération. 

Les moins futés la définissent simplement comme le passage de la houe au tracteur. En d’autres termes, la mécanisation de l’Agriculture.

Personnellement, je ne crois pas que l’Agriculture de seconde génération n’est qu’un autre synonyme trouvé à la mécanisation. Je sens qu’on a  à faire à une politique agricole plus ambitieuse. Plus génératrice d’emplois et de devises. Mais l’embarras provient de ce qu’à ma connaissance il n’existe aucun précis de l’Agriculture de seconde génération. Certes, le DSCE -Document de stratégie pour la croissance et l’emploi- y consacre de fort belles lignes. Cependant, ce n’est pas trop demander que de vouloir un manuel entièrement dédié à l’explication de l’Agriculture de seconde génération et l’itinéraire pour y parvenir. C’est le premier travail à faire pour que l’agriculture de seconde génération ne soit pas perçue comme une simple expression à la mode, mais comme une pensée économico-agricole structurée, écrite et assumée. La vulgarisation de cette pensée ne saurait être en reste.

Il y a une comme une ironie dans le pays : plus on parle d’agriculture de seconde génération plus les prix des produits vivriers s’envolent sur les marchés. Notamment dans une ville comme Yaoundé. Au Cameroun, le pouvoir d’achat des populations est très faible. L’alimentation engloutit l’essentiel des revenus des familles. Dans les  tourne-dos, il est quasiment impossible de trouver un plat de nourriture à 350 FCFA, très couramment à 500 FCFA. Voire plus. Or, le Cameroun est l’un des temples du sous-emploi et des bas salaires. Très peu de chercheurs d’emploi ignorent le célèbre avertissement : si vous refusez ce salaire,  je donne la place au suivant !

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Pourtant, une agriculture de production massive, hormis les devises qu’elle fera rentrer, a vocation à rendre la nourriture accessible et à réduire le budget alimentaire des ménages. Un chef de famille qui gagne 100.000 FCFA et en consacre le tiers à la nutrition mensuelle peut sensiblement contribuer à la croissance économique du pays. S’il est un rôle que doit jouer l’Agriculture de seconde génération c’est de redonner le pouvoir d’achat aux Camerounais d’en bas. Et cela n’est possible que par une production de masse interagissant sur le prix de la nourriture. Curieusement, beaucoup de gens ne font pas de lien entre la nourriture et l’Agriculture. La nourriture n’est moins chère que lorsque l’Agriculture (j’y inclus la pêche, l’élevage) se porte bien. C’est un des indicateurs fiables de la prospérité de toute agriculture. Et contrairement à ce qui est récité, l’agriculture rarement développe un pays. Elle joue plutôt un rôle de locomotive car elle permet l’accumulation de capitaux devant servir à la mise en place d’un tissu industriel capable de booster la croissance nationale et de l’installer sur une dynamique évolutive. L’agriculture est un catalyseur de développement. Et pour cela, on ne devrait pas considérer l’Agriculture de seconde génération comme une fin en soi. Ce serait du nanisme économique que de le croire.

Pour l’émergence espérée en 2035, le développement de l’Agriculture doit, en sus de l’adoption du statut de l’agriculteur, être simultané au développement industriel du pays. L’un sans l’autre relèverait  d’une politique à courte vue.
 
NB: Par Thierry Djoussi est le président de l’Association des journalistes camerounais pour l’agriculture et le développement (AJAD)
[email protected]

Thierry Djoussi

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