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La traque incertaine de Boko Haram

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Malgré la multiplication des mesures de sécurité par le gouvernement camerounais notamment le renforcement, en 2014, de la présence militaire à travers la création de nouvelles régions militaires dans le Nord et l’Extrême Nord, la secte nigériane continue ses attaques meurtrières.

Au Cameroun,  les membres de la secte islamiste ont causé ces derniers mois  la mort de  plus d’une centaine de personnes et blessé plus de  quatre cent autres à travers plusieurs attentats suicide.

De févier 2013, moment où les membres de la secte islamiste Boko Haram se sont signalés dans le pays, à ce jour  quelque soixante attaques tant du côté de la secte que des forces de sécurité  ont été enregistrées, selon le dernier rapport  consacré par Amnesty International à la secte.

Environ 81 000 personnes ont dû fuir leurs maisons, abandonnant derrière elles champs, bétail et autres commerces dans l’Extrême nord, du fait de la terreur semée par Boko Haram . La secte procède à des attentats-suicides, aux destructions des biens publics, privés et religieux, aux détournements de fonds, aux  pillages et  enlèvements, aux  prises d’otages ainsi qu’au recrutement d’enfants soldats.

Amnesty International a rassemblé des informations faisant état de crimes au regard du droit international et d’atteintes aux droits humains commis par Boko Haram. Ces crimes semblent par ailleurs s’inscrire dans le cadre d’une attaque de grande ampleur visant la population civile de manière systématique dans le Nord-Est du Nigeria et l’Extrême-Nord du Cameroun.

Le reste du pays vit sous peur des attaques

C’est désormais avec la trouille dans le ventre que vivent tous les Camerounais. En attendant  d’être protégés par les soldats, les familles s’organisent pour sensibiliser leurs progénitures quant à la menace que représente Boko Haram. Dans les associations,  le sujet Boko Haram s’invite forcément. On échange effet  sur les dernières nouvelles de la secte, donne des conseils, sensibilise autant qu’on peut. «La plupart de nos membres ne disposent pas d’assez de temps en semaine pour écouter la radio ou regarder la télévision. Le dimanche lors de nos réunions, le secrétaire à l’information tient une rubrique dans laquelle, il informe les autres membres des méfaits de Boko Haram. Il s’agit beaucoup plus de les rassurer que de les effrayer et surtout de les amener à dénoncer auprès des autorités toutes les personnes suspectes dans leur entourage », a affirmé le chef d’une communauté villageoise installé dans la capitale. Par ailleurs, dans toutes les villes du pays, on procède à des fouilles systématiques des personnes. Pour ce faire, les écoles, les services publics, les ministères, les établissements de tourisme, les bus et cars de transports ont renforcé leur système de sécurité en s’assurant les services des vigiles. Des policiers et des soldats  se sont également dotés de détecteurs de métaux. Les hommes en tenue patrouillent un peu partout, dans les rues, sur  les marchés, aux carrefours, sur les points de ramassage des taxis et des bus, devant les écoles. Les ministères, les hôpitaux, les marchés et  les lieux de culte font l’objet de la même vigilance. « La forte présence militaire dans la ville de Yaoundé nous a redonné confiance, nous pouvons vaquer à nos occupations sans trop de crainte même si nous savons que Boko Haram peut frapper à tout moment » confie une vendeuse de friperie au marché Mokolo de Yaoundé.

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«Le sentiment de peur qui anime la population camerounaise est justifiée et compréhensible au vu de la menace et du danger que représentent  les membres de Boko Haram. Les images que nous montrent les médias sont tellement horribles que et les uns et les autres craignent que cela leur arrive » s’indigne la sociologue Danielle Nguepnang.

Batterie de mesures de sécurité

Pour venir à bout de Boko Haram, le gouvernement a mis sur pied une batterie de mesures de sécurité allant de l’interdiction du port de la burqua au recensement des cartes SIM,  en passant par les fouilles systématiques des véhicules et des personnes à l’entrée des villes et des bâtiments publics et des villes, la multiplication des patrouilles, les ratissages et rafles.

Plus déterminé que jamais à mettre hors d’état de nuire la secte islamiste, le Cameroun a procédé au renforcement de la présence militaire par le déploiement de 8.500 soldats dans les régions de l’Extrême Nord et du Nord, la fermeture des débits de boisson dès 20 heures, l’interdiction des commerçants ambulants et vendeurs à la sauvette, l’arrestation des enfants de la rue le soir dans les régions septentrionales. En outre le gouvernement a même expulsé près de 2500 citoyens nigérians du sol camerounais en juillet dernier. Autre mesure, il a décidé de condamner à six mois de prison ferme tous les citoyens qui ne possèdent pas de pièce d’identité et encouragé aussi les populations à dénoncer auprès des autorités toutes les personnes suspectes dans leur entourage. Autant de mesures mises en place par le gouvernement mais qui n’arrivent  pas à venir à bout de la nébuleuse islamiste.

Car, en dépit des dispositions de sécurité prises pour protéger les biens et les populations, Boko Haram  frappe encore le Cameroun. Mme Nguepnang pense qu’il est pour l’heure  difficile d’apprécier l’efficacité de ces mesures.  Boko Haram reste une nébuleuse  insaisissable et qui agit par lâcheté en utilisant des méthodes de guerre non conventionnelles. Il attaque là où on ne l’attend pas et surtout jette son dévolu sur des jeunes désœuvrés qui sont ensuite conditionnés pour être utilisés comme kamikazes.

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