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La nouvelle sexualité sans tabous des jeunes au Cameroun

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Englués dans une société postmoderne diluée et en mal de repères, de jeunes Camerounais vivent une sexualité débridée et dangereuse. Ils en parlent sans tabous ni complexes. Décapant !

Ce jour là, Armand, 24 ans attend Mireille chez lui à Bepanda. Le jeune homme occupe une petite dépendance dans l’enceinte familiale. Une petite chambre qu’il s’est employé à « astiquer » pour faire honneur à son hôte. « J’ai même acheté un déodorant de 1000 FCFA pour éviter des odeurs désagréables », commente cet étudiant en licence d’économie à l’Université de Douala. L’occasion est trop belle pour être manquée. Armand a croisé Mireille sur un site de rencontres camerounais et entend vite conclure l’affaire. « Quand on a échangé j’ai été clair avec elle, donc elle sait pourquoi elle vient », jubile Armand avant la rencontre. 18h, Mireille se pointe au carrefour dit « double balle » à Bepanda et passe un coup de fil à Armand décrivant son accoutrement du jour.

L’autre la rejoint et tombe des nues : « Ce n était pas celle que j’attendais elle a posté une photo qui n’était pas d’elle et quand je l’ai vu je n’en revenais pas » raconte dépité Armand. Si la déception de notre homme est aussi grande, c’est qu’il est conscient d’être passé à coté d’un bon coup : « si elle était à mon goût on serait tout de suite passé au lit. Ce n’est pas la première fois que je déniche une fille qui est prête pour le sexe. Il y en a de plus en plus sur le net » confesse-t-il.

Internet a simplifié les choses et les jeunes Camerounais s’en donnent à coeur joie. Irène, 23 ans, avoue ainsi avoir eu des relations sexuelles à deux reprises avec des mecs croisés sur le net : « ils étaient beaux et j’ai pas pu résister » avoue la jeune fille, étudiante en Médecine à l’Université de Douala. Et quand on lui demande si elle a au moins pris la précaution de se protéger lors de ces deux aventures sexuelles, le médecin en herbe surprend : « Je n y ai pas pensé, heureusement le deuxième mec était plus prudent et on a utilisé un préservatif ».

« Aujourd’hui on va droit au but entérine Georges, 22 ans. Certaines filles sont plus disposées à passer à l’acte, on n’a plus le temps à perdre ».

La trame est ainsi dessinée. Aujourd’hui plus qu’hier, les jeunes Camerounais s’adonnent au sexe sans la moindre précaution. Le quartier Essos à Yaoundé par exemple est un laboratoire de la débauche sexuelle juvénile. Il y a quelques mois encore, le carrefour dit Camp Sonel attirait de nombreux jeunes venus d’horizons divers prêts à passer à l’action. « Une fois, j’y suis allé raconte Armel, 19 ans. J’ai rencontré une ancienne amie de classe, on a bu jusqu’au petit matin et par la suite on est rentré chez moi où on s’est bien amusé ». Essos, le lieu est indiqué. L’alcool y coule à flot et beaucoup de jeunes franchissent le Rubicon. « On est bien loin de cette époque où on draguait une fille, où on l’emmenait au Cinéma, au restaurant, où on prenait le temps de la séduire avant de penser au sexe », déplore Alain au bord de la quarantaine et déjà si ringard. « Aujourd’hui on va droit au but entérine Georges, 22 ans. Certaines filles sont plus disposées à passer à l’acte, on n’a plus le temps à perdre ».

« Il n ya plus de salles de Cinéma, il n y a pas de lieux de loisirs sains, alors les jeunes n’ont plus que deux activités préférentiels : l’alcool et le sexe »

Comment expliquer ce déchainement sexuel qui s’amplifie au rythme des MST toujours aussi nombreuses et virulentes ? « C’est notre époque qui veut ça explique Paulin, 24 ans qui fait office de sage dans cet environnement de plus en plus dilué. Les jeunes ont accès aux films y compris les films X, du coup, ils veulent reproduire ce qu’ils regardent. C’est le prix de la mondialisation », constate le leader d’Agir, une association de jeunes du quartier Bepanda à Douala. Et si les jeunes sont ainsi ouverts à la dépravation sexuelle, c’est que le contexte s’y prête. Au Cameroun, les lieux de rencontres culturelles se sont progressivement éteints. « Il n ya plus de salles de Cinéma, il n y a pas de lieux de loisirs sains, alors les jeunes n’ont plus que deux activités préférentiels : l’alcool et le sexe », constate Alain toujours aussi nostalgique de son époque. Pour bien de jeunes, la mondialisation est ainsi un passe droit pour « sexer » à volonté. Les films X foisonnent sur internet et sont disponibles à 300FCFA en bordure de route. « Dans ce contexte, on assiste à une montée en flèche de maladies sexuellement transmissibles.

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« Beaucoup de filles font du sexe pour de l’argent. Il y en a qui se prostituent ouvertement, il y en a d’autres qui fignolent. Elles vont avec des vieux uniquement pour avoir beaucoup d’argent sans le moindre scrupule »

Il y a pire je connais plusieurs de mes camarades de classes qui ont dû interrompre leur scolarité parce qu’elles sont tombées enceintes », se plaint Paulin. Si les jeunes Camerounais regardent le monde qu’ils miment frénétiquement, ils sont tout aussi happés par un contexte local bien particulier. Au Cameroun comme dans bien de pays africains en proie à la pauvreté, des jeunes filles ont des rapports sexuels tarifés : « Beaucoup de filles font du sexe pour de l’argent. Il y en a qui se prostituent ouvertement, il y en a d’autres qui fignolent. Elles vont avec des vieux uniquement pour avoir beaucoup d’argent sans le moindre scrupule », signale Paulin. Christelle a 21 ans et depuis 3 ans elle couche avec un homme de 55 ans, de deux ans l’ainé de son père. Et sans mettre de gants, la coiffeuse qui sait jouer de son charme envoutant s’explique : « je sais qu’il pourrait être mon père mais je m’en fou. Avec lui je me sens bien et sexuellement il n’est pas très exigeant, on a des rapports deux à trois fois par mois et même s’il n’arrive pas toujours à me satisfaire sexuellement il me comble de cadeaux et d’argent et c’est ce que je recherche ».

Consciente de ce que cette relation avec un « vieux » était pour elle sans avenir, Christelle n’a pas voulu  rompre avec son petit ami âgé de 23 ans, mais ce dernier a fini par l’excédé : « il était trop exigent, il voulait avoir des rapports tous les jours et en retour il ne me donnait rien en plus, il a osé porter la main sur moi quand il a découvert que je voyais quelqu’un d’autre ». Fini le temps des scrupules. Des jeunes filles avancent à visage découvert sur le sentier d’une sexualité précoce et très souvent monnayée.

Sodomie et fellation

Une étude financée par la Fondation Rockefeller et réalisée en 2012 dans trois pays africains dont le Cameroun indique que pour satisfaire leurs besoins matériels, plusieurs jeunes filles s’engagent dans une activité sexuelle avec plusieurs partenaires ou avec des partenaires de passage. «J’ai des enfants; je ne peux donc pas avoir de rapports sexuels avec un homme s’il ne me donne rien», déclare Corine, une mère célibataire de 21 ans, interrogée lors de cette étude, avant de poursuivre : «J’ai commencé cette vie sexuelle parce que j’ai perdu mes parents; j’ai deux enfants et je n’ai pas de mari qui puisse m’aider à résoudre mes problèmes et ceux de mes enfants…

Cette vie me donne les moyens dont j’ai besoin pour résoudre les problèmes de ma petite famille, mais si je me marie ou que je trouve un emploi, je l’abandonnerai, car elle m’expose à beaucoup de risques». Selon la même étude les hommes, en revanche, adoptent souvent des comportements sexuels à risques pour satisfaire au maximum à leurs désirs sexuels. Les adolescents prétendent cependant que certains de leurs camarades de classe et amis le font pour des raisons d’ordre économique. Cela s’avère particulièrement vrai dans le cas de garçons issus de familles pauvres, qui reçoivent parfois l’aide de jeunes filles sous forme de travail (domestique, par exemple) ou d’argent, ou l’assistance de femmes mariées qui entretiennent parfois de jeunes célibataires en échange de faveurs sexuelles.

Cette sexualité débridée a forcément ses ingrédients. Les jeunes Camerounais essayent le sexe autrement et s’en défendent. « On ne peut pas faire l’amour comme papa et maman, argumente Armand, visiblement ravi d’aborder le sujet. Moi j’exige d’abord une bonne fellation avant toute chose, je suis aussi prêt à satisfaire ma partenaire, à faire ce qu’elle veut ». Toutes les 5 filles que nous avons interrogées dans le cadre de la présente enquête avouent avoir déjà fait une fellation à un partenaire sexuel. Deux d’entre elles sont mêmes allées plus loin et confessent s’être prêtées à un exercice de sodomie même si elles ajoutent qu’elles le faisaient surtout pour satisfaire un partenaire. Des propos qui ont le don de révulser Paulin, le « puritain » : « Il n’y a pas d’excuses à la bêtise, s’écrie-t-il. La sodomie et la fellation sont inacceptables avec toutes les maladies que nous connaissons ».

Son discours n’a pas beaucoup de chances d’être entendu. Lancés à toute vitesse dans le boulevard de la luxure, bien de jeunes Camerounais n’ont plus le releflexe de regarder dans le rétroviseur. Il est 20h au Carrefour « double balle » à Bepanda. Armand raccompagne Mireille après lui avoir offert un pot dans un bar du coin. Il s’arrête dans une boutique pour recharger son crédit internet. Une fille du quartier très avenante lui jette un sourire complice. Armand y répond sans grande conviction. « On se connait trop bien, elle ne cèdera jamais à mes avances, je dois aller chercher loin ». Loin, sur le net, ce village virtuel où tout est possible. Au programme ce vendredi pour Armand, un bon film X et une battue sur des sites de rencontres pour capter de nouvelles proies.

Hiondi Nkam IV

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