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La Lettre de Xavier Messè : Ce que Blanc veut…

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Les président François Hollande et son homologue camerounais  Paul Biya se prêtaient aux cérémonies protocolaires d’usage à l’aéroport de Nsimalen vendredi dernier. Pendant  ce temps, un journaliste camerounais qui  s’était mêlé à la meute de ses confrères français, de son  oreille indiscrète, il suivait une conversation se déroulant entre un journaliste de la suite  du président français et apparemment  un  conseiller à l’Elysée.

Ce conseiller susurre : « Ce n’est pas à Yaoundé que nous placerons nos Mirages, nos Airbus ou nos Frégates… Nous sommes ici pour obtenir de Paul  Biya la promesse d’élargir  Lydienne Eyoum. Michel Sapin serait venu seul signer la rallonge pour la construction du 2éme pont sur le Wouri, ou le financement des infrastructures routières de ce pays… ».

Ce conseiller savait de quoi il parlait. La suite est là : vendredi, face à la presse au palais de l’Unité, Paul Biya a lâché au sujet de cette avocate franco-camerounaise condamnée à 25 ans pour détournement des deniers publics : « …je verrai ce que je pourrai faire, si tel est le souhait de l’intéressée et si la constitution me donne les moyens de faire quelque chose, c’est de bon cœur que je le ferai ». En termes clairs, non diplomatiques, Paul Biya a promis à son homologue de France : « Nous  ne saurions  vous refuser quelque chose, cher collègue. Nous allons utiliser le droit que nous  donne la constitution pour gracier votre compatriote ». Ces propos apocryphes auraient meublé les entretiens du tête- à-tête entre les deux hommes. Pour le reste, c’est-à-dire la forme d’élargissement de Lydienne Eyoum et le moment choisi pour le faire, c’est le prince qui en détient la clé.

Quand il était encore Commissaire européen au Commerce, le Belge flamand, Karel De Gucht s’était rendu au Cameroun il y a un peu moins de deux ans. Sa mission consistait à « arracher » (le verbe est de lui) au Cameroun la ratification des « Accords de partenariat économique »  avec l’Union européenne. Au cours d’un entretien houleux que nous avions eu à ce sujet avec ce diplomate dont on connait la brutalité du verbe et ses méthodes dépourvues des finesses diplomatiques, très agacé par la pertinence de nos arguments contre la signature des Ape, le haut fonctionnaire européen trancha tout furieux en ces termes: « Nous ne parlons plus de signature des Ape, car votre président l’avait déjà fait. Nous sommes au stade de la ratification. Nous avons choisi de commencer par le Cameroun, parce que ce serait plus facile ici d’obtenir cette ratification  avant de continuer dans d’autres pays où les discussions s’avèreraient ardues ! »

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Notre discussion n’avait plus de raison de se poursuivre. L’Union européenne avait choisi Yaoundé pour commencer les démarches de la ratification des Ape. On disait là-bas du président Biya, qu’il ne serait pas difficile de tout obtenir de lui, si  la sollicitation venait de l’Occident ; il serait prêt à tout céder.  Les Camerounais sont  nombreux à partager ce sentiment : le chef de l’Etat a une abyssale sympathie, voire une incommensurable faiblesse pour le Blanc. Karel De Gucht, en se rendant au Cameroun pour les Ape, était conscient qu’il tenait là entre ses mains une arme efficace. Il en était de même de François Hollande quand, sous la pression des lobbies et de l’électorat  de son pays en faveur de Lydienne Eyoum, il a effectué le bref déplacement de Yaoundé afin d’exiger de son homologue l’élargissement de l’avocate. Pourtant, elle est coupable avérée d’un détournement des deniers publics.

La liberté de toute personne est un principe sacré. La détention devrait être une exception. Pourtant,  de nombreux dignitaires camerounais  sont en détention préventive depuis plusieurs années. On en est parfois à rechercher encore les preuves de culpabilité de certains de ces détenus. Parce que ceux-là ne sont pas  Français, parce qu’ils n’ont pas de lobbies, parce qu’ils ne votent pas en France, ils ne bénéficieront jamais d’une grâce présidentielle qui fit  sortir Michel-Thierry Atangana de ses 17 ans de prison.  Cette même grâce qui sera très probablement utilisée en faveur de Lydienne Eyoum.

Paul Biya, en tant qu’humain partageant l’espace terrestre avec ses semblables, a droit à ses préférences. La haute fonction que le pays lui a confiée l’oblige à faire passer les intérêts de la nation avant ses préférences. Cette haute fonction  l’oblige à respecter  et à faire respecter les lois et les règlements de ce pays, en donnant lui-même l’exemple. L’article 184 de notre code pénal, exclu du champ de remise de peine ou de grâce, toute personne ayant détourné plus de 500 mille francs Cfa. C’est le cas de l’avocate. Ce fut celui de Michel-Thierry Atangana.  La grâce prononcée pour le premier cas, se profile à l’horizon pour le second, le tout dans un perpétuel non respect de nos lois par celui-là même qui a  la lourde mission de les protéger. Ces  violations se font dans un seul but : ne pas déplaire aux Blancs.

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