Features

La Gouvernance de l’urgence

camernews-limbe-l’urgence

Le Cameroun accueille en 2016 et 2019 les coupes d’Afrique des nations féminine et masculine. Ces deux évènements qui charrient de fortes et légitimes attentes au sein de la communauté nationale sont en préparation dans les cercles du pouvoir, même si la communication qui devrait aller avec n’est pas au rendez-vous.

On sait tout de même que la conception, la réalisation, la maintenance, le financement de la construction ou de la réhabilitation de la quasi-totalité des infrastructures sportives devant abriter les matches des deux Can sus mentionnées ont été confiés à des entreprises chinoises. Sachant que le gouvernement camerounais est acculé par l’urgence, les « partenaires » chinois ne vont pas du dos de la cuillère pour ce qui est des montants à débloquer. Les offres des Chinois tendent même à accréditer la thèse du chantage.

Les autorités camerounaises, qui pendant près de quatre décennies, n’ont pas daigné poser la première pierre des stades pour accueillir des évènements de l’envergure de la Can, se contentant de lustrer bon an mal an, à diverses occasions, les stades omnisports Ahmadou Ahidjo et le stade de la Réunification, qui ne répondent pourtant plus aux standards internationaux en matière d’infrastructures sportives, ont donc du fil à retordre. La partie chinoise chiffre par exemple à près de 350 milliards les seules constructions du stade Paul Biya et du Stade omnisports de Yassa Japoma, à Douala. Va pour un nouvel endettement démentiel du pays, car, il faut bien le dire, il s’agit d’un prêt d’argent de l’Empire du milieu au Cameroun.

Tout ceci est la conséquence de la gouvernance de l’urgence qui gangrène le régime en vigueur au Cameroun. C’est généralement lorsqu’elles ont le couteau de l’urgence sous la gorge que les autorités camerounaises se grouillent. Sur le terrain du sport qui nous préoccupe ici, l’on peut, à juste titre, s’interroger sur ce que le gouvernement a fait du Programme national de développement des infrastructures sportives (Pndis), qui a été lancé début mai 2008 par le Premier ministre d’alors, Ephraim Inoni, en grande pompe, à Yaoundé.

Nous suivre ►► Facebook   Twitter   Instagram   Youtube 

Etalé sur dix ans (2008-2018), le coût de ce programme était estimé à 273 milliards Fcfa (fruit de la coopération sino-camerounaise). L’avènement du Pndis avait fait rêver plus d’un. Ce d’autant plus que la première des trois phases de ce programme visait la construction à Yaoundé (Olembé) d’un stade omnisports de 60.000 places et d’un stade d’entraînement de football et d’athlétisme. A Douala, l’on annonçait la construction d’un stade omnisports de 30.000 places et d’une piscine olympique. A Bafoussam et Limbé, des stades omnisports de 20.000 places et des palais des sports de 2.000 places devaient sortir de terre. Tout cela relève aujourd’hui d’un canular. Et, toute honte bue, on a pris les mêmes et on a recommencé !

La question qui se pose est à qui profite la gouvernance de l’urgence, qui a fait son lit au Cameroun dans tous les secteurs ou presque de la vie nationale ? Aux fonctionnaires toujours aussi avides de prébendes ? Aux cerveaux du « coup d’Etat scientifique » agité à tort ou à raison ? Au « maître du temps », adepte un tantinet morbide du pourrissement ? Au prince, plus préoccupé à contempler son gouvernail qu’à en user, sans pression aucune ? Sans doute, à tous ceux-là.

Et le peuple alors dans tout cela ? Et la postérité dans ce grand bazar ? « On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps », disait Abraham Lincoln. L’imprévision et le manque d’anticipation sur les dossiers relatifs à l’organisation des Can 2016 et 2019 sont susceptibles d’être des boomerangs pour le Cameroun. Il est encore temps de sauver ce qui peut encore l’être.

Alain Georges BOYOMO

Populaires cette semaine

To Top