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La France s’active pour la force régionale contre Boko Haram

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La France s’active en coulisses pour tenter de convaincre les Occidentaux de soutenir la force multinationale de 10.000 hommes destinée à lutter contre Boko Haram à l’heure où les succès engrangés sur le terrain face au groupe islamiste font espérer l’émergence d’un nouveau « modèle » d’intervention régionale.

L’Union africaine a souhaité le 6 mars dernier l’adoption « de toute urgence » d’une résolution au Conseil de sécurité de l’Onu – dont la présidence est assurée en mars par la France – et la mise en place d’un fonds spécial de soutien à cette force.

« L’Union africaine est sans doute l’organisation internationale régionale qui compte le plus a New York », souligne un diplomate français. « Quand elle est unie elle est entendue, mais ça ne veut pas dire que les choses sont faites. »« Il n’est pas certain qu’on arrive à présenter un texte sur cette force multinationale mixte au mois de mars, il y a des réunions préparatoires, on part plutôt sur début avril. »

L’adoption d’une résolution placée sous chapitre VII a l’avantage d’entraîner un financement automatique de la force, puisé dans les fonds dont dispose l’Onu.

« La sécurité dans cette zone est une responsabilité mondiale », a dit cette semaine à Reuters le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, en déplacement à Paris. « Nos pays sont en voie de développement avec des difficultés financières. Investir dans cette dépense militaire va largement au-delà de la capacité de ces pays qui ont besoin d’être aidés par d’autres pays qui ont des moyens plus importants. »

RETRAIT

Mais la partie est loin d’être gagnée au vu de l’absence de mobilisation de la communauté internationale et de la position de retrait adoptée par Londres et Washington sur Boko Haram.

« Beaucoup dépendra de l’attitude du Nigeria et du Tchad, membres non permanents en ce moment, pour que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis se prononcent », ajoute le diplomate.

Pour l’instant, la priorité pour Londres reste l’Amisom, la mission de l’Union africaine déployée en Somalie depuis 2007 pour épauler le gouvernement contre les islamistes et financée essentiellement par l’Onu, les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

« Chacun a des priorités. Pour eux ils ne veulent pas enlever à l’Amisom pour donner au Nigeria », dit un diplomate français. « Ils pourront difficilement faire les deux à leur niveau donc pour l’instant ils ne sont pas au premier plan mais ça ne veut pas dire qu’ils changeront pas. »

L’enjeu du financement de la force, dont le poste de commandement sera basé à N’Djamena, est crucial, souligne-t-on à Paris où l’on considère qu’une nouvelle « méthode » d’intervention par les acteurs régionaux est née ces dernières semaines.

« La dynamique a complètement changé grâce aux Tchadiens, aux Nigériens, et le Nigeria a repris l’initiative, ce sont des signes intéressants », estime un autre diplomate. « Il y a une méthode (…) et sur le terrain le moral des troupes a changé. »

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DEUXIÈME RIDEAU

L’offensive lancée depuis le début de l’année par le Tchad, le Cameroun et le Niger a porté un coup au groupe islamiste basé dans le nord du Nigeria et qui mène depuis plusieurs mois des incursions dans les pays voisins.

Boko Haram a été chassé en début de semaine de deux villes du nord du Nigeria à la faveur d’une action aérienne et terrestre du Tchad et du Niger.

« Boko Haram est en train d’être durement contré, à la fois par l’armée nigériane et par le Niger, le Cameroun et le Tchad », a déclaré lundi soir Laurent Fabius sur BFM TV. « Boko Haram se trouve donc pour la première fois dans une certaine difficulté ».

Dans ce contexte, la France – en deuxième rideau au Nigeria après être intervenue en première ligne en Centrafrique et au Mali-, n’envisage pas de réajuster son dispositif Barkhane déployé dans la bande sahélo-saharienne, indique-t-on à Paris.

La France, qui apporte depuis décembre son soutien en matière de renseignement aux pays du Lac Tchad (Niger, Nigeria, Cameroun, Tchad), a souligné à plusieurs reprises ces derniers mois qu’elle ne pouvait pas être la « seule puissance à agir ».

Paris a néanmoins mis en place fin janvier un détachement de liaison et de contact à Diffa, une ville du sud Niger, à la frontière avec le Nigeria, secouée par une série d’attaques.

« Le dispositif actuel (de la France) est adapté, Barkhane est orienté vers le Sahel et joue un rôle de réassurance », souligne une source diplomatique française. « Nous sommes en soutien en deuxième rideau derrière l’action des Africains. Cette situation constitue une sorte de modèle ».

COOPÉRATION RÉGIONALE

Au total, la force multinationale mixte comptera 10.000 hommes. Le Tchad, le Nigeria, le Cameroun et le Niger, ainsi que le Bénin, se sont d’ores et déjà engagés à fournir jusqu’à 8.700 soldats. A l’heure actuelle, plus de 3.500 soldats des forces régionales sont mobilisées.

Si les récentes offensives menées par le Tchad et le Niger font naître l’espoir d’une nouvelle page dans la coopération militaire régionale, rien n’est encore joué.

« Tous ces pays ont été en guerre les uns contre les autres, à l’exception du Tchad et du Nigeria, et il y a encore des conflits frontaliers importants », souligne Philippe Hugon, spécialiste de l’Afrique et directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques.

« La question de la suprématie du Nigeria n’est pas totalement acceptée de la part des autres pays, le Nigeria est très sourcilleux de sa souveraineté nationale, et ce n’est pas la même tradition entre pays anglophones et francophones : la mise en place d’une armée régionale pose les problèmes classiques des armées régionales », ajoute-t-il. Si la force régionale réussit, ce sera « une expérience plutôt nouvelle ».

© bvoltaire.fr : Yves Clarisse

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