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La France est-elle seule responsable de nos turpitudes?

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Dans la première partie de cette tribune, je dénonçais le plus grand complot de l’intérieur dont notre peuple est victime de la part du régime Biya qui, à travers ses agents et médias de la désinformation, instrumentalise la France dans le seul but de garantir à Biya une présidence à mort. La marche du 28 février dernier a été l’occasion pour ces agents d’entretenir cette idée du complot français contre notre pays.

En 2011, compte tenu du succès au Cameroun du « discours anti-français » de Gbagbo, j’avais mis en garde contre les dangers d’une récupération camerounaise de ce discours par le pouvoir. Depuis lors, des « intellectuels » et des politiques de tout bord lui ont préparé  le terrain: il peut aujourd’hui royalement se baisser pour récolter les fruits de cette fumeuse théorie du complot…

En réalité, Biya et ses partisans semblent tourmentés par le sort qu’ont connu certains dirigeants africains ces dernières années. La chute de Compaoré et le discours à Dakar de Hollande déconseillant de s’accrocher au pouvoir, ont aggravé la crainte d’un soulèvement. D’où l’adoption de la loi que je conseille d’appeler « loi anti-alternance ». Car, c’est laisser un avantage terminologique au pouvoir que de continuer à parler de loi anti- terroriste. On pourrait croire que les opposants à cette loi sont des défenseurs du terrorisme! Or, en parlant explicitement d’ « ‘insurrection générale », monsieur Biya s’est trahi et ne cherche donc  qu’à prévenir un soulèvement populaire. A moins de nous expliquer qu’Abubakar Shekau et ses hommes ont l’intention d’organiser une marche/manifestation …Or, le propre du terrorisme est la préparation secrète et la réalisation d’actes de terreur.

Ce sont les Camerounais que le régime Biya combat et pas la France. Ses victimes n’ont jamais été que des Camerounais. La condamnation à mort ne vise pas les Français. La France n’est pas responsable des projets de celui qui est encore prêt à tirer sur une population dont  il s’est vanté en juillet 2014 de lui avoir déjà infligé de nombreuses défaites. On ne peut pas se vanter d’avoir vaincu ou tué des Nationalistes, ceux-là qui se sont battus  pour une noble cause et vouloir jouer au héros anti-français. On ne se vante pas d’avoir vaincu son peuple ou des enfants aux mains nues comme en février 2008.
 
Comme le fiston Jabéa Christian (15 ans), ces élèves de 14 ans, 16 ans, etc. ont été mitraillés à Akwa- Douala. Le seul crime de certains parmi eux était d’aimer leur pays, d’avoir tenu un petit drapeau et dit « Vive le Cameroun! ». Le dieu-Biya ayant donné  l’ordre de tirer sur tout ce qui bouge, dans une « démocratie avancée » ou ayant « atteint sa vitesse de croisière » (Cf. discours de fin d’année 2014).  Était-ce aussi un ordre français? Sur quel parent de victimes ou quel peuple meurtri veut-on aujourd’hui compter pour l’associer à un pseudo-combat anti français? Panafricanisme opportuniste (du pouvoir et de ses agents Afrique Média, réseaux sociaux, divers médias) et diversion nationaliste au service de la confiscation du pouvoir. Transformer ses victimes en complices en vue d’avoir leur appui pour  perpétuer de nouveaux  crimes contre le peuple est une abomination. Ceux qui comme Mboua Massock, Ekanè, Hubert Kamgang, etc. participent (à travers les médias locaux) à cette imposture, en répondront peut-être un jour.

La thèse d’un Boko Haram soutenu par la France, les contes de fées et autres ragots de cette nouvelle secte appelée « panafricanisme », ne pourront enchanter que ses adeptes : « des militaires français blancs combattant pour Boko Haram ont été arrêtés »; « Fabius a envoyé une correspondance à Biya demandant leur libération »; « il est venu les chercher au Cameroun »; « des instructeurs français ont été surpris avec des chefs de Boko Haram »; « des chars et des armements français à destination de Boko Haram ont été saisis par le Cameroun »…

D’autres illuminés parlent d’une guerre médiatique de la France contre notre pays. Mais faut-il être branché sur RFI, France 24, etc. pour découvrir la mauvaise santé du Cameroun? Ces jeunes ayant raté leur avenir et fuyant le pays, ont-il besoin d’une manipulation française pour savoir qu’ils ont faim? Beaucoup d’entre eux sans parrain, à force de faire carrière dans le chômage, n’ont plus l’âge de présenter un concours (où la quasi-totalité des places sont réservées). Faut-il être manipulé pour savoir que le Renouveau a échoué? D’ailleurs, la clique au pouvoir devrait se passer des avions médicalisés et évacuations sanitaires et se contenter elle aussi des infrastructures des « grandes réalisations » ou « grandes ambitions »…

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« Boko Haram est juste un prétexte de la France pour renverser un homme, Paul Biya »(dixit Afrique Média). Non, ce n’est pas la France qui menace de le renverser mais son bilan négatif de 33 ans d’irresponsabilité, de gaspillage, de massacres, de dictature insolente. La France a-t-elle aussi donné un ordre à ces terroristes de nuire au Nigéria? La responsabilité du Nigéria est importante : Boko Haram, c’est aussi le produit de l’instauration début des années 2000 dans 12 Etats du Nord de la charia et des tribunaux islamiques.

On recherche des moyens pour aider les familles de victimes? Pourtant « la volonté et les moyens » ne font pas défaut en matière de répression. Combien a coûté au contribuable l’exécution de Guérandi? Combien coûte un séjour de la délégation du couple présidentiel à Genève ? Qui avait  demandé à Biya (pour un pays PPTE où le SMIG était encore à 28 mille Fcfa) de gaspiller quelques 900 mille € en 3 semaines à la Baule?  La France? Combien coûte l’entretien de la dictature?

L’Afrique n’a pas besoin de course au plus long règne. Nul ne peut être le seul président possible pour son pays. On ne peut pas toujours gouverner par la force. La souveraineté reconnue aux pays ne donne pas au dictateur un droit de vie ou de mort sur ses concitoyens. On ne peut pas demander, obtenir des soutiens internationaux pour renforcer son pouvoir et s’en féliciter et se plaindre d’ingérence en matière de répression ou de massacres qu’on voudrait à huis clos…

La principale faiblesse de l’Afrique, ce sont ses dirigeants illégitimes qu’on peut facilement faire chanter ou entrainer dans le bradage de nos ressources, leur seule préoccupation étant leur survie au pouvoir. C’est exactement comme un voleur qui brade plus facilement des biens usurpés…Méfiants de leur peuple, ils recherchent ou achètent (de diverses manières) à l’international une sorte de légitimité qui leur fait défaut à l’intérieur. Avec quoi va-t-on faire chanter de l’extérieur un dirigeant n’ayant aucune ambition d’éternisation ? L’échec de Kadhafi est avant tout l’échec d’un homme ivre de pouvoir. En refusant de céder le pouvoir (y compris à son propre fils), de partir comme Moubarak, Ben Ali, etc. Kadhafi a offert son pays à la destruction.

La véritable souveraineté est exercée par le peuple par délégation et non par le dictateur, fut-il possesseur de chars et d’avions… Ceux qui comme les Mboua Massock et autres portent fièrement le T-Shirt « Je suis Kadhafi », doivent savoir que tout peuple aura toujours le droit de demander la fin de 33 ans ou de 42 ans de règne. Qui a oublié les discours hallucinants de Kadhafi à la TV condamnant sa population à mort? Bien avant l’Otan, qui a été le premier à détruire son pays avec des avions bombardant la population, justifiant ainsi l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne?

Pourquoi préférer le chaos et  la destruction de son « œuvre » à un renoncement du pouvoir? Maladie du pouvoir ou  patriotisme? NON! Je ne serai pas Kadhafi, là où une autre voie de sortie est possible pour mon pays et l’Afrique. Car être Kadhafi, c’est aussi être Biya, c’est s’approprier l’Etat, c’est refuser l’alternance et préférer voir le pays aller au bout du chaos…Que des « panafricains » aillent donc convaincre Biya de quitter le pouvoir afin d’éviter de désigner demain  un certain coupable connu d’avance (la France)…

Et puis franchement, où se trouvaient d’importants fonds de la Libye/Kadhafi? Sinon en Occident? A qui cela profite-t-il si ce n’est encore aux plus grands prédateurs de l’histoire ? La bêtise se trouve pour l’instant du côté africain. Exerçons notre intelligence. Pourquoi les dirigeants occidentaux ne viennent-ils pas planquer leur argent chez nous? C’est toujours l’inverse qu’on observe. Pour des pays ne disposant pas de la défense atomique, la démocratie reste la meilleure arme contre le vol et le pillage des ressources africaines. Et il n’y aura pas de véritable Union africaine (voire Etats Unis d’Afrique) sans critères de cohérence démocratique, politique, économique, etc.

© Correspondance de : ITONDE DIBOUA

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