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La conspiration de la sottise autour d’Alexis DIPANDA MOUELE

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L’ancien premier président de la Cour suprême au Cameroun continue à alimenter la chronique. Pour une histoire controversée de départ à la retraite dans laquelle on voit plutôt un coup de tête de Paul Biya.

Limogé, ou simplement admis à faire valoir ses droits « mérités » à la retraite ? La question est encore loin de faire l’unanimité dans le landernau camerounais. Pour la majorité des concitoyens de Paul Biya, il vaut mieux penser à un coup de tête. Cette sanction qu’il a oublié d’armer contre ses créatures depuis des lustres. Tel est donc le paradoxe du Cameroun. Ce sont les mêmes qui peuples les hordes des opposants au Cameroun qui sont les premiers à revendiquer les coups de colère de Paul Biya. A chaque fois qu’un journaliste croit avoir levé un gros lièvre, il conclut invariablement son article par un laconique « la décision de Paul Biya est attendue ». De quelle décision parle-t-on ? De celle d’un « roi fainéant » qui a laissé prospérer l’inertie et l’endormissement, celle d’un dictateur invétéré qui n’écoute que le son de ses voix insondables, ou de celle du prince autocrate qui ne prend l’avis de personne depuis trente ans ?

Des vessies pour des lanternes

La scène politique camerounaise devient un beau spectacle de cirque lorsqu’on observe ses acteurs. Et surtout lorsqu’on observe ses journalistes qui ont mission d’éclairer la population, mais qui œuvrent plus sûrement à les abrutir. Ainsi, sur des histoires montées de toutes pièces, mal fagotés au coin on en est à demander les sanctions ou l’arbitrage du Président de la République. Mais tout est déconcertant dans ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler l’affaire Alexis Dipanda. Les hérésies des journalistes sont à l’origine de plus de dégâts et de mauvais tours d’attrape-nigaud que toutes les astuces de Raspoutine de  la terre.

La première rumeur de limogeage Alexis Dipanda remonte à près de dix ans. Le journal « La Détente Libre », un hebdomadaire paraissant à Yaoundé et dont le directeur de publication est réputé très proche de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, publie en quatre colonnes et trois lignes à la Une « Pourquoi Dipanda Mouele a été limogé ». Et de poursuivre plus loin, sur une démonstration plutôt alambiquée, que le premier président de la Cour suprême avait été limogé pour des faits de corruption dans la gestion du double scrutin législatives et municipales de 2007. Ces élections avaient vu la victoire, sur de mémorables empoignades au Rdpc, de Françoise Foning qui n’aura la victoire sauve que grâce à une délégation du comité central du Rdpc venu passer le mot d’ordre de vote lorsqu’on avait dû reprendre les élections à Douala v. L’ancienne maire de Douala v, aujourd’hui passée à la postérité, avait alors été accusée par le journal d’avoir « corrompu » Dipanda Mouelé avec une enveloppe de 300 millions, autant qu’un certain Oumarou Fadil, de Douala III. Les deux maires élus de la ville de Douala vont s’acheter des insertions dans les journaux pour démentir l’information, mais le mal était déjà fait.

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Or, à bien revisiter les faits. Le journaliste avait tout faux dès le début. Il n’avait même pas le début d’un soupçon de preuve pour se dédouaner avec une telle accusation servie à la populace, et il aggravait sérieusement son cas parce qu’il avait pris connaissance d’un communiqué paru en anglais dans Cameroon Tribune, et qui disait tout le contraire de ce que soutenait le journaliste. Paul Biya n’avait pas sanctionné le premier président de la Cour suprême. Le communiqué publié dans le quotidien national prorogeait plutôt la date de départ à la retraite du briscard de la justice camerounais. De là à y voir une sanction du Président de la République, il faut aller sonder dans le cerveau embrumé du journaliste.

Certainement, quand on prend des vessies pour des lanternes. Et mieux qu’une prorogation de deux ans, la rallonge a été de plus de huit ans pour Alexis Dipanda Mouele. On connait la suite. Attrait devant la justice, il va écoper d’une peine majuscule de 7 ans et demie d’emprisonnement. Une peine jamais enregistrée au Cameroun pour un simple délit de diffamation par voie de presse. On a vite compris, le journaliste était mal tombé, entre les mains de procureurs de la République, qui tenaient à montrer à leur « père spirituel » qu’ils savaient l’art du travail bien fait. Parce que, à 78 ans aujourd’hui, Alexis Dipanda a vu passer entre ses mains l’essentiel des magistrats qui sont aux affaires aujourd’hui.

La Nouvelle affaire Dipanda

Le journaliste de la « Détente Libre » va ainsi séjourner deux longues années en prison dans des conditions exécrables. Sa fille va décéder alors qu’il est en détention, il va lui-même être atteint d’une mauvaise affection qui lui vaudra une infirmité partielle. Mais on sait tous qu’il aurait pu être remis en liberté plus tôt s’il avait consenti à présenter ses excuses au PCS pour la bourde qu’il avait commise. Mais l’affaire Dipanda n’est pas classée pour autant. A 80 ans bientôt, il pète la forme. C’est le moins qu’on puisse dire. On l’a vu à l’œuvre, pour la proclamation des résultats du dernier scrutin législatif municipal.

Huit longues heures à lire les procès-verbaux, circonscription par circonscription. Sans à aucun moment se lever pour aller au petit coin. On ne sait pas quelles fortes doses de quelle méchante drogue on a administrées au vieillard, mais dans les chaumières au quartier, on lui a voté une place dans le livre Guinness des records. Conséquence, au lieu de voir en Alexis Dipanda l’image d’un vieux fatigué qui aspire normalement à se reposer, on cherche absolument dans cette paisible retraite le signe d’une colère de Paul Biya. On ne parle plus de faits de corruption, mais de fait de bravade à la haute souveraineté de l’Etat. C’est peut-être lui, très certainement soutient-on, qui aurait ordonné l’abandon des poursuites contre Jean Marie Atangana Mebara, l’ancien secrétaire général de la Présidence de la République.

Si un premier Président de la Cour suprême, qui reçoit les pourvois en cassation des victimes de l’opération épervier, ne peut pas dire son avis en âme et conscience, ce n’est plus de la justice camerounaise qu’il faut se plaindre. Mais bien des journalistes qui veulent d’une justice libre, mais qui veulent en même temps que les « éperviables » n’aient jamais de salut nulle part.

David Serge Behel

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