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Kolofata désormais ville fantôme après l’attaque

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Kolofata, mardi 5 août 2014,. 13 h. Armes d’assaut en bandoulière, quelques éléments du Bataillon d’intervention rapide (Bir) sont à pied d’oeuvre pour remorquer un pick-up encastré dans un mur du bâtiment de l’ancienne maison de transit, sise à un jet de pierre du poste des Douanes de la ville de Kolofata. Après avoir délimité un périmètre de sécurité, ils s’affairent autour de l’engin dont l’avant a été embouti par un violent choc. Cette voiture criblée de balles témoigne vite à l’étranger l’ampleur des combats qui s’y sont déroulés le 27 juillet 2014 au petit matin.

Sous un ciel nuageux synonyme d’une pluie prochaine, les militaires se pressent. «Hop, plus vite. Le temps presse. Pluie imminente !» instruit le chef de l’équipe dans un langage militaire. L’opération s’achève une dizaine de minutes plus tard. Par des émetteurs flanqués sur leurs poitrines, ils reçoivent de temps en temps les instructions du chef de bataillon, Clément Garanson. Le commandant de la zone Sud de l’opération Alpha plus discret, observe, se renseigne ou instruit.

Ses hommes, eux gardent les yeux ouverts. Pour lui, la coopération des populations est capitale. La mission qu’ils effectuent couvre une zone assez délicate dans le dispositif de la secte islamiste. Dix jours après l’assaut des membres de la secte Boko Haram, le calme est revenu à Kolofata. Mais la crainte et la peur ont grandi. Même les commerces aux abords des rues ont disparu. Quelques boutiques sont néanmoins ouvertes pour permettre aux populations de s’approvisionner.

D’aucuns préfèrent désormais faire leurs emplettes les dimanches, jours de grand marché à Mora. «Depuis l’attaque, certains commerçants de vivres ont cessé de venir nous approvisionner en légumes par exemple. Heureusement, c’est la saison des pluies. Nous pouvons aller cueillir ceux qui poussent dans les champs. Mais pour combien de temps ?», explique Hadidja, la peur au ventre. C’est que dans la ville, les impacts de balles sont encore visibles sur les édifices publics, le centre de santé, les écoles, le poste de douane et certaines habitations. Les douilles des balles sont encore visibles aux endroits où les combats ont été les plus intenses.

Notamment à l’entrée de la ville, précisément au poste de Douane où on peut voir l’épave d’un des véhicules du Bir. «Ces combats ont eu lieu à un jet de pierre du pont qui avait été miné ce jour-là par les membres de Boko Haram», croit savoir un jeune étudiant natif de Kolofata. Selon Abakar qui habite non loin de là, une embuscade avait été tendue aux éléments venus en renfort. Non loin de l’école publique pilote de Kolofata groupe II, Seini Blama Adji, directeur de cette école publique regarde les yeux hagards, les impacts de balles sur le portail de l’école qu’il dirige. Le jour de l’attaque se souvient-il, il n’était pas loin de l’établissement scolaire primaire où les cours de vacances s’y déroulent d’habitude.

Le directeur d’école constate que la classe de CM2 été criblée de balles. De même que son bureau. Aujourd’hui, il envisage de quitter Kolofata. Son fils de 13 ans est encore traumatisé par l’attaque du 27 juillet. Celui-ci, explique-t-il se réveille toutes les nuits en sursaut et crie chaque fois comme pour évacuer l’effroyable souvenir du jour de l’attaque. «S’ils arrivaient à nouveau, peut-être ils m’auront. Les assaillants ont scandé des School, Haram. J’ai peur», s’inquiète l’instituteur. Une inquiétude qui a gagné toute la région.

DÉMÉNAGEMENTS

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«La ville se vide chaque jour un peu plus. Nous enregistrons des départs en masse des familles qui quittent Kolofata pour Mora. Ils y débarquent avec femmes et enfants. Et n’hésitent pas à transporter tout ce qui peut l’être», affirme Akaou Babila préfet du Mayo-Sava qui envisage une descente dans l’urgence pour rassurer ces populations traumatisées. «Aujourd’hui, plus de 500 personnes ont quitté la ville, pour la plupart des fonctionnaires. Il faut pouvoir se rendre auprès de ces personnes pour les réconforter. Cela va de soi, car lorsqu’on a vécu une journée effroyable, il y a de quoi craindre pour sa vie. Surtout que ces populations n’ont jamais vu de leur vie de scènes de guerres d’une telle violence», poursuit le préfet du Mayo-Sava qui a sous son autorité les arrondissements de Tokombéré, Mora, mais aussi et surtout Kolofata violemment agressé.

Des policiers au poste de police de Kourgui à l’entrée de Mora affirment que les véhicules qui viennent de Kolofata ne sont plus ceux qui autrefois étaient chargés de marchandises en provenance du Nigeria voisin via Limani, Banki ou Kerawa, mais des pick-up de déménagements. Avec des familles juchées sur les bagages. A Kolofata, plus aucun bruit d’enfants qui s’amusent en cette période de vacances. Pas un villageois qui passe. Les quelques personnes qui y circulent encore sont pour la plupart des éléments du Bir qui patrouillent dans la ville. A l’entrée de la ville, il faut montrer patte blanche à ces hommes armés jusqu’aux dents. Tout étranger dansla ville est d’ailleurs vite repéré et longuement interrogé, comme ça été le cas pour le reporter de L’oeil du Sahel, arrivé à  bord d’une motocyclette.

Il faut dire que les motocyclettes font partie des armes utilisées par les membres de la secte islamiste ayant mis à sac la maison du Vice-Pm et celui du maire de Kolofata au petit matin du dimanche 27 juillet 2014. Les automobiles étant devenues rare depuis l’incident, seules ceux appartenant à l’armée vrombissent dans les rues de la ville devenue presque fantôme. Toutefois, quelques trafiquants de zoua-zoua traversent courageusement la ville. «Ce qui s’est passé à Kolofata n’est pas un jeu d’enfant. Les assaillants, ne sont pas non plus des enfants de choeur. Ils ont pris le contrôle de la ville. Leurs techniques sont si bien orchestrées.

Trois contingents étaient à la manoeuvre. Un à bord des véhicules, un autre à bord de motos et les derniers marchant à pieds», explique un haut gradé de l’armée en patrouille dans le coin. Pour lui, des efforts doivent être faits de part et d’autre pour traquer l’ennemi. «En premier lieu, les populations devraient collaborer pour donner le moindre indice», rappelle le militaire. Cependant, cette idée est diversement appréciée au sein des populations. Car, les relations militaires et populations souvent mise à mal par les exactions perpétrées ces derniers jours par les membres de la secte à l’endroit des villageois. Selon des sources sécuritaires, plus de neuf autres personnes ont été enlevées après l’attaque de la résidence.

Parmi elles, des membres du comité de vigilance. Par crainte de représailles, les villageois se méfient de tout le monde. Et depuis l’attaque, pas un seul jour n’est passé sans qu’il n’y ait enlèvement des villageois et des assassinats. En l’espace de trois jours selon des sources officielles, sept personnes ont été tuées par des inconnus dans l’arrondissement de Kolofata. Le village Bornori a aussi connu deux pertes en vies humaines et Bourvari, cinq. En plus de ces exactions, des têtes de bétail, sont aussi enlevés.

© L’Oeil du Sahel : ALAIN MAZDA

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