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Kamouna : 12 morts dans un raid de Boko Haram

Boko-Haram-fotokol-Cameroun

Tout le village incendié. Dans la petite bourgade frontalière de Kamouna située à seulement quatre kilomètres de la localité de Bargaram où est stationné un détachement de l’armée camerounaise, plus l’ombre de la présence d’une vie humaine n’est visible.

Les quelque trois cent habitants, rescapés de l’assaut meurtrier lancé par la secte Boko Haram dans la nuit du 19 juillet 2015, ont été évacués le lendemain par les forces de défense et de sécurité. Outre la difficulté pour l’armée camerounaise à sécuriser ce village situé en face de Saguir, bourgade nigériane occupée depuis des lustres par Boko Haram, les problèmes de logement allaient vite se poser pour les survivants.

En effet, seule une dizaine de cases a échappé au feu des assaillants. Kamouna, localité de l’arrondissement de Hilé Alifa, ressemble donc à un cimetière. Avant de décamper, les populations ont tout de même pris soin d’inhumer leurs morts. Il s’agit d’Issa Haroun, Djibrine Haroun, Haroun Abdourahman, Hamidou Ali, Fane Abdourahman, Guisseré Abdourahman. Et aussi de cinq membres de la «famille Djimé» dont Djabré Djimé, Fané Djimé, Adjidé Djiné, Abdoulaye Djiné et Mahamat Djiné. A ces 11 personnes enterrées au cimetière du village, s’ajoute la mort d’une fillette qui laisse son père, Garga, dans une douleur indicible. Les populations sont parties chercher la sécurité ailleurs, sans que son corps n’ait encore été retrouvé, perdu sans doute dans les champs de maïs entourant le village.

L’on dénombre également trois blessés par balle : Hassana Abouras, Ramada Djiné et Dogo Romo. De plus, 25 autres personnes ont été brûlées lors de l’incendie de leur maison. Pourquoi Kamouna a-t-il été attaqué dans la nuit du 19 juillet 2015, alors que les combattants de Boko Haram sont depuis plusieurs mois stationnés à Saguir, à trois kilomètres de là ? Toutes les sources concordent pour dire qu’il s’agit d’une opération de représailles.

EXPLICATION

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Cest que lors de la prise du village Saguir par la secte, de nombreuses personnes s’étaient réfugiées∑ à Kamouna, en territoire camerounais. Parmi ces réfugiés, certains retournaient de temps à autre dans leur village pour poursuivre leurs travaux champêtres ou récupérer leur matériel de pêche. Aussi, la secte a-t-elle sorti une directive : seuls ceux qui habitent Saguir peuvent poursuivre leurs travaux champêtres ou s’adonner à la pêche. En clair, il avait été laissé aux refugiés de Kamouna le choix de rester au Cameroun ou de revenir à Saguir se mettre sous la coupe de Boko Haram.

Contre toute attente, certains refugiés ont cédé aux instructions de la secte, à l’instar de Mahamat Alhadj et de son épouse Fané Moussa. «Tous ceux qui sont retournés à Saguir, sont devenus des membres de Boko Haram. La secte ne leur a pas laissé le choix. Nous savions tous que Fané Moussa et son époux étaient des BH, que le couple n’habitait même plus Saguir, mais quelques kilomètres plus en profondeur», raconte Mahamat, un survivant de Kamouna. Une information qui sera donnée à l’armée camerounaise. Résultat: le 17 juillet 2015, Fané Moussa est interpellée par l’armée camerounaise à Gorétalgoutoum où elle y avait été conduite par ses parents pour recevoir des soins. La suspecte est par la suite transférée à Makary.

«Ses parents ont déclaré que les militaires leur ont exigé de l’argent en échange de sa libération. Ils n’ont cependant rien versé. Quand des militaires véreux sont prêts à libérer des BH en échange du bakchich, cela nous décourage. Pourquoi collaborer dans ces conditions ? Pour que les mêmes BH viennent nous tuer par la suite ?», s’exclame un habitant de Kamouna. Selon plusieurs sources, l’attaque de Kamouna se situerait dans le registre de représailles à l’endroit des populations soupçonnées d’avoir informé les autorités, informations qui ont conduit à l’arrestation de Fané Moussa. Après Kamouna, c’est une autre bourgade, Karforam, qui est désormais sous la menace de la secte. Peuplé d’environ 200 âmes, ce village de pêcheurs est plus que jamais sous la coupe de Boko Haram. Dans la journée du 21 juillet 2015, ils ont d’ailleurs pris possession du village avant de se retirer tard dans la nuit.

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