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Joseph Antoine Bell: « François Hollande est un homme qui dit la vérité et qui n’a pas peur…»

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Le footballeur retraité commente le mea culpa du président français au sujet des crimes comis par son pays contre les nationalistes camerounais. Dans cet entretien, il revendique son appartenance à l’Upc originelle.

Lors de sa dernière visite au Cameroun, François Hollande a annoncé, parlant de la lutte pour l’indépendance du pays, que les archives seraient ouvertes à l’intention des historiens. Que dites-vous de cette promesse ?

Peut-être n’avons-nous pas suffisamment  revendiqué ou alors peut-être que François Hollande est précisément différent de ses prédécesseurs. Généralement, les archives les plus secrètes sont ouvertes après 50 ans or les 50 ans sont passés depuis. Je pense moi, à ce qui s’est passé en 1955 et notamment en 1958 aussi. C’est-à-dire l’assassinat  de Ruben Um Nyobè. Il y a longtemps qu’on aurait dû déclassifier les archives. Nous nous devons de tirer un coup de chapeau aux deux présidents.  Parce que si c’est possible aujourd’hui, c’est un problème de personnalité. Personnellement, j’apprécie ce que fait François Hollande. Lui, il a déjà dit ce qui était difficile pour d’autres, qui était attendu par nous autres, quelques-uns depuis  longtemps, ce qui était subodoré par certains. Ceux qu’on a appelés terroristes et maquisards au Cameroun étaient des indépendantistes que l’on a froidement et méticuleusement abattus, tués, quelquefois égorgés. Et que cela a été fait par des gens qui représentaient la patrie des droits de l’Homme.


Sur votre page facebook, vous affichez des livres qui traitent du combat pour l’indépendance du Cameroun. Vous dites en substance qu’il existait déjà des archives. N’est-ce pas marquer votre désaccord avec François Hollande ?

Non ! De toute façon tous ces livres-là s’appuient sur des témoignages oculaires mais aussi sur des recherches universitaires et qui s’appuient forcément elles-mêmes sur les archives qu’il va mettre à la disposition de tous ! Oui, ceux qui ont écrit ces livres ont vu des choses, des archives auxquelles tout le monde  n’avait pas accès. Donc, je ne suis pas en désaccord avec le président français. Bien au contraire j’appuie. Je dis simplement que pour les Camerounais qui auraient eu la volonté  de savoir ce qui s’est passé, il y avait déjà des sources. Aujourd’hui ils vont être plus publics encore et certainement plus nombreux et ainsi de suite. Mais c’était pour dire qu’il y avait des sources qui existaient et qui permettaient aux uns et aux autres de savoir.


La France prend cette décision un peu tard alors ?  

Elle prend cette décision peut-être un peu tard, mais  ce sont les événements qui révèlent les gens. Donc, moi je crois que c’est sa position en tant que président de la République qui révèle qui est François Hollande. C’est un homme qui dit la vérité et qui n’a pas peur de pouvoir lever des tabous.


« L’UPC n’était pas une couleur de maillot, l’UPC était un esprit »


L’on vous retrouve là dans la posture d’ « Upéciste convaincu », de nationaliste acharné.  Seulement, l’on pourrait se demander si Joseph Antoine Bell ne perçoit pas la contradiction idéologique qu’il y a à être Upéciste et membre du Rdpc…

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Oui justement ce sont ces questions-là qui révèlent tout le mal qu’on nous a fait. Parce que ça prouve que nous ne comprenons pas notre histoire. Le Rdpc n’a jamais été le rival de l’Upc. Je mets au défi quiconque à ce jour, avec toute la science, de pouvoir me dire qu’un corps qui serait dépecé et remis par décret en vie 40 années plus tard serait le même.  Je veux par là dire que l’Upc de laquelle on parle quand il s’agit de l’indépendance du Cameroun, je regrette, n’est pas l’Upc  de depuis 1991, laquelle Upc ne l’oublions pas, est d’ailleurs partenaire du Rdpc. On ne doit pas oublier cela. Maintenant, je voudrais qu’on fasse un petit peu d’histoire. Par rapport au passé et à notre indépendance, à notre émancipation, ceux qui n’étaient pas Upécistes  en 1955  étaient quoi ?  Il n’ y  a que ceux qui avaient l’âge et ceux qui ont étudié la question comme moi qui pourraient comprendre. Il faudrait comprendre qu’à cette époque-là les Camerounais n’étaient pas libres. N’étant donc pas libres, étant contraints aux travaux  forcés, ayant une assemblée qui ne légifère pas, l’Upc étant sous tutelle, l’Upc qui revendiquait que l’on fixe la date de la fin de la tutelle, qu’on mette en place une assemblée nationale, l’arrêt des travaux forcés. Celui qui à cette époque, sous ce régime-là, n’était pas Upéciste, lui, demandait quoi ? Il était donc pour que la tutelle ne s’arrêtât jamais ? Il était pour que les travaux forcés continuent ? Je veux par là dire en clair, qu’en 1957, tous les Camerounais étaient Upécistes parce que tous les Camerounais voulaient l’indépendance, la liberté. Quelques individus qui ont fait le fayot et qui eux, disaient être avec l’oppression.

Aujourd’hui, la preuve c’est que cette indépendance que revendiquaient l’Upc, tout le monde en jouit et tout le monde est content. Et que aujourd’hui, le président français trouve que c’étaient juste des indépendantistes.  En France, on aurait parlé de résistants. Aujourd’hui encore on va les exhumer pour les mettre au Panthéon. Parce qu’on sait ce qu’on leur doit. L’Upc n’était pas une couleur de maillot, l’Upc était un esprit. Certains essaient de récupérer la couleur du maillot, mais il ne s’agit pas de ça. Aujourd’hui, l’Upc qui a été dissoute en 1955, réhabilitée par Monsieur Biya en 1992… Calculez et dites-moi quelle association qui a été dissoute si longtemps peut survivre. Et surtout, qui peut me dire quel est l’ancien dirigeant parce que quoi que vous disiez, pour vous ramener au foot, on parle souvent d’une équipe nationale sans âme. Cela veut dire que lorsque vous avez enlevé l’âme de quelqu’un il ne vit plus. Si celle de l’Upc est partie, on ne peut pas penser qu’elle ait survécu 40 ans après et qu’il suffit d’un décret pour qu’on ait l’Upc. On a bien vu que ce n’est pas l’Upc. Et d’ailleurs si je devais donner ma position, à ce sujet, je pense que nous aurions dû, au nom du respect que nous avons pour notre indépendance et pour nous-mêmes, je pense qu’en 1992  la libéralisation aurait dû s’accompagner de l’interdiction définitive d’utiliser le sigle Upc. Simplement, parce que l’Upc appartenait à tous les Camerounais et à la lutte pour l’indépendance. Or le colon ayant procédé au meurtre de l’esprit des Camerounais qui est le vrai meurtre qui ‘il a perpétré, qui nous a valu le respect de  tout le monde en Afrique et hors d’Afrique,  nous nous sommes fait beaucoup de mal en ne voyant pas cela. Quand on a ouvert, l’Upc c’était K, l’Upc N, Z et l’Upc toutes les lettres de l’alphabet.

Propos recueillis par Robert Ndonkou

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