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Jean Pierre Essome: «…Ama Tutu Muna a montré son incompétence…»

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Jean Pierre Essome Auteur-compositeur camerounais avec à son actif plusieurs titres à succès en 12 ans de carrière notamment «Sabitou», «Tchakala», «La femme du voisin», «Jakarta », «Golgotha», «C’est comme ça la femme» et pas mal d’autres encore, Jean-Pierre Essome ne compte pas mettre un terme à cette aventure de si tôt; alors qu’il est sur le point de commettre un nouveau single sur le marché, ce dernier se dit exaspéré au regard des misères dans lesquelles baignent les artistes camerounais.Voici son coup de gueule à l’endroit de ceux dont il pense en être les responsables.

Aujourd’hui, vous totalisez combien d’albums et à quand remontent vos débuts ?

J’en ai 12 au total, qui je le précise ont été tous des tubes; il faut dire que je me lance en 1998, donc ça va faire 16 ans aujourd’hui que j’exerce ma carrière d’artiste.

Combien de temps avez-vous mis entre votre avant-dernier projet et celui qui vient de sortir ?

Bon, là je reconnais que j’ai mis un peu plus de temps que d’habitude; ça m’a pris 3 ou 4 ans. Vous savez, avec tout ce qui se passe en ce moment dans la culture, avec l’arrivée de Mme Ama Tutu Muna au ministère des arts et de la culture et le ras-le-bol des artistes relativement au problème de droits d’auteurs, nous nous rendons de plus en plus compte qu’au lieu que le gouvernement nous accompagne, il est plutôt en train de nous écraser, de nous exploiter et de nous empêcher d’entrer en possession de ce qui nous revient. Donc, c’est toute cette problématique qui fait qu’au lieu que l’auteur se concentre sur la production de nouvelles œuvres soit plutôt obligé de réfléchir à comment il pourra rentrer dans ses frais après autant d’investissements. C’est vraiment épouvantable !

Est-ce que Jean Pierre Essome perçoit encore ses droits ?

Non; depuis 8 ans je n’ai plus eu un seul franc, et je n’ai jamais plus été invité aux manifestations officielles, même aux cinquantenaires du Cameroun j’ai pas été invité, pourtant je pense que j’ai quand-même marqué les esprits pendant cette période.

Êtes-vous en train d’insinuer que vous faites partie de la liste des indésirables du Minac ?

Je pense que oui, nous sommes des indésirables, tout simplement parce que nous voulons que l’artiste puisse vivre de son art, que les politiques nous permettent de vivre de notre art et que la ministre arrête d’exploiter les artistes. Voyez-vous, toute l’actualité tourne autour de la musique, de la souffrance des artistes; Jean Bikoko Aladin est mort sans avoir perçu ses droits, c’est le même son de cloche chez la majorité des artistes qui meurent sans avoir eu leur droits, moi par exemple j’ai 12 albums sur le marché et ça fait 8 ans je n’ai pas un seul franc. Nous avons porté plainte jusqu’au tribunal et la chambre administrative de la cour suprême avec 9 décisions de justice rendues à la faveur des artistes, mais aucune décision n’est appliquée et ni le Chef de l’Etat ni le Premier ministre, personne ne dit rien.

Une solution serait en passe d’être trouvée, car le comité Ad hoc aurait achevé le toilettage de la liste d’artistes légalement reconnus…

Non, le comité ad hoc c’est une mascarade, pour la simple raison que la seule chose à faire c’est de repartir vers la Cameroon Music Corporation (CMC), déjà parce que le droit d’auteur n’est pas national il est international. La CMC est reconnue à l’international; autrement, ce serait comme si le Cameroun avait décidé de créer une fédération de football qui n’est pas reconnue par la FIFA.

Vous ne faites pas confiance au président Sam Fan Thomas avec qui vous êtes pourtant ami ?

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Non, ça n’a rien à voir avec l’amitié, excusez-moi mais cet homme n’a ni la compétence ni la qualité pour pouvoir gérer les choses; quel est son background ?

C’est ça la question, parce qu’il s’agit des vies des auteurs, des vies des artistes. Alors il ne faudrait pas poser des actes par opportunisme ou bien par cupidité comme le fait Sam Fan Thomas. Et c’est ça le problème qu’a eu Prince Eyango. Je ne sais pas pourquoi il est allé se présenter à une élection qui à la base était déjà fausse…

Il l’a pourtant gagné…

Oui, mais il a gagné dans la boue; les statuts ne permettent pas à la ministre de convoquer une élection, donc quand elle décide de convoquer cette élection et que Ndédi Eyango s’arrange à y participer, il est dans le faux, et si tu joues avec le diable ne soit pas surpris de te retrouver au cimetière.

Pourtant à vous voir, on n’a pas l’impression que vous souffrez ; pourquoi continuez-vous à produire des œuvres, si le système est autant pourri ?

Oui, je produis des albums parce que j’aime la culture et parce que j’essaye de faire autre chose; or, vous-même vous constatez que le niveau n’est plus le même quant au suivi, l’intérêt qu’on portait à la culture a disparu.

Avant, pour produire un Jean-Pierre Essome il fallait investir plus d’une dizaine de millions, est-ce encore le cas aujourd’hui ?

Bien sûr parce qu’il faut de la qualité, et pour avoir de la qualité il faut investir; et c’est pour ça que nous nous battons. Voyez-vous, Sam Mbende, débouté par la ministre est président de l’Alliance panafricaine des auteurs compositeurs de musique (Pacsa en anglais) ! Vous voyez où je veux en venir… Des individus sont là, ils veulent détruire le pays et vous voulez qu’on reste là sans rien dire ? C’est pas possible ! La ministre Ama Tutu Muna a montré son incompétence, alors je pense que le Chef de l’Etat doit prendre ses responsabilités en la faisant partir de là et mettre quelqu’un de capable. Ce qu’elle fait c’est une mascarade; la CMC est mieux avancée qu’elle. Tout ceux qui sont à la Socam sont dans l’illégalité, parce que quand on signe dans une société de droits collectifs, c’est pour 10 ans, mais curieusement, personne d’eux n’a pourtant démissionné pour la SOCAM. Ce comité ad hoc dont vous parlez est en train de pomper l’argent des artistes et ne produira aucun résultat. Honnêtement, la CMC était dans une lancée où les artistes devaient être à l’aise; elle pré-finançait même les séances studio de pas mal d’artistes en guise de soutien. Près de 200 artistes en ont bénéficié.

Que faut-il faire selon vous ?

Ce que la ministre doit faire c’est de sécuriser l’environnement des artistes; c’est-à-dire que tous ces jeunes qui font dans la piraterie, qu’on les transforme en vendeurs de CD originaux et vous verrez un changement. Mais on me dit qu’elle a pris des milliards pour des appareils de sonorisation; donc vous voulez me dire que chaque appareil a coûté 50 millions ? Vous constatez vous-même qu’elle est là pour se servir et non pour nous servir. Et on a comme l’impression que c’est de l’incompétence ou de la complicité avec des pirates, parce qu’aucun discours n’a jamais été fait à l’encontre de ces derniers. Vous ne pouvez pas me dire que vous êtes un ministre des arts et de la culture, les cinémas meurent parce qu’on vend des cd en route, la musique meurt parce qu’on fait pareil, et que vous restez là comme si de rien n’était ? ça doit changer.

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