Blogueurs

Je suis camerounais, mon pays est une église où on fume de l’opium

Il y a des nouvelles qui me font sourire. Ces derniers jours j’ai entendu des choses vraiment amusantes. D’autant plus amusantes qu’elles concernent les deux camerounais les plus célèbres de l’heure: notre roi, Dieu le père, trentenaire (au pouvoir), et son fils le Messie, qui veut battre le record de son père (dans le foot) Samuel Eto’o.

Donc, comme je le disais, j’ai appris la décision de Samuel de se retirer de la sélection nationale.

Père, s’il te plaît éloigne de moi cette coupe pleine de kongossa et malbouche. Bon, j’avoue que je n’ai pas beaucoup cru à tout ce cirque hein? Un lion qui te dit qu’il devient végétarien. Si c’est pas la sorcellerie c’est quoi ?

Ensuite, coup de théâtre, ou presque. Notre bien-aimé Samuel Eto’o décide de faire son come-back à la Ben Decca (mon frère! qui t’a chassé?) et comme si cela ne suffisait pas, on apprend que le Messie sera reçu dans le temple de son père à Etoudi pour négocier les conditions de son retour. Euye!

D’habitude les gens disent que je passe mon temps à dénigrer mon pays etc. Mais sur ce coup…

Quand j’ai appris hier que notre roi se rendait au Vatican, j’ai ri hein? Je me suis demandé : mais Père! pourquoi n’emmènes-tu pas ton Fils, notre sauveur dans ta valise ? J’ai vraiment rigolé hein. Car tandis que notre roi ferme à tout va, via ses larbins de la préfectorale, les églises de réveil, il devrait songer à fermer sa propre église. En fait, j’hésite entre église et fumoir. Oui, depuis trente ans, on vit dans une église d’endormissement, dans laquelle on nous a inventé un Dieu, créateur de paix sans qu’il ait trouvé de guerre, et dont le fils Samuel Eto’o, né suite à une diarrhée de Job le camerounais, en coupe d’Afrique de foot, est le Messie.

Même s’il me sert de bouc émissaire, ce n’est pas une affaire personnelle avec Eto’o hein? C’est de comprendre pourquoi personne ne se rend compte à quel point on nous enfume avec cette histoire de foot. Jugez vous mêmes :

Il n y a pas d’eau, les gens se la font livrer par les pompiers, qui eux même n’ont jamais d’eau pour les incendies.

Dieu le père, Roi du Cameroun fait appel à son fils.

Réponse du fils: coup de tête à un journaliste en pleine conférence de presse.

Attitude des camerounais: on oublie l’affaire de l’eau, on se bat dans les rues pour savoir si Eto’o avait raison ou pas.

Les élections approchent. On réfléchit une énième fois sur cette histoire de code électoral, les zinzins des partis dits d’opposition veulent monter une coalition.

Dieu le père, Roi du Cameroun fait appel à son fils Eto’o, notre noyeur.

Réponse du fils, Eto’o fait une déclaration: on veut me tuer. « Quand je viens jouer, je ne mange pas la nourriture des Lions, je ramène mon ndolè et mon condrè de Russie, un gendarme couche devant ma porte. »

Les Camerounais oublient tout: euye! les jaloux veulent tuer Eto’o!

On a des soucis, Yaoundé est inondé chaque soir de pluie, on se demande pourquoi les emballages plastiques, théoriquement interdits, continuent d’être fabriqués et bouchent les caniveaux. Il y a des élections, des prisonniers battent campagne pour le parti du Ciel, des retournements de veste inattendus agitent le ruisseau politique.

Le Père de la Paix, notre Seigneur appelle son fils.

Réponse du fils : après avoir senti la vieillesse au cours d’un match durant lequel il a été improductif, le fils, énervé et capricieux décide de rentrer dans le royaume de son père : Eto’o annonce sa retraite internationale.

Nous suivre ►► Facebook   Twitter   Instagram   Youtube 

Réaction des camerounais : on oublie le reste. Deux fronts se battent dans la rue et les médias. « Bye Bye Eto’o! ne reviens jamais! » et  »Faites revenir Eto’o! ».

C’est alors que le fils prodigue paré de sa louange refait son apparition.  Engoncé dans un costume Smalto sur mesure à défaut d’ailes et transporté dans une limousine made in Paradis,  il décide d’aller voir son père pour négocier les conditions de son retour.

Là j’ai crié « nooooon! » pas toi Eto’o. Pas toi! Laisse ton Père le faire, nous on sait où on l’attend, mais pas toi !!!

J’étais tellement énervé contre mon idole que j’ai imaginé une conversation entre lui et le Roi ce jour là :

Le Roi: Mon petit tu as dit que tu partais non? C’est même comment?
Eto’o: Mon Roi n’est ce pas on voit comment toi même tu es parti depuis trente ans là? Je cale piang! Apportez le caterpillar seulement pour me chasser.
Le Roi: Bon! ok! ok! Promets moi juste une chose: en 2018 on part hein?
Eto’o: Pas de problème mon père. Dès que j’entends à la radio que tu es parti, moi même je pars.
Subitement Julien Lepers de Questions pour un champion que personne n’avait vu (ni moi d’ailleurs) sort de l’ombre.
Julien: Alors Eto’o, alors Popaul, quelle est votre décision?
Les deux (en choeur): On reste!

Ça c’était pour rire. Mais sérieusement, je n’ai jamais compris cette ivresse des hommes pour le pouvoir. Cette volonté de s’éterniser alors qu’on se sait mortel. Quand je vois ce désir de se maintenir, de s’accrocher je me dis mais mince! Qu’est-ce qu’ils ont tous ?

Vous savez tout l’amour que j’ai pour Samuel, vous savez le nombre de lianes qu’il m’a donné non ? Donc, vous pouvez mesurer à sa juste valeur la déception qui a été mienne quand j’ai vu cette icône rassembler en une soirée la quintessence des germes qui, selon moi, pourrissent tout l’environnement camerounais. Égoïsme, trafic d’influence, le tout doublé d’un amour incompréhensible pour le pouvoir. Il est plus facile à un footballeur, à un feyman ou à un gourou de rentrer à Etoudi pour parler d’histoire de foot, de gros sous qu’à un camerounais sans relations et plein de son énervement d’aller se plaindre dans le bureau du derniers des plantons de la Camerounaise des Eaux. Paradoxes d’un pays qui marche sur la tête. Où les soucis de développement n’inquiètent personne, mais dont la population marche parce que « La France a arrêté Gabgbo ». Une population qui se tait quand le Roi bloque les rues la moitié de la journée pour aller se reposer dans son village en Suisse mais laisse tomber ses activités pour dénoncer la mauvaise gestion du foot par Iya Mohamed.

Hum! Dans la vie il y a le sens des priorités, mais chez nous ce sens semble inversé. Car si au moins ce football était vecteur de développement…

Bon, je bavarde trop là. Juste vous dire que j’ai été élu récemment président du Collectif des Blogueurs Camerounais. Moi aussi je vais goûter à cette ivresse du pouvoir. Je vais comprendre pourquoi les Mobutu, les Roi Lion, les Eto’o et autres s’accrochent. Et si le virus me prend, je change la Constitution, si on parvient à me chasser, je fais semblant de partir, mais je fais un détour par le maquis, je monte ma Séléka de blogueurs. Puis je reviens, je marche vers le trône, je le reprends, je demande qu’on me remette mon brassard, je pars en pèlerinage à Makashkala, puis à Chelsea, puis à Mvomeka’a, puis je… Bref… je me tais.

Peace la famille et désolé pour le long silence (j’avais perdu ma Muse, mais là je suis de retour).

Florient Ngimbis sur KamerKongossa

Populaires cette semaine

To Top