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Iya Mohammed: l’accusation en difficulté au TCS

Iya-Mohammed-tribunal

Après les auditions, le 17 février dernier, des experts de l’accusation, Paul Essimi Ngono et Delon George Dissak, qui ont eu beaucoup de peine à soutenir la contre-expertise du rapport des missionnaires du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe), le tour est venu, pour les témoins de la défense, de passer devant le juge Yap Abdou.

Le procès opposant l’État du Cameroun à Iya Mohammed atteint un tournant décisif. L’audience prévue le 5 mars 2015 sera en effet consacrée à l’audition des témoins de la défense. Ces derniers tenteront, avec des preuves en béton et irréfutables, de «détruire» les accusations de détournements portées contre l’ex président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), soupçonné de malversations financières à la société de développement de coton (Sodecoton), entreprise parapublique basée à Garoua, qu’il avait pourtant dirigée avec maestria et professionnalisme près trente (30) années durant.

Le passage devant la barre, des principaux témoins de la défense aura sans doute une incidence significative sur la suite du procès. Car, on s’en doute, les révélations tonitruantes, que promet la défense, permettront au juge du Tribunal criminel spécial (Tcs), Yap Abdou, de mieux cerner les contours de cette affaire rocambolesque et tissée de toutes pièces ayant conduit en juin 2013, directement dans les geôles, l’un des managers les plus doués et efficaces du Cameroun. Les témoins de la défense vont ainsi jouer un rôle de première importance dans le déroulement de ce procès à rebondissement. En venant raconter au juge ce qu’ils savent à propos de la gestion d’Iya Mohammed à la tête de la Sodecoton, les différents témoignages élucideront l’opinion publique sur ce qui s’est réellement passé.

La suite du procès, le 5 mars prochain s’annonce donc palpitante. Mais, déjà, le Tcs a bouclé les auditions avec les témoins de l’accusation. C’était au cours de l’audience publique du 17 février dernier à Yaoundé. Présent à cette nouvelle audience, l’ex-Dg de la Sodecoton, qui voit ses charges fondre comme du beurre au soleil, a suivi, avec attention, le témoignage de Paul Essimi Ngono, expert comptable dont le cabinet a effectué une mission d’audit à Garoua, en 2013. Il était question, pour Paul Essimi Ngono et son équipe, de vérifier l’écoulement de la production de la Sodecoton en rapport avec le chiffre d’affaire produit. L’huile et les tourteaux de coton représentaient alors le champ de leurs recherches. Cette mission Essimi prend à contre pied l’expertise de Bakoa Bakoa, inspecteur d’Etat au Consupe. Les déperditions ou sommes manquantes sont de six milliards quatre vingt quatorze millions de Fcfa, au lieu de huit milliards cinq cent soixante quatre Fcfa initialement constatés par la précédente mission.

Le deuxième témoignage de l’accusation au cours de l’audience du 17 février a été apporté par Delon George Dissack. Cet expert a aussi participé à l’audit de la Sodecoton. Son contrôle était porté sur l’association sportive Coton sport de Garoua en vue d’établir une relation certaine avec l’entreprise entre 2005 et 2010. Le président Yap Abdou a été obligé, à certains moments, de recadrer les débats, rappelant à la défense, notamment, que l’heure n’était pas encore aux plaidoiries. Celles-ci débuteront à la prochaine audience prévue le 5 mars, à moins d’un changement de dernière minute.

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Rouleau compresseur

Au fil des audiences, le complot ourdi contre Iya Mohammed s’écroule comme un château des cartes. Aucune preuve matérielle ou financière, aucun document administratif, juridique, ou une pièce comptable compromettante n’a été produit jusqu’ici par l’accusation pour justifier les pseudo-chefs de détournements de fonds publics. Même l’audition des témoins de la partie civile n’a été, en réalité, qu’une plaisanterie de mauvais goût pour régler des comptes à un homme intègre reconnu par tous pour sa rectitude morale, son activisme politique et son militantisme dans les rangs du Rdpc, le parti au pouvoir.

Autre incompréhension et pas des moindres, ce sont les fausses accusations de malversations financières portées contre Iya Mohammed. Les 350 millions FCFA imputés à l’ex-Dg de la Sodecoton tel que présentés par les fins limiers du Sed sont cette fois-ci portés à 417 millions FCFA dans le rapport des 3 cabinets d’expertise comptable. De même dans le chapitre des avantages salariaux indus, on se frotterait les yeux en se rendant compte que, pendant que le rapport des enquêteurs du Sed parle de 24 millions FCFA, les conclusions des experts Towou, Georges Diffack et Essimi gonflent plutôt la note à 51 millions FCFA.

Et le chapelet des imbroglios, incongruités et incohérences ne s’arrête pas là. Les conclusions du rapport de contre-expertise laissent apparaître des lacunes non seulement dans le rapport du Consupe, mais également dans celui de la Commission nationale anti-corruption (Conac). Il est donc permis de penser aujourd’hui que l’on voudrait faire porter à lya Mohammed, la responsabilité de toutes les charges liées à la perception d’avantages salariaux indus; aux dépenses au profit des associations sportives sans rapport avec l’objet social de l’entreprise et sans l’habilitation du Conseil d’administration; au paiement présumé d’une prestation injustifiée et un présumé prélèvement de fonds.


Coaccusés

Pour mémoire, Iya Mohammed, par ailleurs président de la Fecafoot au moment de son arrestation, a été interpellé le lundi 10 juin 2013 à Yaoundé. Au lendemain de la défaite des Lions indomptables face au Togo (2-0), dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du monde de football 2014. Ce qui a fait croire, dans l’opinion publique nationale et internationale, que c’était là l’origine de ses soucis judiciaires. De fait, ceux-ci font suite à une mission de vérification du Contrôle supérieur de l’État, un rapport de la Commission nationale anti-corruption (Conac) et une enquête préliminaire menée par la police judiciaire au terme desquels des «irrégularités» avaient été constatées dans la gestion de la Sodécoton. La période concernée est celle allant de 2005 à 2010.

De source introduite, cinq griefs ont été retenus contre Iya Mohammed au bout de l’information judiciaire ouverte contre lui et une dizaine de ses collaborateurs au Tcs. Il s’agit de la perception indue d’avantages salariaux, des déperditions de stocks d’huiles, de tourtereaux et de ristournes, des dépenses illégales au profit de Coton Sport de Garoua, du paiement d’une prestation incompatible, et du prélèvement d’une indemnité sans base légale.

Les nommés Clavier Henri, directeur général adjoint de ladite entreprise, Minlend Jérôme, président directeur général du cabinet Cameroun audit conseil (Cac), Fotso Lucien, Kaptene Pierre, Mahamat Karagama et Mbaiougam Christophe, hauts cadres à la Sodécoton, doivent également répondre du détournement de deniers publics. Le préjudice subi par l’institution parapublique est évalué à 11 milliards 293 497 772 Fcfa.  L’affaire a été appelée pour la première fois à l’audience le 26 août 2014.

René Atangana

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