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Iya Mohamed – Du fond de sa cellule: « Je suis traité comme un braqueur »

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Iya Mohamed: Désigné pour la potence

En ce début 2014, la prison centrale de Yaoundé est singulièrement animée. Religion, sport (Football, basketball, tennis…), artisanat, etc, se disputent l’espace, le temps et les prisonniers. Cette effervescence, conséquence directe des efforts d’«humanisation; déployés par la direction de cette prison, est digne de celle d’une ruche. Iya Mohamed, local 4 du quartier spécial 13 bis, précédé à cette adresse carcérale Par un certain Marafa Hamidou Yaya, connait très bien cette ambiance. Président de Coton Sport de Garoua, président de la Fédération Camerounaise de football (Fécafoot), membre du comité d’organisation de la Coupe du monde 2010, ce Peul de Garoua, 64 ans le 25 août prochain, a longtemps goûté au vertige et l’adrénaline des stades enfiévrés de football. Reste que vivre cette ambiance en permanence nécessite pour lui un certain temps d’apprentissage. «Les prières ne s’arrêtent pas. Mais il faut coin prendre ces gens. Car lorsqu’on est ici, il faut renforcer sa foi pour ne pas sombrer.» explique-t-il, philosophe. Ainsi est le nouveau Iya plus loquace, plus compréhensif, plus sensible, plus méditatif.

Depuis son arrestation et sa mise en détention provisoire mi-juin 2013; l’ancien patron de la Fécafoot (qu’il dirigeait depuis 1998), s’est posé un millier de questions. Un millier plus deux: comment-a-t-on pu m’arrêter et me jeter en prison comme un vulgaire braqueur alors même que toute ma vie, je me suis battu pour mon pays et pour son rayonnement international ? Comment peut-on m’accuser d’avoir détourné 113 milliards FCFA alors que la Sodecoton a fait d’énormes bénéfices et que tout était transparent? Partagé par la colère, la déception, l’indignation, Iya Mohamed n’est pas loin de penser, dans ces moments-là, que «le but de (ses) adversaires c’est de (le) voir mort». Quand avez-vous appris que quelqu’un est sorti vivant de cette affaire (opération épervier, ndlr)? demande-t-il.

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Un moment de silence. Puis changement brusque de ton et d’attitude: «Ils finiront peut-être par gagner. Mais ils devront au préalable montrer au grand jour leur mauvais jeu.» Preuve que ce Peul n’a rien perdu de ses réflexes de guerrier; preuve aussi que l’ancien Iya est loin d’être définitivement mort. Car cet homme aussi rusé que dissimulé, très influent, a longtemps tramé la réputation d’un homme teigneux et même entêté. «Tout le monde, y compris moi-même, lui a dit de laisser tomber la Fécafoot. Tout le monde, sauf celui qu’il attendait: le président Paul Biya lui-même. Comme le chef de l’Etat ne le lui a pas demandé, il est resté.» dit un grand nom du football qui fut un très proche de Iya. «Pourquoi aurait-il pu écouter ces gens cette fois alors que depuis plusieurs années, les mêmes venaient lui dire que le chef de l’Etat lui demandait de démissionner alors que tout cela était faux?» répond un autre poids lourd du football camerounais, qui lui est resté fidèle.

Pour Iya Mohamed lui-même, c’est à son poste de Dg de la Sodecoton qu’il doit sa chute plus qu’à celui de président de la Fécafoot. «Depuis le début, des gens se sont mobilisés contre moi à la Sodecoton. Et comme ils voyaient que le grand patron (le président Biya, ndlr) me faisait toujours confiance grâce à mon travail, le seul moyen qui leur restait était de me rendre responsable des échecs des Lions indomptables.» dit-il. Ce qui est constant, c’est que les mauvaises performances des Lions indomptables ces dernières années faisaient désormais craindre au pouvoir une réaction incontrôlée de la population. Rien n’est dès lors plus efficace pour calmer ces troupes enragées que de leur servir un bouc émissaire. En l’occurrence, Iya Mohamed, 29 ans de Dg de Sodecoton, indéboulonnable président de la Fécafoot (il s’y fera plébiscité même en prison), patron donc de deux structures (entre autres) particulièrement convoitées, et dont la gestion était décriée, présentait le meilleur profil. Son arrestation le 10 juin 2013, c’est à dire le lendemain de la défaite zéro but contre deux des Lions indomptables face aux Éperviers du Togo à Lomé, défaite qui réduisait considérablement leurs chances de qualification au Mondial brésilien de juin 2014, ne doit rien au hasard.


SERGE D. BONTSEBE 

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