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interview junior Zogo un des agresseurs de Paul Biya à Paris

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Vous faites partie de ceux qui ont agressé le président de la République, Paul Biya, le 7 décembre dernier à l’hôtel Meurice à Paris. Qu’est ce qui a motivé votre bravade ?

Je suis surpris par la formulation de votre question qui montre déjà d’entrée de jeu de quel côté vous vous situez. La peur de déplaire au régime en place et de vous attirer ses foudres vous oblige à orienter les questions vers ce qu’ils veulent entendre et faire entendre aux naïfs. Je comprends parfaitement vos craintes et celles de vos confrères, évoluant dans un pays où la liberté de la presse n’est qu’un leurre et le président de la République considéré comme une divinité, mieux un saint qui doit être glorifié et ne faire l’objet d’aucune critique.

Revenons donc à la question…

M. Biya n’a pas été agressé comme ses disciples et fidèles tentent de le faire croire. Il a été interpellé verbalement par des Camerounais comme lui qui tenaient à lui exprimer leur ras-le-bol sur la manière dont il gère le pays. Le Cameroun n’est pas sa propriété, il nous appartient tous. Nous ne pouvons laisser un individu conduire le pays vers un naufrage collectif, fût-il président, sans lever le moindre petit doigt. Qu’est ce qui a motivé cette bravade pour utiliser une terminologie qui vous est propre ? Eh bien, c’est le déficit de démocratie, les violations massives et flagrantes des droits humains et des libertés publiques, le mépris du peuple par Biya et ceux qui profitent de sa gabegie, l’impunité dont bénéficient les proches et amis de Biya, la brimade du peuple par les escadrons de la mort mis en place par Biya à savoir le Bir et la Gp, l’extrême longévité de M. Biya au pouvoir, son bilan calamiteux et l’incurie de son système. Comme vous pouvez le constater, la liste des griefs contre M. Biya est loin d’être exhaustive.

Vous étiez accompagné d’autres personnes ce jour-là. Faites-vous partie d’une organisation ou d’une association ?

La manifestation spontanée ou tout au moins le coup d’éclat de l’hôtel Meurice était supervisé par le président du Conseil camerounais de la diaspora, Robert Wafo Wanto, ancien leader du Parlement estudiantin en 1990 lors des émeutes de Ngoa-ékellé, et plus connu sous le titre de général Collin Powell. Il était assisté et conseillé par moi le Commissaire Junior Zogo du fait de mon expérience et enfin de notre chargé des relations extérieures. Nous avons agi dans le cadre de deux plates formes associatives de la diaspora camerounaise : le Ccd et le Code, associations biens connues et déclarées auprès des autorités administratives de nos pays d’accueil respectifs. Nous sommes en pointe dans l’activisme pacifique, mais pas passif pour l’émergence d’un État de droit au Cameroun et d’une véritable démocratie. Ces associations ne sont d’ailleurs pas à leur premier coup d’éclat.

La vidéo de votre attaque contre Paul Biya a fait le tour du monde et au Cameroun, cela a choqué certaines personnes qui estiment que vous avez humilié votre pays en agressant l’institution présidentielle en territoire étranger. Que répondez-vous à ceux-là ?

M. Jean-Bruno Tagne ! Encore une fois, vous versez dans la démesure en utilisant des termes inappropriés à savoir «une attaque». Je vous le concède. Toutefois au nom de la liberté d’expression à laquelle je suis viscéralement attachée, M. Biya a fait l’objet d’une interpellation verbale par des citoyens camerounais comme lui, inquiets et soucieux de la manière dont il gère le pays.

Une interpellation, peut-être, mais assez bruyante quand même…

Vous ne le savez peut-être pas, mais chaque Camerounais où qu’il se trouve est gendarme de la gestion du pays et a l’impérieux devoir citoyen de demander à celui qui en a la charge de lui rendre compte. Tous les chefs d’Etat au monde du fait de leur inaccessibilité sont très souvent interpellés par des citoyens dans des lieux publics. Les présidents Obama, Hollande, Poutine, Sarkozy n’ont-ils jamais été interpellés par des individus lors de leurs nombreuses visites à l’étranger? Tournez votre regard vers des organisations telles Greenpeace, Reporters sans frontières, Amnesty international, Pussy Riot, etc. Pourquoi M Biya, qui est loin d’être un dirigeant exemplaire devrait-il faire exception à la règle? Les Ivoiriens, Congolais, Guinéens, Centrafricains ont fait pareil contre leurs présidents respectifs et voire pire. Pourquoi M. Biya dirigeant reprochable à bien des égards devrait en être épargné? Le hall de l’hôtel Meurice où nous avons manifesté est un espace public avec des restaurants et des brasseries où tout le monde peut accéder. Nous ne sommes pas allés dans les appartements privés de M. Biya et personne ne pouvait nous interdire l’accès à cet espace ouvert au public. Qu’on cesse de faire un procès aux anciens camarades de la sécurité de M. Biya. La France est un État de droit où la liberté d’aller et de venir est sacrée. Les Camerounais doivent comprendre qu’on n’est pas au Cameroun en France. Pensez-vous qu’en tant que juriste, ex commissaire de police, père de famille et croyant je vais me lancer dans une aventure criminelle visant à assassiner un être humain fût-il un dictateur comme Paul Biya? Ceux qui me connaissent savent que ça ne fait pas partie de mes valeurs.

Il n’empêche, les gens ont été choqués…

Ceux qui pensent que cette opération choque et humilie la fonction présidentielle sont une minorité, qui tirent profit de cette incurie entretenue par M. Biya au détriment du peuple camerounais. Pensez-vous que M. Biya respecte la fonction présidentielle en modifiant la constitution selon son bon vouloir, en massacrant plus de 150 jeunes camerounais en 2008 lors des émeutes dites de la faim, en décidant de tout sans répondre de rien, en refusant de déclarer ses biens ainsi que ceux de ses proches conformément à la Constitution qu’il a lui même promulgué, en faisant des chèques de 4 milliards de fcfa à des sectes prélevés sur les fonds publics alors que son peuple n’a ni eau potable, ni électricité, ni logements, ni médicaments de première nécessité, etc., en procédant à des arrestations sélectives dans le cadre de la prétendue opération épervier, en présidant un seul conseil ministériel par an, en jetant dans le désert marocain et algérien des milliers de jeunes camerounais fuyant la misère et voulant rejoindre l’Europe, en militarisant le régime, en étant absent à tous les sommets internationaux, en séjournant sept mois sur 12 à l’Intercontinental de Genève avec une suite pléthorique et aux frais du contribuable, en laissant n’importe qui voler le peuple (inspecteurs des douanes, impôts, trésor, police, gendarmerie, gestionnaires des marchés publics, etc.), en truquant les élections, en caporalisant les médias, en utilisant les moyens publics et fonctionnaires pour battre sa campagne ? Tout cela doit cesser et M. Biya porte en lui les germes de sa propre destruction.

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On a lu des mots assez durs contre vous: «voyous», «sans papier», «drogués», etc.

Je laisse le peuple camerounais, la majorité silencieuse pour laquelle je me bats, apprécier les élucubrations de ces bien-pensants et donneurs de leçons. Ils se sont discrédités eux-mêmes en voulant travestir la vérité. Ils se comportent comme des mercenaires au service d’une mafia. D’ailleurs leur langage de soudard empreint de vulgarité avec des appels au meurtre à peine déguisés démontre à suffisance leur gêne et leur manque de sérénité. Ils accusent visiblement le coup et sont aux abois. Cette petite minorité d’ours mal léchés a peur d’être démasquée. J’ai donné un vrai coup de pied dans la fourmilière et la peur à changé de camp.

Plusieurs jours après votre assaut sur l’hôtel Meurice et les réactions qui ont suivi, regrettez-vous votre geste ?

Dites-moi Jean-Bruno Tagne, dans quel baromètre vous avez vérifié les réactions du peuple? Vous vous appuyez sur des commentaires de quelques griots et obligés du régime aux abois pour parler au nom du peuple? J’ai reçu des milliers de messages d’encouragements et de soutien pour cette action héroïque. Je vais vous faire une confidence : beaucoup de Camerounais proposent qu’on m’attribue le prix de l’homme de l’année du fait de mon courage. J’ai désacralisé l’imposture de M. Biya et de ses courtisans et j’ai révélé le vrai visage de cet homme aux yeux du monde. Il ne pourra plus tromper personne. Je ne regrette rien et si j’avais à le refaire, je n’hésiterais pas un seul instant.

D’aucuns pensent que vous êtes simplement un flic déchu qui manifeste son aigreur sans aucun substrat politique, encore moins idéologique. Que répondez-vous à cela ?

Ceux qui le pensent ont tort et se trompent sur toute la ligne. Je suis tout simplement la voix des sans voix. Je dis tout haut ce que beaucoup de Camerounais pensent tout bas.

Je n’aime pas parler de ma vie privée mais je vais lever une petite équivoque. Je vis mille fois mieux en France que lorsque j’étais au Cameroun. J’ai réalisé des choses que je n’aurais jamais pu réaliser si j’étais toujours au Cameroun. Par respect pour le Peuple camerounais je préfère éviter de trop parler de ma vie privée. Je vous ferai des confidences en off qui pourront vous édifier. Je suis un homme comblé et ma famille est à l’abri du besoin pour le moment. Je vis du fruit de mes efforts et je ne suis redevable de rien à personne comme M. Biya et ses courtisans qui pillent les biens du peuple. Ils répondront de leurs actes bientôt et c’est ça qui leur fait peur.

Seriez-vous aussi critique envers le régime du président Biya si vous aviez encore vos étoiles de commissaires ?

Je vois où vous voulez en venir et vous êtes un Monsieur très subtil. Comme vous le savez le statut spécial du corps de la sûreté nous impose la réserve et l’apolitisme tant que vous êtes encore en fonction. Pour être tout à fait honnête avec vous, soit j’allais finir par libérer le peuple à l’intérieur du corps, ou alors j’allais démissionner plus tard pour me lancer en politique. Fort heureusement, ils m’ont révoqué injustement et m’ont permis de vivre ma passion ; la politique. Je les remercie de m’avoir rendu ce service sans le vouloir. Je ne serais aujourd’hui qu’un vulgaire commissaire de police parmi tant d’autres en train d’obéir à leurs ordres stupides et iniques.

Lors d’une conférence que vous avez donnée en France il y a quelques jours, vous avez affirmé qu’une alternance démocratique est impossible au Cameroun. Qu’entendez-vous par là ?

Vous faites semblant de ne pas comprendre l’évidence. Aucune alternance par la voix des urnes n’est possible en l’état actuel des choses au Cameroun. M Biya et ses courtisans savent que s’ils perdent le pouvoir, ils devront répondre de leurs actes. Ils ont en tout état de cause mis sur pied des stratagèmes qui leur permettent de ne jamais perdre le pouvoir. C’est ça la triste vérité qu’ils cachent. Tout le reste n’est que de la poudre aux yeux pour endormir le peuple et contourner la communauté internationale. Il faudra donc réfléchir à d’autres moyens pour mettre fin à cette imposture et libérer le peuple camerounais de cette prise d’otage qui dure depuis plus de 50 ans et qu’ils veulent perpétuer.

Le président Biya entame dans quelques jours sa 32ème année au pouvoir. Quelle lecture faites-vous de sa présidence ?

M. Biya donne l’impression d’avoir été plongé dans un coma profond pendant 30 ans. Il semble s’être réveillé subitement de ce coma et est entrain de constater l’ampleur des dégâts causés pendant son coma. Il est un fin démagogue qui a fait reculer le Cameroun d’un siècle pendant ses 31 ans et bientôt 32 de règne sans partage. Il laisse comme bilan au moment où il doit bientôt tirer sa révérence, misère, impunité, corruption, injustice, clientélisme, fraudes, violences. Il laisse un pays au bord de l’implosion, sans cap et sans capitaine. Il faut limiter les dégâts et abréger les souffrances du peuple camerounais. 31 ans de souffrances de toutes sortes, ça suffit !

Vos vœux pour les Camerounais en cette veille de l’année 2014…

Je demande au peuple camerounais de garder espoir en l’avenir et de se préparer à tourner la page sombre du long et pénible règne de M. Biya. De continuer à nous faire confiance et de rester vigilant afin de ne plus se faire voler son destin par une bande d’imposteurs. À travers l’action du Meurice, j’ai voulu briser le mur de la peur qui empêche les Camerounais de s’exprimer et de prendre en main leur destin. La peur a changé de camp.

Dans les prochains jours, je vais publier un livre blanc donnant ma vision du Cameroun après M. Biya. Je compte également lancer mon mouvement politique sous la dénomination de Front révolutionnaire pour la justice et la démocratie au Cameroun (Frjd). Tous mes meilleurs vœux.

Propos recueillis par Jean-Bruno Tagne

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