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Insécurité : les terroristes rappellent les autorités à l’ordre

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Depuis le début des attentats sur le territoire camerounais, des batteries de mesures sont prises, qui dans le fond n’ont rien de nouveau. Comme il est de mode en ce moment au Cameroun, le sous-préfet de l’arrondissement de Douala V dans la ville de Douala, vient de prendre une série de mesures pour lutter contre le terrorisme.

L’une des décisions de Jean Marie Tchakui, est la fermeture de deux snacks bar très populaires, l’un à Bonamoussadi et l’autre à Bépanda. Ces deux établissements, qui opèrent essentiellement le soir, sont soupçonnés d’abriter des antichambres où se font le trafic et la consommation de la drogue, étapes préparatoires aux actes d’insécurité dans la nuit.

Au niveau du département du Wouri, le préfet Paul Nasseri Bea a sollicité les services des conducteurs des motos taxi pour traquer les suspects, tout en leur rappelant subtilement que pour bien mener à bien cette mission, il faudra qu’ils soient eux-mêmes identifiés comme tels, pour éviter la confusion. En d’autres termes, l’autorité administrative leur a demandé de se mettre en règle vis-à-vis de l’autorité administrative et du fisc. Pour mieux les amadouer,  il leur a même été confié le recensement des conducteurs et leur identification, ce qu’ils réclament depuis longtemps et qui ne leur avait jamais été accordé.

Si dans l’ensemble il faut saluer cette batterie de mesures, force est de constater que la plupart sont de simple rappel, ou des décisions qui auraient pu être prises longtemps avant sans attendre le début des attentats. Les causes invoquées par exemple pour procéder à la fermeture des snacks bar à Douala V, ne pouvaient être ignorées de l’autorité administrative, qui a depuis septembre 2014, lors de sa tournée de prise de contact, sollicité les populations dans toutes leurs composantes pour le renseignement prévisionnel, dans la cadre de la lutte contre la secte Boko Haram. Pareil pour les conducteurs de moto taxi, qui évoluent depuis des années dans l’illégalité totale, sous la barbe de l’autorité presque résignée. Elle a refusée depuis longtemps de réfléchir à une méthode efficace pour contrôler ce secteur, florissant d’année en année du fait du chômage.  En prenant même les gangs pour les « supplier » de se mettre en règle, le préfet du Wouri avoue une fois de plus l’incapacité de l’Etat à contrôler ce secteur, et la sécurité par ricochet.

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Pour combien de temps  

Outre le réveil tardif, il faut déplorer aussi le manque de suivi qui caractérise les mesures généralement prises par l’autorité au Cameroun. Il y a deux ans, le sous-préfet de Douala V est descendu autour de l’université de Douala fermer tous les bars qui encerclent l’institution, la transformant en niche de débauche et des trafics de toutes sortes. La mesure a mis deux semaines à peine, et ces bars ont tous ré ouvert, avec plus de force cette fois. Des décrets, textes, lettres circulaires et autres notes de service pullulent, qui réglementent l’activité des motos taxi, mais ils continuent d’être dans l’illégalité. La loi sur les débits de boisson existe, et est connue de tous les sous-préfets : heure de fermeture, lieu d’implantation, espacement entre deux, règles d’hygiène etc. Mais rien de tous cela n’est respecté, et cela ne semble gêner personne. Des textes qui sont réveillés maintenant et agités comme nouveaux, juste parce que les terroristes sévissent.

Il est évident que ceux qui perpètrent des actes de terrorisme ne sont pas ignorants de ce laxisme des autorités, et les exploitent à bon escient. Ils savent également que les mesures prises actuellement sont superficielles et n’attaquent pas le problème dans le fond, et qu’après cette « gesticulation » tout va très vite redevenir « normal », c’est-à-dire comme avant. Et on serait retourné à la case… départ, après ce qui s’apparente en ce moment à un rappel à l’ordre des autorités par les terroristes.

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