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Insécurité à l’Est: Trois armes de guerre saisies à Moloundou

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Des armes à feu de type Kalachnikov et des munitions saisies dans des cantons, à la suite d’une opération «coup de force», menée par le sous-préfet de l’arrondissement de Moloundou, qu’accompagnaient des éléments de la brigade d’intervention mobile, de la Gendarmerie nationale et de la Police.

L’affaire remonte à la première semaine du mois de juillet dernier. Les autorités administratives et les forces de sécurité sont informées de la circulation des armes à feu dans le Canton Djako arrondissement de Moloundou, département de la Boumba et Ngoko. Fort du renseignement, à la faveur d’une opération « coup de force », mise en place et conduite par Avom Dang, sous-préfet de l’arrondissement de Moloundou, une descente sur le terrain avec une artillerie de guerre, est menée à l’effet de récupérer lesdites armes. Mis en état d’alerte maximum de vigilance, les chefs traditionnels de 3ème degré des villages concernés effectuent également une battue de deux jours. Les enquêtes vont permettre de mettre la main sur deux armes de guerre de type Kalachnikov dans le Canton Djako, particulièrement dans les villages Baka et Leke. La troisième arme de guerre est saisie dans le canton voisin. Les armes ont été déposées à la gendarmerie de Moloundou, sans les concernés. Même si les populations de Moloundou félicitent l’acte de bravoure du sous-préfet, appuyé en cela par les forces de sécurité et des chefs traditionnels, elles s’étonnent de l’absence d’information sur l’identité des propriétaires des armes saisies.
« Dans la journée du 03 juillet 2014, au lieu dit carrefour Mambélé, un conducteur de moto est interpellé par les éléments des éco-gardes du Minfof de Mambélé et les éléments de la gendarmerie de Moloundou. La moto transportait dans ses bagages, une valise qui contenait une arme de Guerre de type Kalachnikov. Face à cette découverte, la gendarmerie a procédé à l’interpellation du nommé Mbeka Christian, conducteur de la dite moto. Celui-ci est reconnu dans la localité comme un grand braconnier d’éléphants. Après un interrogatoire musclé de plusieurs heures par la gendarmerie et le Minfof, ce dernier a fini par reconnaitre que l’arme devait servir à abattre les Eléphants. Il a à son tour avoué qu’il n’était point le propriétaire de l’arme qui selon lui, était la propriété de YA Laurent Eugène, agent de la commune de Moloundou » explique une source bien informée. D’ajouter que les deux « suspects », pris la main dans le sac ont été déférés devant le commissaire du gouvernement au tribunal militaire de Bertoua qui les a placés à la disposition de la Brigade de gendarmerie de Moloundou pour complément d’enquête au sujet de la détention illégale d’arme de guerre.

Munitions

« Il y a quelques jours, au cours d’une énième opération de terrain, nous avons récupéré 77 munitions. L’action coup de force, exécutée avec une artillerie de guerre, a permis de nous rendre à l’évidence qu’un caporal chef, élément du Bir, confiait son arme de guerre à des mains inexpertes. Lors de l’expédition, nous avons remarqué que deux des quatre chargeurs de munitions qu’il avait, étaient vidés de leur contenu » avoue le chef de terre Avom Dang. Traduit et jugé au tribunal militaire, le caporal chef incriminé, du nom de Samuel Oulebe, a été condamné, révoqué du Bir et médite sur son sort à la prison de Bertoua. A l’instar de toutes les zones frontalières que la région de l’Est du Cameroun a en partage avec la République centrafricaine, l’arrondissement de Moloundou qui partage la frontière avec le Congo, ressemble à un « no mans land » ; une espèce de jungle où les armes circulent, se vendent comme des petits pains. Un commerce fructueux qui permet aux affairistes, cupides et hommes à la moralité douteuse d’écumer cette frontière et de se donner à cœur joie dans une insécurité grandissante et les forfaitures de diverses natures : braconnages, coups de vols à main armée, agressions armées, un vrai farwest.

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« Nous partageons la frontière avec un pays communiste où, il faut reconnaitre que les armes de guerre pullulent de partout. Ces gens s’adonnent à des actes licencieux (braconnages, rançonnements), et sèment la pagaille dans la localité de Moloundou . D’où, la nécessaire et permanente prudence et la vigilence» explique le chef de terre Avom Dang. A le croire, ces différentes forfaitures, en plus d’accentuer la menace sur les éléphants dans les parcs nationaux de Nki et de Lobéké, placent l’arrondissement de Moloundou au cœur de l’insécurité. Des sources dignes de foi, attestent que les éco gardes conduisent régulièrement des raids dans les villes de Moloundou et Kika à la frontière avec le Congo Brazzaville où se cachent les braconniers qui abattent les éléphants avec des kalachnikovs. « Grâce aux renseignements fournis par les informateurs, au cours de plusieurs opérations de force menées par les autorités administratives et les forces de sécurité, des suspects (en majorité des braconniers d’éléphants) sont pris aux filets des Eco-gardes du Minfof de la Tri-National de la Sangha (Tns). L’offensive de saisie d’armes de guerre en date, illustre a suffisance que la circulation des armes à feu (de tous les calibres), est en nette progression dans l’arrondissement de Moloundou et ses environs » avoue une source proche de la compagnie de gendarmerie de la Boumba et Ngoko.

Souley ONOHIOLO

Focal: Quand les armes se vendent comme des cacahuètes

« La prolifération des armes est devenue dangereuse. Avec 15.000fcfa, 25.000fcfa, 50.000fcfa et même avec moins que cette somme, l’on peut acquérir une arme venant du pays voisin. Des fois, ce sont les ressortissants de ce pays qui envahissent nos frontières et commettent des exactions de divers ordres » martèle Avom Dang. Les révélations du sous-préfet de Moloundou sur : la facilité observée dans le maniement des armes, leur vente illicite à vil prix, ramènent à l’ordre du jour les résultats des enquêtes réalisées en 2008 par Wwf-Jengi. Celles-ci ont révélé que les kalachnikovs provenant du Congo Brazzaville étaient vendues à 100.000 Fcfa la pièce. Les violences enregistrées et l’instabilité politique en Rca ont davantage exacerbé la situation au point, qu’une arme se négocie aujourd’hui à 50.000 Fcfa. Des sources affirment que depuis janvier 2014, cinq kalachnikovs ont été saisies entre les mains des braconniers, et 30 éléphants ont été abattus. La circulation des armes légères acquises illicitement est également en hausse. Environ 45 armes légères ont été saisies au cours d’une opération anti-braconnage en avril 2013. Près de 40 éco-gardes, appuyés par 26 militaires du Bir ont aussi arrêté une vingtaine de personnes au cours des opérations menées sur le terrain. «Avant de lancer cette opération, nous étions informés de la prolifération des armes, en particulier dans les zones frontalières», précise Djogo Toumouksala, le délégué régional des Forêts et de la Faune de l’Est. Selon Djogo Toumouksala, «en procédant à la fouille sur les lieux où étaient dissimulées les armes acquises illégalement, les éco gardes ont également découvert que certains suspects avaient enterré leurs armes pour que celles-ci ne soient pas confisquées» conclut-il.

Souley ONOHIOLO


© Souley ONOHIOLO | Le Messager

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